Jam

Rencontre avec James Righton, qui signe l’album de l’été

08 juil. 2022 à 16:48Temps de lecture6 min
Par Guillaume Scheunders

Nous ne sommes qu’en juillet et le studio Deewee a probablement déjà sorti deux des meilleurs albums de l’année. D’un côté, Charlotte Adigéry et Bolis Pupul ont enflammé le premier trimestre de leur Topical Dancer. De l’autre, James Righton, ex-Klaxons reconverti en solo, vient tout juste de dévoiler Jim, I’m Still Here, un disque de pop résolument électronique, dansant mais pas trop et en tout point excellent. Et à cette occasion, on a eu l’occasion de discuter longuement lors d’une interview exclusive avec l’Anglais.

Dès les premières secondes de l’appel, on a en face de nous un homme tout sourire, t-shirt des Boston Celtics sur les épaules (le lendemain de l’appel, les Celtics affrontaient Golden State dans la game 6 décisive des NBA Finals) et son petit home studio apparaissant comme toile de fond. En un clin d’œil, on arrive à cerner chez lui ce côté humain qui le rend impossible à détester. Et pourtant, James Righton aurait de quoi se donner des gants. De son succès au milieu des années 2000 avec les Klaxons à son aventure plus récente avec ABBA, l’Anglais a un tableau de chasse fourni. La semaine dernière encore, il partageait la scène avec un certain James Murphy pour un concert de LCD Soundsystem. On en viendrait presque à se dire que c’est finalement en solo qu’on le connaît le moins. Pourtant, il a derrière lui un album sous le pseudo Shock Machine et un autre sous son vrai nom, déjà paru chez Deewee. Mais Jim, I’m Still Here devrait changer la donne.

Loading...

Évolution

"J’ai grandi", avoue-t-il, au moment de comparer la musique de cet album avec ses productions précédentes. "Avec les Klaxons, et surtout sur le premier album, on utilisait souvent le terme 'new rave'. Mais ça ne l’était pas vraiment, c’était plus un groupe de punk bizarre, avec beaucoup de références étranges. Mais on n’était pas un groupe de dance. On n’utilisait pas autant d’instruments électroniques, on avait seulement un clavier bon marché et quelques pédales en fait. C’est pourquoi ça sonnait plus comme du punk." Lui qui a fait ses classes avec du Nirvana ou du Elliott Smith dans les oreilles a parcouru un long chemin, virant progressivement des guitares et batteries aux synthétiseurs analogiques, drum machines ou différents claviers. Et ça lui va plutôt bien.

 

J’ai toujours voulu créer des choses qui procurent de l’émotion, avec une touche humaine. 

L’album, écrit pendant la pandémie, fait ressortir les états d’âme de Righton durant une période éprouvante pour tout un chacun. "Ce sont des pensées qui me sont venues pendant la pandémie. Comme penser à un de mes amis qui me manque (Lover Boy). Je voulais lui raconter à quel point je l’apprécie. L’album est joyeux parce qu’il raconte toutes les choses que je voulais faire une fois les confinements terminés. C’était vraiment fun de produire ces musiques. Ça semble un peu contradictoire puisque c’était un moment horrible et très sombre, mais la musique était vraiment mon échappatoire."

Julian Klincewicz

Jim or James ?

Jim, I’m Still Here, dit le titre de l’album. Jim, c’est le personnage fantasque que s’est créé James Righton durant les confinements et qui a apporté un fil rouge au disque. Une sorte de personnage fantasque et démodé s’éprouvant à proposer des concerts en ligne dans sa cave, que l’on aperçoit notamment dans le clip de Release Party. "Jim était mon échappatoire. Jim m’a vraiment aidé de beaucoup de manières. Rien que le fait de descendre dans mon studio, m’amuser avec Jim. Je prenais beaucoup de plaisir avec cette idée de cette rockstar bercée d’illusions. J’adorais l’idée un peu tragique qu’il soit bloqué dans sa cave et qu’il n’arrive pas à se connecter physiquement au monde réel. Son plaisir était si vide, personne ne pouvait en être jaloux." Livestream Superstar et Farewell Superstar, les morceaux d’intro et d’outro qui se répondent de part et d’autre du disque, lui rendent hommage, avant de le laisser s’évaporer dans la nature en même temps que l’album se termine. "Jim est maintenant dans le monde extérieur."

Loading...

Signé Deewee

Sur cet album, plus que sur le précédent (The Performer), la patte des frères Dewaele est évidente. Les deux Gantois ont co-produit l’album entièrement, probablement ce qui en fait une création assez électronique dans l’ensemble. "Avant de réaliser l’album, on avait parlé brièvement de créer un album ensemble. Et on n’avait jamais pu trouver le temps. Puis le confinement est arrivé, j’étais ici dans mon studio et eux à Gand. On a pu faire de la musique ensemble, à distance. On a discuté et on voulait produire quelque chose de plus futuriste que dans mon dernier album, qui était très attaché aux années 70." À l’écoute, le grain typique estampillé Deewee est presque tangible. Il faut dire que les David et Stephen se trompent rarement en termes de production, un bref coup d’œil dans leur discographie est suffisant pour s’en rendre compte. Sur ce projet, ils ont vraiment accompagné Righton de l’inspiration jusqu’au mix final. "Il y a quelques groupes que David et Stephen m’ont fait écouter pour préparer cet album. Tin Drum, de Japan, notamment. Beaucoup de disques de Sakamoto aussi. Ce sont des références que j’ai toujours eues. Des disques de dance, mais qui bougent, qui intéressent mes oreilles. Ils ne sont pas linéaires, ont des textures bizarres, beaucoup de motifs sonores pour que tes oreilles ne s’ennuient pas. Ce genre de choses qui te donnent l’impression que tu n’es pas en train d’écouter quelque chose de générique."

