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Rencontre avec Paul Hirsch, le monteur de “La guerre des étoiles” et “La folle journée de Ferris Bueller”

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03 oct. 2022 à 10:03Temps de lecture4 min
Par Liam Debruel

De passage à Bruxelles, Paul Hirsch a accepté de répondre à quelques questions sur son livre ainsi que sa carrière.

Paul Hirsch fait partie de ces monteurs ayant travaillé sur plusieurs titres reconnus par le grand public : " La guerre des étoiles " (pour lequel il a obtenu l’Oscar), sa suite " L’empire contre-attaque ", " Carrie ", " Phantom of the paradise ", " La folle journée de Ferris Bueller ", … C’est d’ailleurs pour présenter ce dernier titre (ainsi que son livre, " Il y a bien longtemps, dans une salle de montage lointaine, très lointaine ", édité chez Carlotta et Almano Films) qu’il était présent en Belgique, au cinéma Palace de Bruxelles. L’occasion était donc tentante pour lui poser quelques questions.

D’où est née l’envie d’écrire une autobiographie ?

Je racontais ces histoires depuis des années. J’allais visiter des plateaux de tournage quand je n’étais pas trop occupé et les gens se rassemblaient pour s’échanger des histoires. Les miennes avaient toujours beaucoup de succès. J’étais en train de travailler à Vancouver, pendant que ma femme Jane était à Los Angeles, donc j’étais seul les week-ends avec rien à faire. Je me suis alors dit " Je devrais mettre ces histoires sur papier ". Et c’est comme cela que ça a commencé.

Le livre est également très didactique dans l’approche du montage tout en restant grand public. Comment avez-vous travaillé cela ?

Je n’ai jamais eu l’intention d’écrire un manuel d’instruction. Je ne voulais pas me lancer dans un livre qui explique comment monter parce que dans ma tête, c’est la chose la plus ennuyante au monde. Cela me surprend donc quand j’entends des gens me dire qu’ils ont appris beaucoup de choses grâce à mon livre car je n’avais absolument pas ça en tête. Je voulais surtout raconter des histoires et partager mon expérience avec les grands artistes avec qui j’ai travaillé.

Justement, vous avez assisté à l’essor du Nouvel Hollywood en travaillant avec Brian De Palma et George Lucas tout en ayant rencontré Steven Spielberg, Martin Scorsese et Francis Ford Coppola. Pensez-vous que pareil mouvement pourrait exister de nos jours ?

Je ne sais pas, c’est très dur à dire. Tout dépend des circonstances de l’histoire. Je suis retraité depuis 4 ans donc je me suis vraiment retiré du milieu. Mais je pense qu’il y a des jeunes réalisateurs qui parviennent à se distinguer en faisant des œuvres intéressantes.

Vous dites dans votre livre que Ferris Bueller est le film dont on vous parle le plus dans votre carrière…

Après Star Wars bien sûr !

En effet ! Qu’est-ce qui le rend toujours aussi populaire selon vous ?

John Hugues avait écrit le film comme un complément de " Seize bougies pour Sam ", qui devait suivre la pire journée dans la vie d’un adolescent. " La folle journée de Ferris Bueller " devait être de son côté la meilleure journée possible pour un adolescent. C’est ce qui l’a motivé dans son écriture. Je pense aussi que, lorsqu’on parle du lycée, on partage une expérience commune vu que tout le monde est allé en secondaire et peut se raccrocher à cela.

 

 

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“La folle journée de Ferris Bueller” n’aurait probablement pu jamais exister de nos jours

Pourriez-vous aborder plus longuement votre relation avec Brian de Palma ? Vous la décrivez comme un film projeté à l’envers…

C’était vrai quand j’ai écrit le livre. Depuis, on a repris contact et cela va mieux. Je considère Brian comme mon mentor, il m’a énormément aidé durant ma carrière, m’a appris beaucoup de choses et m’a encouragé tout du long. Il a validé mon travail et je lui dois beaucoup, je suis très reconnaissant de le connaître. C’est également lui qui m’a permis de rencontrer George Lucas.

Justement, comment votre travail sur Star Wars a changé votre carrière, en plus de votre Oscar ?

Le film m’a exposé et permis de rencontrer plusieurs personnes de qualité qui n’ont jamais entendu parler de moi auparavant. J’ai notamment su faire “Le roi des gitans”, produit par Dino De Laurentiis, avec le chef opérateur d’Ingmar Bergman Sven Nykvist et tiré du roman de l’auteur de “Serpico, Peter Maas. C’étaient donc des personnes très importantes dans l’industrie que je n’aurais jamais pu rencontrer sans “Star Wars”.

Vous avez travaillé sur les deux premiers épisodes de “Star Wars”, vous évoquez dans votre livre que nous entrons dans “l’ère des franchises” avec votre implication sur des films comme “Warcraft” et “La momie”. Comment voyez-vous l’évolution du cinéma américain ?

Je suis déçu que les studios ne font plus de films avec des budgets moyens comme on pouvait le faire à l’époque. “La folle journée de Ferris Bueller” n’aurait probablement pu jamais exister de nos jours car les studios ne s’intéressent plus qu’à des blockbusters remplis d’effets spéciaux. Cela ne m’intéresse pas. Occasionnellement, on propose des bons films mais la tendance est désormais de produire des titres pour une audience assez étroite. Je ne devrais pas dire étroit car cela englobe quand même un bon nombre de personnes mais ils font des films pour les personnes les moins critiques et les plus influençables, c’est-à-dire les adolescents. Voilà le public ciblé. Je ne suis plus un adolescent donc je ne suis pas intéressé par ces productions.

Quelle est votre opinion sur le montage de blockbusters récents en général ?

Cela dépend bien sûr du film. Certains sont faits de manière remarquable. Je trouve que le dernier “Top Gun” était magnifiquement monté. J’ai trouvé les séquences d’action de “The gray man” fantastiques. Mais souvent, par rapport à d’autres films, ces séquences ressemblent plus à une publicité pour les scènes d’action qu’à de vraies scènes d’action. C’est coupé si rapidement qu’on ne sait plus suivre l’action ou respecter le temps et l’espace. Il n’y a plus de réalité où on habite, ce ne sont plus que des images pour l’effet.

 

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