Vincen Beeckman est LE photographe belge du peuple d’en bas. Il capte inlassablement l’humanité des milieux populaires. Après Bruxelles et le peuple des Marolles, il s’est immergé pendant de longs mois au sein du peuple carolo. Le photographe a réalisé quatre projets : La Devinière à Farciennes, la piscine du centre de délassement de Loverval, les adolescent.te.s pour l’expo Teen Spirit du BPS22 et l’univers des zèbres, le Sporting de Charleroi pour l’expo On veut des zèbres pas des chèvres, à découvrir au Vecteur jusqu’au 30 juillet 2022.

Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur. Un supporter et le célèbre Super-Zèbre
Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur. Un supporter et le célèbre Super-Zèbre © Xavier Ess

Une exposition mêlant son, images fixes, video, objets, texte et jeu où les noms des 649 joueurs de l’histoire du club, fondé en 1904, remplacent les images sur les murs. Le photographe a préféré une édition mêlant des documents d’archives et des photos de l’histoire du club avec ses propres images des supporters et des jeunes joueurs dont il a partagé les moments dans les bus, au bord du terrain, dans les vestiaires ou au bistrot. Maïna Boutmin détaille l’expo ici

Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur
Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur © Xavier Ess

- D’où est venu le concept du livre plutôt qu’une exposition traditionnelle ?

Le livre ça peut perdurer dans le temps, ça peut se distribuer aussi parmi tous les supporters et les fans du Sporting, ça permet aussi aux personnes d’avoir quelque chose d’eux à la maison. Il y a des textes avec des conversations avec des supporters, des archivistes, un bénévole qui est depuis des années à suivre les groupes de jeunes pour les pousser à faire le sport qu’ils aiment… Ceux qui veulent le livre, c’est 10 euros avec la carte, l’abonnement de supporter – c’est quasi rien - et 20 euros sans la carte.

- Les murs couverts de noms de joueurs à la place des images, c’est un pari risqué…

Un supporter qui arrive ici, [en voyant le nom] il va s’imaginer des matchs, il va voir des images. C’est souvent des noms qui ont un peu disparu et donc les supporters plus anciens vont se souvenir d’images qu’ils ont dans leur tête mais qui ont complètement disparu. Le supporter qui voit le nom de Didier Beugnies, il voit à quoi ressemble le joueur, les actions qu’il a faites, comment il était. Ça permet vraiment de créer un lien avec le public.

Vincen Beeckman a inséré des extraits de ses notes dans la publication
Vincen Beeckman a inséré des extraits de ses notes dans la publication © Xavier Ess

- Est-ce que vous avez croisé des jeunes joueurs qui ont l’espoir de devenir une star du foot ?

Bien sûr, parce que c’est soi-disant la porte de sortie vers un rêve doré d’être connu et de gagner beaucoup d’argent, mais c’est vraiment très très difficile […] mais certains y arrivent comme Dorian Dessoleil qui est maintenant à l’Antwerp. Lui, il a réussi, on peut dire.

- Charleroi à la défaite joyeuse…

Ils n’ont jamais rien gagné, ni le Championnat ni la Coupe. Donc s’ils perdent c’est hyper rageant, mais […] ils espèrent toujours. Il y a toujours cette envie de dire "ce sera mieux l’année prochaine". C’est parfois plus beau d’être dans cette dynamique-là. D’autres clubs qui ont déjà tout gagné, s’ils perdent c’est un scandale.

 

 

Les frères jumeaux, connus de tous les supporters. Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur
Vincen Beeckman, série "On veut des zèbres pas des chèvres"

- Vous avez dû rencontrer des personnages atypiques…

Il y a les frères jumeaux qui sont à fond à fond à fond, ils font les tiphos, ils sont à tous les matchs ; il y a Nora la responsable des pompom girls qui chaque fin de match se déguisent et font des chorégraphies ; il y a aussi le seul club de supportrices en Belgique […] elles disent les mêmes injures, les mêmes slogans mais elles ont des tiphos à elles. Il y a Super-zèbre qui motive les supporters à tous les matchs. Il essaie de donner un rythme, de faire que tout le monde crie, que tout le monde chante, que ce soit la fête au stade.

Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur
Vincen Beeckman, extrait de l’édition spéciale publiée pour l’exposition au Vecteur © Xavier Ess

Le soir du vernissage, tout l’univers du Sporting était convié : les supporter.trice.s, les pompom girls, les jeunes joueurs, le staff de l’équipe première, les ultras. Un groupe a interprété les chansons des supporters à la sauce punk-noise et un ballon dédicacé était en jeu. Le photographe Mattias Launois a couvert la soirée.

Les Zebrettes Dancers le soir du vernissage
Les Zebrettes Dancers le soir du vernissage © Mattias Launois

C’est entre sport et art, deux milieux qui ne se croisent pas souvent - Vincen Beeckman

Le gagnant du concours qui remporte le ballon signé par l’équipe des Zèbres 
Le gagnant du concours qui remporte le ballon signé par l’équipe des Zèbres  © Mattias Launois

En définitive, faut-il être fan de foot pour apprécier l’exposition ? Etre supporter.trice des Zèbres pour en goûter toutes les saveurs, celles du souvenir et des moments partagés qui font une communauté ? sans doute… et si le Sporting n’est pas votre famille, en écouter les chants, en feuilleter l’album vous fera voir mais surtout ressentir un peu de l’âme allègre de ce pays ni tout noir, ni tout blanc mais zébré comme il se doit.

En pratique :

On veut des zèbres, pas des chèvres – Vincen Beeckman
Jusqu’au 30 juillet - Gratuit

Le Vecteur Rue de Marcinelle 30 – 6000 Charleroi

Vincen Beeckman, série "On veut des zèbres pas des chèvres"
Vincen Beeckman, série "On veut des zèbres pas des chèvres" © Vincen Beeckman

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