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Rentrée scolaire : l’art et la culture étaient les "parents pauvres" à l’école et ça devrait changer

© Damien Hendrichs

29 août 2022 à 04:00 - mise à jour 29 août 2022 à 08:55Temps de lecture7 min
Par Miguel Allo / Graphisme : Damien Hendrichs

Nous voilà repartis pour une nouvelle année scolaire. Année qui apporte son lot de nouveautés et notamment un calendrier scolaire remanié. Il y a aussi la réforme du tronc commun qui s’applique dorénavant à la 3e maternelle, 1e et 2e primaires, les 3e et 4e suivront l’année prochaine et ainsi de suite pour arriver, selon le calendrier, à la 3e secondaire en 2028. Un nouveau pas est donc franchi dans la mise en place du Pacte pour un enseignement d’excellence.

Pour accompagner ces changements, il fallait aussi de nouveaux référentiels pour remplacer les socles de compétences utilisés depuis une vingtaine d’années dans l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Un premier référentiel avait déjà vu le jour avec les compétences initiales pour les maternelles (mise en œuvre en 2020) et récemment ce sont huit autres référentiels qui ont été validés pour les primaires et les secondaires. Ces référentiels servent à définir ce qui devra être acquis pour chaque année scolaire dans huit domaines d’enseignement. On y retrouve notamment : le français, les mathématiques, les sciences, etc.

Et puis, preuve sil en est dune conscience de plus en plus importante de la culture et des arts dans les apprentissages ces dernières années, il y a aussi le référentiel ECA pour Education Culturelle et Artistique sur lequel nous allons nous attarder.

Pas d’ECA sans PECA

Avant d’aborder le référentiel ECA nous devons parler du PECA (le Parcours d’Éducation Culturelle et Artistique). Deux acronymes intimement liés, le deuxième englobant le premier. Le PECA a été mis en place dès 2020 et couvre toutes les années, de la maternelle à la fin de lenseignement obligatoire.

Quant à lECA, il suit le tronc commun, jusquà la troisième secondaire. Autre différence, le PECA nest pas un cours alors que l’ECA avec son nouveau référentiel en est un. Ce dernier a dès lors une grille horaire : 4 périodes de 50 minutes en maternelle et 2 en primaire et en secondaire. Ajoutons que le référentiel dEducation Culturelle et Artistique est transversal, c’est-à-dire qu’il salimente dautres disciplines (français, mathématique, etc.) et que les enseignants sont invités à tisser des liens / des croisements avec les autres cours.

Cette logique de décloisonnement des matières est encouragée dans plusieurs domaines et les articulations possibles sont détaillées dans tous les référentiels.

PECA, pas un cours

Revenons au PECA qui nest donc pas un cours. Il ny a pas de manuels ou de référentiels, mais bien des lignes directrices, notamment le fait que lécole devra proposer différents types dexpressions artistiques, dapproches (visites patrimoniales, spectacles, musées, artistes en classe, etc.). Toutes les écoles doivent mettre en place ce parcours et cela pour chaque élève. Les écoles ont dû en tenir compte et rédiger un projet (contrat dobjectif, ndlr) qui se trouve dans leur plan de pilotage.

Sans entrer dans les détails du PECA, ajoutons encore quun dialogue entre le milieu culturel et le milieu scolaire existe et permet de rappeler, sensibiliser, soutenir et aider les écoles à mettre des projets culturels et artistiques en place. Il s’agit donc d’une collaboration entre équipes pédagogiques et acteurs artistiques et culturels afin de proposer, amener, organiser des projets dans le milieu scolaire. L’objectif du PECA est de permettre un accès égal à la culture pour tous et renforcer la place de la culture et des arts dans le milieu scolaire.

Le référentiel ECA

Il aura fallu 5 ans pour aboutir à ce nouveau référentiel d’Education Culturelle et Artistique. Pour la petite histoire, une première mouture avait vu le jour en 2019, mais elle n’a pas été retenue. Un nouveau groupe de travail a été constitué dans la foulée pour, après de nombreuses relectures et amendements (pour notamment renforcer les liens avec le PECA et avec l’éducation aux médias), proposer la version définitive approuvée au mois de juin dernier par le Parlement de la FW-B.

Ce nouveau référentiel doit revaloriser l’éducation culturelle et artistique au sein du tronc commun, cela faisait partie des ambitions du Pacte pour un enseignement d’excellence. Et, selon Olivier Moreau, inspecteur d’éducation musicale à la FWB qui a coprésidé le groupe de travail qui a élaboré l’ECA : "Les nouveaux référentiels incarnent une grande réforme par rapport au référentiel des socles de compétences…".

Comment ça fonctionne ?

Premier changement notable par rapport au passé, le nouveau référentiel ECA indique clairement aux enseignants ce qui est attendu annuellement en matière dapprentissages. Cela leur permet de disposer d’objectifs clairs des éléments à travailler en fonction de l’année dans laquelle ils donnent cours. Les référentiels proposent des tableaux qui permettent de comprendre en un coup d’œil les attendus de chaque savoir, savoir-faire et compétence.

Ci-dessous, un exemple du tableau du référentiel ECA.

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Ce qu’il n’est pas permis d’ignorer

Rappelons que le contenu du référentiel ECA (comme tous les autres référentiels), se décline en savoirs, savoir-faire et compétences et cela pour chaque année. On peut lire dans celui-ci que pour chaque référentiel, les rédacteurs ont été invités à se centrer sur lessentiel, cest-à-dire sur " ce quil nest pas permis dignorer ", en évitant la compilation de " tout ce quil est possible de savoir ".

