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Rentrée scolaire : les classes "Daspa" accueillent les primo-arrivants dans toutes leurs diversités

Rentrée scolaire : les classes Daspa accueillent les primo-arrivants dans toutes leurs diversités

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C’était aussi cette semaine la rentrée des classes pour les élèves primo-arrivants, ces enfants et adolescents arrivés récemment en Belgique. Certains n’ont jamais fréquenté l’école et ne savent même pas tenir un crayon, d’autres ont commencé un cursus dans leur pays d’origine. L’avenir de ces enfants se joue particulièrement lors de ce passage en classe Daspa ("Dispositif d’Accueil et de Scolarisation des élèves Primo-Arrivants et Assimilés"). Une sacrée gageure pour les professeurs et les encadrants de ces jeunes.

Un casse-tête pédagogique permanent

Yves Claeys enseigne depuis 13 ans le français et les maths en classe Daspa au Cepes (le Centre d’Enseignement Provincial – Enseignement secondaire) à Jodoigne. Actuellement, ses élèves sont majoritairement Afghans et Ukrainiens, mais il y a aussi des Guinéens, Erythréens, Somaliens, Burundais, Palestiniens, Syriens. Ces jeunes sont hébergés au centre Fedasil tout proche. 85 élèves sont inscrits cette année, répartis en 5 classes. Mais tous les élèves ne sont pas présents. L’absentéisme est le problème principal car certains jeunes ne comprennent pas l’importance de l’école dans leur parcours de vie déjà si malmené.

Au quotidien, il faut des qualités humaines démultipliées pour travailler avec ces jeunes. Certains ont traversé la moitié du globe pour arriver ici, seuls, d’autres sont arrivés en avion avec leur famille. "Il faut avoir énormément de patience, on avance de 3 pas, on recule de 2 pas, on doit s’adapter constamment et avoir des nerfs très solides" reconnaît Yves Claeys. "De nouveaux élèves arrivent constamment, on doit chaque fois remettre en question le programme qu’on avait établi. Je fais quoi avec un élève qui arrive en novembre et qui ne connaît pas l’alphabet, alors que les autres ont déjà progressé ?" interroge cet enseignant toujours passionné par ce défi quotidien.

Quand le soutien de la direction n’y est pas

La réussite des élèves dépend essentiellement de l’équipe pédagogique et du soutien de sa direction. Pamela Giunta a été coordinatrice des classes Daspa entre mars 2020 et juin 2021 dans un Athénée royal de la région namuroise. Une expérience qui lui laisse un goût très amer puisqu’elle a fini par démissionner. "J’étais chargée de mettre sur pied le projet Daspa mais je me suis vite rendue compte que cela n’intéressait pas la direction", raconte aujourd’hui cette logopède indépendante.

Pamela Giunta constate aussi la différence entre les réseaux d’enseignement : "La différence de moyens entre le réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le réseau catholique est flagrante. Certaines écoles ouvrent des classes Daspa uniquement pour obtenir des subsides mais l’argent est utilisé à d’autres postes et ne bénéficie pas aux élèves de ces classes". La désignation des professeurs a aussi laissé la logopède et professeur de français dubitative. "Le pouvoir organisateur désigne des professeurs sans aucune formation spécifique à ce type d’enfants et ne savent pas s’y prendre. C’est très différent d’une classe traditionnelle".

Des élèves de seconde zone ?

Ce constat est partagé par Yves Claeys, enseignant à Jodoigne : "cette semaine un professeur d’informatique est arrivé lundi matin, il a démissionné le lendemain, il n’était pas du tout préparé et ce n’est pas de sa faute". "La scolarité d’un enfant est fondamentale pour tous les enfants", souligne Pamela Giunta, "mais elle est déterminante à vie pour un élève de Daspa. Un élève belge qui échoue redouble et aura d’autres chances. Un élève en Daspa est au mieux, dirigé vers des études professionnelles ou des formations en alternance, au pire se retrouve en décrochage scolaire alors que certains seraient tout à fait capables d’aller à l’université", regrette l’ancienne coordinatrice.

A Jodoigne, lors de l’arrivée massive des Ukrainiens, on les a mis dans des classes différentes, sans contact avec les autres élèves étrangers. "C’était une erreur", reconnaît Yves Claeys, "voire malsain car on considérait que les élèves ukrainiens étaient culturellement différents et plus motivés. En fait, certains enfants ukrainiens n’étaient pas motivés du tout d’apprendre le français car ils pensaient retourner très vite dans leur pays. Cette année, les classes sont organisées par niveau d’alphabétisation et de connaissance du français et c’est beaucoup mieux comme cela".

Un casse-tête pédagogique

Mamadou Sow est référent scolaire au Centre Croix-Rouge de Jette. Il encadre et conseille les Mena, les Mineurs étrangers non accompagnés. "La plupart viennent avec l’idée de travailler mais ces jeunes se rendent vite compte que la langue est un obstacle" constate Mamadou Sow. Et ce n’est pas facile pour ces jeunes, parfois livrés à eux-mêmes depuis des années, de se fixer des repères. "Le collaborateur de nuit les réveille une première fois à 6h40 et son collègue du jour arrive à 7 heures et refait le tour des chambres", explique l’assistant social qui encadre et conseille les jeunes.

Une minorité résiste, la plupart suivent et certains sont très motivés à s’en sortir. A Bruxelles, le réseau d’enseignement est dense et tous les réseaux proposent des classes Daspa. Le centre Croix-Rouge de Jette travaille principalement avec 4 écoles : l’Institut Bischoffsheim à la ville de Bruxelles, l’Institut Dominique Pire à Bruxelles, l’école Cardinal Mercier à Schaerbeek et l’Athénée Da Vinci à Anderlecht. "Certaines sont plus strictes que d’autres, par exemple, l’élève qui arrive en retard est directement sanctionné. Or, le fait qu’il aille à l’école, même avec 10 ou 15 minutes de retard, c’est déjà une victoire pour nous", explique Mamadou Sow.

 

Les conditions du Daspa

La durée de passage en DASPA est comprise entre 1 semaine et 1 an. Cette durée peut être prolongée de 6 mois maximum sur décision du Conseil d’intégration. Pour les élèves primo-arrivants et assimilés non alphabétisés, la durée peut être prolongée à nouveau de 6 mois supplémentaires maximum. Et il faut être arrivé en Belgique moins d’1 an avant l’inscription. Les objectifs sont clairs : l’apprentissage intensif de la langue française, l’apprentissage de la culture scolaire et la mise à niveau adaptée pour que l’élève rejoigne le plus rapidement possible une année d’études.

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