Ce sont les amis qui font de la musique.

Avec Jim, I’m Still Here, James Righton et les frères Dewaele ajoutent une ligne à leur longue histoire commune, démarrée lorsque l’Anglais s’est faufilé en backstage lors d’un concert de Soulwax, LCD Soundsystem et Black Rebel Motorcycle Club, alors qu’il n’avait que 18 ans. Aujourd’hui, après vingt ans, ils sont devenus amis. Et heureusement, puisque ceux qui officient aussi sous le nom 2manydjs ne signent que leurs amis sur Deewee. "Je ne veux pas parler pour eux, mais pour moi, une bonne partie des chansons que je produis commence d’une amitié. Ce serait bizarre d’arriver à froid sur une musique. Ce sont les amis qui font de la musique. Tu n’as jamais peur de leur montrer quelque chose, tu peux être très ouvert et avoir un bon dialogue. Bon, le seul problème pour eux maintenant, c’est qu’ils ont trop d’amis (rires)."

Loading...

Dancing King

On n’avait jamais vu un featuring sur un titre de James Righton. Ce dernier a arrangé la chose sur cette galette, mais au lieu de commencer petit comme beaucoup d’autres artistes ont l’habitude de faire, il a tout de suite visé le haut du panier en demandant à Benny Andersson, l’un des quatre membres d’ABBA. Qui d’autre que l’un des rois de la pop européenne pour sublimer un album de pop ?

L’histoire remonte trois années auparavant, lorsque Righton reçoit un coup de fil assez peu commun. "Mon ami Johan Renck (réalisateur de la série Chernobyl ou encore du dernier clip de David Bowie, Lazarus) avait été contacté par ABBA pour réaliser le show qu’ils voulaient mettre sur pied, Voyage. Il m’a demandé si je voulais rencontrer Benny et Bjorn et m’impliquer dans le projet. C’était juste incroyable, on ne te dit pas tous les jours que Benny et Bjorn de ABBA veulent te parler. Je les ai rencontrés, j’ai cherché un band pour le show, qu’on a choisi ensemble. Après, on a répété à Stockholm pendant trois semaines dans leur studio et je suis devenu ami avec Benny." À ce moment-là, celui qui partage la vie de l’actrice Keira Knightley était en train de finaliser son album, mais butait sur le dernier qu’il avait écrit, Empty Room. "Je trouvais qu’il manquait une section. La piste devait aller quelque part et je trouvais qu’elle avait besoin d’un solo. Et je me suis dit, 'si quelqu’un peut faire un solo de clavier qui élèverait le morceau, c’est Benny'. Je l’ai appelé, et alors que je m’attendais à ce qu’il me dise qu’il était trop occupé, il m’a dit que ça avait l’air fun et m’a demandé de lui envoyer la maquette. Il a adoré et m’a envoyé son solo quelques jours plus tard, on l’a retravaillé un peu au studio Deewee, puis je lui ai renvoyé et il l’a beaucoup aimé. Il a donné la mélancolie qui manquait au morceau."

Loading...

En 2021, James Righton revenait sur le devant de la scène avec sa Release Party, s’inspirant de la fête qui aurait lieu post-lockdown. "Pour moi, la recette d’une fête parfaite, ce serait sur une plage, cinq heures du matin, le soleil se lève et je suis entouré de mes amis. C’est vraiment le meilleur sentiment." L’amitié, il l’évoque aussi dans Lover Boy, au moment d’évoquer sa bromance avec son ancien partenaire de toujours au sein des Klaxons, Simon Taylor-Davis. Mais aussi dans A Day At The Races, morceau triste à propos de la perte d’un de ses proches. Ce disque, magnifiquement produit, transpire des pensées d’une personne confinée. Il touche au manque social, à la distance physique, à l’amour et à la condition humaine. Et il met des mots sur un état d’esprit que beaucoup d’entre nous ont probablement partagé ces dernières années. Une solitude qui s’est muée en joie, qui a probablement resserré certains liens sociaux et continuera à le faire. La pandémie a sans doute eu un bon côté, c’est la réflexion autour de l’affection. Ce dont parle cet album.

Aujourd’hui, comme dit précédemment, Jim s’en est allé et James a pris sa place. Et puisque la musique, ça se vit, il prépare, toujours avec la complicité de David et Sephen Dewaele, un live qu’il présentera notamment à Bruxelles, au Pilar, le 22 septembre.

Sur le même sujet

Oliver Sim : Moche à l'intérieur, beau à l'extérieur

Jam

Hot Chip : Toujours hot ?

Jam

Articles recommandés pour vous