Evaluation

Tous les référentiels précisent les attendus qui doivent être maîtrisés aux différents stades de l’apprentissage des élèves. Il est donc demandé aux enseignants de mettre en place des stratégies (évaluations, remédiation, etc.) pour atteindre le niveau requis.

A ceci, le référentiel ECA ajoute que "Pour ne pas se limiter à une forme "papier-crayon" ou à un contrôle des productions, un recueil de traces annuel, complété par une analyse réflexive, pourrait s’avérer un outil d’appréciation efficace." Autrement dit, un recueil de créations de l’élève pourrait l’accompagner année après année pour être une base de sa réflexion artistique.

Ce référentiel concerne trois modes d’expression (française et corporelle, plastique, musicale) et l’éducation culturelle.

L’art et la culture, "parents pauvres dans le cursus scolaire"

Un petit coup de sonde auprès de quelques enseignantes montre à quel point l’éducation culturelle et artistique dans les socles de compétences était anecdotique ces dernières années. " C’est mis dans les socles, effectivement, mais ce n’est pas super détaillé, c’est quand même assez vague. Ça nous laisse une certaine liberté, du coup ce n’est pas toujours facile. ", nous dit Nancy, institutrice en 1e et 2e primaires depuis dix-huit ans dans une école communale à Bruxelles. Elle ajoute qu’en raison de la quantité de matière en français, mathématiques et éveil, l’artistique et le culturel passent souvent à la trappe.

Pour Shana, également institutrice dans la capitale en 1e et 2e primaires, " les socles n’étaient pas vraiment développés. Ils étaient un peu vagues et donc c’était un peu au bon vouloir de chaque enseignant."

Quant à Vanessa, qui enseigne aussi à Bruxelles depuis une dizaine d’années dans le premier cycle primaire, elle ne se sent pas particulièrement outillée (formation musicale en académie, par exemple) pour donner un cours artistique, " au niveau des référentiels (ancienne mouture) c’était très évasif. Dans les socles de compétences, il ny avait pas vraiment de points très clairs à travailler. "

Peu de doutes donc concernant l’enseignement de la culture et de l’artistique dans les socles, un constat confirmé par Olivier Moreau : Force est malheureusement de constater que lart et la culture font, depuis bien longtemps, figure de parents pauvres dans les cursus scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles. "

Notons qu’un changement insufflé par le PECA est déjà perceptible dans les écoles. Nancy nous explique, par exemple, que l’établissement où elle enseigne a inscrit dans son plan de pilotage des projets autour de la musique, parmi lesquels : l’étude du rythme, des instruments, etc. L’école fait aussi appel aux Jeunesses musicales afin d’offrir des concerts en classe, etc.

Focus sur la musique à l’école

Et puisque nous parlons de musique, attardons-nous encore un peu sur cette discipline. L’éducation musicale souffre, nous dit : Olivier Moreau : " dune part du stéréotype entretenu par les souvenirs de lapprentissage du solfège, de la flûte à bec ou de lhistoire de la Musique. Dautre part, daucuns la considèrent comme une discipline appartenant à une certaine catégorie de la société, notamment des élèves qui peuvent se permettre des cours privés ou en académie de musique. ".

L’inspecteur déducation musicale note aussi que les élèves en auront un souvenir différent en fonction de l’enseignant, de l’équipe éducative, voire parfois de la zone géographique et que : " Cette situation génère de grandes inégalités scolaires en termes déducation culturelle et artistique, particulièrement en éducation musicale dans lenseignement primaire."

Pour revenir à ce que nous disait Vanessa et le fait qu’elle se sente peu outillée pour certaines matières. Dans le nouveau référentiel ECA et notamment en expression musicale : "les attendus sont particulièrement explicités et développés" au niveau de toutes les primaires, nous dit-on. Le référentiel propose une liste d’exemples de morceaux en lien avec les "savoirs" afin d’aider les enseignantes et enseignants.

Premiers retours

Les enseignants du premier cycle en primaire ont suivi cette dernière année une formation aux référentiels. Les premiers coups de sondes apurées des trois enseignantes interrogées sont positifs. Pour Nancy le référentiel ECA est : "quand même beaucoup plus élaboré et beaucoup mieux expliqué dans les détails que le socle des compétences." Le fait que ce référentiel existe est déjà une belle avancée pour Shana : "on ne part plus de rien. Deuxième avancée, on a scindé les apprentissages : les contenus et attendus, par année. Donc on sait ce quon doit voir en 1re primaire, en 2e primaire, etc. jusqu’à la troisième secondaire. Autre gros avantage, on va pouvoir faire des liens avec les autres matières. Pour les personnes qui ne sont pas sensibilisées à ces matières, cest très chouette davoir toutes ces bases."

Quant à savoir si ce nouveau référentiel ECA va revaloriser cet enseignement : "Je pense que cest clairement le but quil y a derrière les référentiels. Ce quil y a, cest que cest un programme qui est fort chargé quand même. […] C’est assez ambitieux, je pense. Mais ça va redonner sa place à l’éducation culturelle et artistique à l’école.", estime Vanessa.

Sur le même thème : Extrait JT (17/08/2022)

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