A portée de mots

Rencontre avec Pascal Goffaux et Laurent Quillet : « La nostalgie de l’aile » aux éditions Esperluète

18 janv. 2022 à 11:20Temps de lecture3 min
Par Axelle Thiry

Emission diffusée sur Musiq3 le 23 janvier à 22h.

"Je suis né malgré moi. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas sortir. Je ne voulais rien. Je voulais croupir. J’avais fait mon temps, les neuf mois réglementaires. Au tableau des arrivées, le retard s’accusait. Deux colombophiles faisaient les cent pas dans la salle des pas perdus. Ils attendaient le pigeon. Ils scrutaient le ciel, mais ne voyaient rien venir. Pas la moindre cigogne à l’horizon dont ils me bassineraient les écoutilles quand je les questionnerais, quand je leur demanderais comment faire. Comment faire pour retrouver le chemin du retour, avant même la ligne de départ et la grotte immonde? Sommé d’exister, en n’espérant rien en retour. Je ne voulais rien. J’allais être exaucé. Assez tergiversé, accouche ! L’accouchement fut provoqué."

Voici l’histoire d’une non-histoire, celle d’un homme qui aurait préféré ne pas être. Affublé d’un corps qui n’a pour lui que peu de réalité, il peut sans difficulté exister à côté de son enveloppe charnelle. Il devient alors observateur de sa propre identité et revient à la source, celle de son enfance.

Une enfance marquée par un double manque : la relation avec un frère aîné qui habitait sous le même toit, mais qui était exclu du noyau familial, et la présence-absence d’un troisième enfant dont il occupe la place dans l’imaginaire familial. En grandissant, il recherche le frère manquant. Il l’a découvert jeune adulte en la personne d’un étudiant qui semblait exister à sa place. Cet Uriel moderne, archange solaire, ne fit qu’accentuer la solitude mortelle causée par l’effacement de sa personne. Une seconde rencontre, celle d’un chanteur tout aussi angélique, creuse cette disparition de soi comme programmée dès l’enfance.

Ce récit d’une construction malgré soi, traversé par une nostalgie sans fond, tempéré par la présence bienveillante de la famille actuelle du narrateur et par la révélation de la radio – où le son prend la place du corps – emmène le lecteur dans un univers à l’écriture singulière et sensible.

Une expérience de lecture proche de l’apnée où Pascal Goffaux nous emmène dans l’intimité de son enfance, avec un humour noir, mordant, à la limite de l’autosabotage.

Laurent Quillet explore cette non-présence au monde dans un travail d’effacement volontaire de sa personne sur d’anciennes photos de famille. Les univers de ces deux hommes se rejoignent et se répondent. Dans leur démarche d'absence et de retrait du monde, ils ont trouvé leur alter ego.

 

Journaliste culturel à la RTBF, Pascal Goffaux vit et travaille à Bruxelles.

Travailler à la radio a toujours été une évidence pour lui, une fascination, une manière d’être au monde sans matérialité. Sur les ondes, il explore et met en lumière le travail des autres.

Dans la lignée de son travail avec les artistes, il publie un livre d’entretiens avec le poète François Jacqmin aux éditions Tandem, Parole gelée (2006).

La nostalgie de l’aile (Esperluète, 2021) est un récit autobiographique, une grande première pour celui qui parle rarement de lui-même...

 

Laurent Quillet est d'origine française. Depuis ses études à l'Académie des beaux-arts de Tournai (Belgique), il vit et travaille dans cette région. Son travail est régulièrement exposé en Belgique et en France.

"Faites comme si je n’étais pas là", interroge sa place dans le monde par l'effacement partiel de sa personne sur des photos de famille. La série suscite une impression d’inexistence par le biais d’une transparence de soi. Se dévoilant de manière presque épiphanique, son corps immatériel, fantomatique, oscille entre apparition et disparition. (Robin Legge).

Avec " Détachement ", projet de vie débuté en 2015, il collecte en vidéo ses " au-revoir " à sa famille. Protagoniste de la vidéo, il filme l’acte banal du bisou qui signale la séparation. L’aspect universel de cet acte tutoie son caractère singulier et personnel. Dans l’espoir que l’ " au revoir " ne soit pas un " à jamais ", le détachement se transforme alors en rapprochement. (Robin Legge)

laurentquillet.com

Lien vers la page de l'éditeur : En toutes lettres : La nostalgie de l'aile (esperluete.be)

 

Programmation musicale : 

Milky Way, Aliocha

Prophecies, Philip Glass 

 

 

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