La couleur des idées

Rendre l’avenir possible aux confins de la technologie, du féminisme et de l’écologie avec Nathalie Grandjean

Double exposition d'arbres et de bâtiments - Photos
Royaume-Uni, Londres, composite numérique de gratte-ciel dans le quartier financier de Londres avec des arbres verdoyants.
08 oct. 2021 à 12:49 - mise à jour 08 oct. 2021 à 13:02Temps de lecture2 min
Par Tania Markovic et Simon Brunfaut

Cette semaine, La Couleur des idées s’intéresse à cette drôle de notion qu’est l’avenir. Pour découvrir ce qu’il nous réserve, plusieurs possibilités s’offrent à nous. Il y a tout d’abord la chiromancie et ses sœurs de l’art divinatoire : lire dans le marc de café ou les feuilles de thé, observer une boule de cristal, tirer les cartes du tarot ou encore consulter son horoscope. Mais au-delà de ses pratiques personnelles, l’avenir est un vaste domaine de recherche qui charrie de nombreux fantasmes, intéressant tout aussi bien les commissaires européens (à propos de la méthode prospective au sein de l’UE, il faut lire les très beaux romans de Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB et Les Emotions) que les transhumanistes, Google avec son projet de "tuer la mort" ou encore des particuliers comme le milliardaire Elon Musk, convaincu que l’avenir de l’homme réside dans les étoiles.

L’avenir suscite interrogations, angoisses, excitations et convictions. Dans son recueil de poèmes "Le Fou d’Elsa", Louis Aragon écrit :

L’avenir de l’homme est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est sa rumeur et son bruit
Et sans elle il n’est qu’un blasphème
Il n’est qu’un noyau sans le fruit
Sa bouche souffle un vent sauvage
Sa vie appartient aux ravages
Et sa propre main le détruit

Aujourd’hui, l’avenir semble bien sombre : c’est la catastrophe climatique, les espèces qui disparaissent les unes après les autres, les forêts qui brûlent. Mais est-ce vraiment l’avenir ? Ne serait-ce pas déjà le présent puisqu’on peut désormais constater de visu les changements en cours sur notre planète où des forêts entières s’embrasent spontanément ? Ne faudrait-il pas – pour rendre l’avenir possible au lieu de le prédire comme le préconisait Antoine de Saint-Exupéry – assembler les technologies, le féminisme et l’écologie ? C’est précisément le pari de notre invitée : la philosophe Nathalie Grandjean. Professeure à l’université de Namur, elle s’intéresse aussi bien au corps et à la technologie qu’à la philosophie féministe et à l’écologie. Dans le sillage de la philosophe américaine Donna Haraway à laquelle elle consacre un ouvrage (Généalogie des corps de Donna Haraway édité aux presses universitaires de l’ULB), elle montre comment il est possible d’établir cette alliance en partant des corps et de ce qu’ils nous racontent. Ce projet passe, selon elle, par la remise en question des oppositions stériles qui structurent notre monde et nos modes de pensées, ainsi que par un décloisonnement des imaginaires et une attention à celles et ceux qu’on n’entend pas et qu’on ne voit pas suffisamment.

Un entretien mené par Simon Brunfaut à écouter ci-dessous ce samedi 9 octobre dès 11 heures.

Pour en savoir plus :

Informations pratiques :

Les mardis matin du 28 septembre au 14 décembre 2021.

Les conférences ont lieu au Théâtre du Vaudeville mais peuvent aussi être suivies depuis chez soi en podcast.

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