Coronavirus

Remontée des hospitalisations Covid : le virus est-il vraiment moins agressif ? Est-il encore utile de vacciner ?

Dossier de la rédaction

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24 juin 2022 à 09:31 - mise à jour 24 juin 2022 à 09:46Temps de lecture5 min
Par Xavier Lambert, sur base de l'interview de François Heureux

Le nombre de cas détectés de coronavirus en Belgique est en train de réaugmenter, suivi du nombre d’hospitalisations. On est ainsi repassé au-dessus des 1000 patients hospitalisés avec Covid en Belgique. Faut-il s’en inquiéter ?

Simon Dellicour, épidémiologiste à l’ULB, faisait le point dans Matin première sur un virus qu’on dit aujourd’hui moins agressif :

Est-ce que le virus est moins agressif qu’au début ?

Pas vraiment. On a beaucoup parlé d’une baisse de sévérité du variant Omicron par rapport à ses prédécesseurs. C’est vrai dans le sens où le risque individuel d’hospitalisation et de développement de formes graves avait été diminué avec Omicron par rapport à Delta. C’est en partie dû au fait que le virus aurait moins tendance à infecter les voies supérieures, les voies inférieures basses respiratoires. Mais il y a un autre phénomène qui a sans doute été moins souligné, c’est qu’en fait, le variant Omicron a été associé à un échappement immunitaire très important, ce qui veut dire qu’il est venu infecter une grande proportion de la population qui était déjà en fait immunisée grâce à la vaccination, grâce aux infections précédentes eou même grâce à une combinaison des deux. On a donc plein de personnes qui se sont retrouvées plus ou moins symptomatiques, mais qui n’étaient pas du tout naïves par rapport au virus et donc qui pouvaient avoir une protection contre les formes graves. C’est ça qui expliquerait aussi en partie ce découplement qu’on a observé entre courbe d’hospitalisations et courbe du nombre de cas".

On parle d’une baisse de risque de développement de formes sévères entre Delta et Omicron, mais pas nécessairement entre Omicron et la souche originelle de Wuhan : si on avait eu Omicron au tout début de la pandémie, ça aurait été globalement similaire.

 

Pourquoi est-ce que ces cas remontent ?

C’est dû à l’arrivée et à la circulation de deux nouveaux sous variants de microbes qui s’appellent BA4 et BA5, et en particulier BA5. On est moins bien protégés par rapport à ces sous-variants que par rapport aux autres qui étaient là précédemment. C’est sans doute ça la raison principale pour laquelle ils arrivent à s’implanter et à circuler et à venir remplacer les sous-variants précédents.

Et les hospitalisations ?

On peut observer ce qui s’est passé dans d’autres pays qui ont un peu d’avance sur nous par rapport à ces deux sous variants. Par exemple, l’Afrique du Sud et le Portugal, et en particulier le Portugal. Et qu’est-ce qu’on observe ? Si on regarde ces deux pays, et en particulier au Portugal, on a eu une augmentation du nombre de nouvelles admissions qui ont suivi l’augmentation du nombre de cas.

Et donc, en Belgique, il y a tout lieu de penser qu’on va avoir le même phénomène et qu’on va se retrouver avec une nouvelle vague de nouvelles admissions qui a d’ailleurs été probablement amorcée il y a quelques jours. Alors toute la question, c’est l’ampleur de cette vague. Bien sûr, comme à chaque fois, et donc, c’est toujours très dur de se projeter. Mais ce qu’on peut espérer, c’est que ce soit plus une situation comme le précédent sous-variant d’Omicron, qui s’appelait BA2 où là ça a été assez négligeable en termes d’augmentation du nombre d’hospitalisations.

Va-t-on vers une nouvelle grande vague de Covid ?

C’est très dur à dire. Je dirais qu’il y a quand même deux éléments favorables qu’on doit souligner. Le premier élément favorable, c’est qu’on est clairement dans des conditions estivales et qu’on sait que, d’une manière générale, le fait d’être dans des conditions estivales est moins favorable à la circulation du virus, notamment parce qu’on a moins de regroupements de personnes dans des lieux confinés ou la transmission par voie aérosol est très importante.

Et le deuxième élément favorable, mais qui ne serait favorable qu’un temps, c’est qu’on part d’indicateurs qui sont assez bas. Donc par exemple, on est à moins de 60 personnes hospitalisées en unité de soins intensifs pour cause de Covid, selon le dernier rapport (ndlr : 69 dans les chiffres actualisés ce vendredi).

Est-ce que les effets de la vaccination sont en train de s’estomper ?

Il y a effectivement une baisse de l’efficacité de la protection pour deux raisons. Premièrement, il y a l’immunité qui diminue au cours du temps et ça, c’est tout à fait normal. Et puis il y a aussi, c’est en fait aussi tout à fait normal, des variants ou sous-variants qui apparaissent, et qui, en fait, tentent à chaque fois de contourner un peu plus cette protection conférée par la vaccination ainsi que par les infections précédentes.

 

Faut-il encore compter sur de nouveaux vaccins alors qu’ils sont prévus pour lutter contre BA.1 ? Est-ce que le vaccin n’est plus une arme efficace aujourd’hui contre le Covid ?

Premièrement, une baisse d’efficacité ne veut pas du tout dire qu’il n’y a plus d’efficacité et en particulier contre le développement de formes graves. Les vaccins restent vraiment assez efficaces par rapport à ça, même s’il y a une baisse par rapport à ça aussi. C’est vrai que les vaccins mis à jour, on va dire par rapport à Omicron le sont sur base du premier sous-variant BA.1.

On sait qu’effectivement il y a déjà un échappement immunitaire de BA.4 et BA.5 par rapport à BA.1. Mais à nouveau, baisse d’efficacité ne veut pas dire absence d’efficacité. Et donc ici, de toute façon, je pense qu’on doit arriver au constat qu’il y a le virus qui évolue d’une part, les vaccins qui évoluent d’autre part. Et il y aura toujours un délai, un temps de retard par rapport au vaccin.

Est-ce que ça veut dire qu’on ne doit pas utiliser de vaccins actualisés ? Ça, c’est un peu toute la question du moment. Ici, actualiser les vaccins, ça veut dire aussi élargir le spectre antigénique, élargir la diversité des antigènes que le vaccin peut nous entraîner à reconnaître. Et donc, je pense que ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose de continuer à suivre le développement de ces vaccins et d’envisager effectivement, quand ils seront disponibles, de passer sur ces vaccins actualisés.

 

Va-t-on vers une nouvelle campagne de vaccination massive proposée à toute la population d’ici la fin de l’été et le début de l’automne ?

Je pense que c’est la question qui est à l’étude : qui, quoi, quand et comment ? Je sais que, par exemple, le Conseil national supérieur de la santé a envisagé toute une série de scénarios. Et en fait, ce qui est compliqué pour eux, c’est que ces scénarios dépendent aussi de la disponibilité de ces vaccins actualisés. Leur disponibilité ou non va aussi influencer les différents scénarios.

Peut-on s’attendre à une nouvelle grande vague à l’automne ?

Effectivement, on sait qu’avec le retour des conditions hivernales, il y a plus de chances que le virus circule de manière plus importante. Effectivement, c’est ça qu’il faut anticiper maintenant et prévoir tous les scénarios je pense, comme le fait le Conseil national supérieur de la santé. Alors ici, oui, je pense qu’ils doivent mettre tous les scénarios sur la table et voir avec les données qui avancent par rapport à ces vaccins qui sont à l’étude pour le moment, au niveau aussi de l’agence des médicaments.

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