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Répression en Birmanie: le président indonésien demande le retour à la démocratie

Le président indonésien Joko Widodo prononçant son discours à l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) à Jakarta
24 avr. 2021 à 15:25 - mise à jour 24 avr. 2021 à 15:25Temps de lecture3 min
Par RTBF avec Agences

Le coup d’Etat militaire en Birmanie au menu des dirigeants de l’ASEAN, l'Association des pays d’Asie du Sud-Est, un groupe relativement divisé entre nations continentales, plus proches géographiquement et politiquement de la Chine alliée de la junte birmane, et pays insulaires plus décidés à défendre la démocratie. Dans ce contexte, c’est le président indonésien Joko Widodo qui a élevé la voix et a appelé la junte birmane à cesser les violences contre les civils et à restaurer la démocratie, à l’issue d’une réunion de crise de l’ASEAN avec le chef de l’armée birmane. Des déclarations d’une fermeté inhabituelle pour le leader du plus grand pays de la région suite à la répression sanglante menée par la junte.

Depuis le coup d’Etat militaire du 1er février, la répression a fait plus de 700 morts en Birmanie et un rapporteur de l’Onu a estimé les réfugiés à plus de 250.000 personnes, menaçant de déstabiliser la région.

Le général birman Min Aung Hlaing effectuait son premier déplacement à l’étranger depuis que les forces birmanes ont confisqué le pouvoir et assigné à résidence la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi.

Engagements demandés à la junte

"Le premier engagement demandé est que l’armée birmane cesse l’usage de la violence et que toutes les parties fassent preuve de retenue pour réduire les tensions", a déclaré le dirigeant indonésien. "La violence doit cesser, la stabilité et la paix en Birmanie doivent être restaurées". Joko Widodo a aussi appelé à la libération des prisonniers politiques, à autoriser une aide humanitaire et que des émissaires de l’Asean puissent "promouvoir le dialogue avec toutes les parties".

Dans son discours, le Premier ministre malaisien Muhyiddin Yassin a appelé à une fin immédiate des violences contre les civils et la libération des prisonniers. Il a demandé que des représentants de l’Asean reçoivent un "accès en Birmanie, à toutes les parties concernées".

"La situation déplorable en Birmanie doit cesser immédiatement", a-t-il souligné. "La Malaisie pense que les tueries et la violence doivent cesser. Toutes les parties doivent en urgence limiter toute provocation et actions qui vont perpétuer la violence et les troubles."

Le Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong a assuré que le leader de la junte avait "entendu". "Il n’était pas opposé à ce que l’Asean joue un rôle constructif", a-t-il déclaré à des journalistes. Le dirigeant singapourien a aussi réclamé la libération d’Aung San Suu Kyi, placée en résidence surveillée depuis le coup d’Etat.

L’Indonésie et Brunei, pays qui préside l’Asean actuellement, organisaient cette réunion des dirigeants de la plupart des 10 nations de l’organisation qui comprend aussi la Birmanie, Singapour, la Malaisie, le Cambodge, la Thaïlande, le Vietnam, les Philippines et le Laos.

L’armée birmane a réprimé par la force samedi des manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays, tuant au moins un manifestant, selon un témoin. Une manifestation à moto où les opposants ont fait le salut à trois doigts de la résistance près de la capitale, Naypyidaw, a dégénéré en violences dans l’après-midi lorsque la police et les soldats ont ouvert le feu.

Un manifestant de 50 ans a été arrêté et tué, a déclaré un témoin à l’AFP. "Des policiers l’ont retenu de chaque côté, puis un soldat lui a tiré dans le dos", a déclaré le manifestant de 27 ans.

Ramener la junte birmane à la table de négociations

La venue du général birman à Jakarta avait déclenché la colère des défenseurs des droits humains et des opposants à la junte. "Les réunions qui excluent le peuple birman mais incluent le meurtrier en chef Min Aung Hlaing […] ne vont pas apporter de solution", a protesté dans un communiqué le gouvernement fantôme birman, mis en place par l’opposition, qui n’a pas été invité par l’Asean.

Amnesty International a appelé dans un communiqué les autorités indonésiennes à engager des poursuites contre le général Min Aung Hlaing et les autres membres de la junte qui se rendent à Jakarta.

Plusieurs personnalités ont appelé l’Asean à expulser la Birmanie. Mais l’organisation, fondée sur le consensus et la non-ingérence n’a pas annoncé de mesure aussi drastique. Les analystes voyaient plutôt la réunion comme un moyen d’amener la junte birmane à la table des négociations.

Point de protocole important, les autorités indonésiennes ont décrit le leader de la junte comme le "chef de l’armée birmane" pour éviter de le reconnaître comme le dirigeant légitime du pays, et ni le président Joko Widodo ni sa ministre des affaires étrangères n’ont eu de rencontres à part avec lui.

L’envoyée spéciale des Nations Unies pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, était aussi à Jakarta pour des entretiens en marge du sommet.
 

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