Guerre en Ukraine

Réserves financières russes gelées à l’étranger : "C’est ça, la vraie bombe atomique financière"

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27 févr. 2022 à 16:25Temps de lecture3 min
Par Simon Bourgeois

Plusieurs puissances occidentales, Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Commission européenne, ont annoncé des sanctions jamais vues contre la Russie : une exclusion du réseau interbancaire SWIFT et le gel des réserves en devises étrangères de la banque centrale de Russie. Une "bombe nucléaire financière". Analyse.

Faire de la Russie un paria économique

Objectif de ce train de sanctions occidentales : isoler Moscou du système financier international pour assécher économiquement la Russie. La Banque centrale russe dispose d’un véritable trésor de guerre, issu notamment de la vente de pétrole et de gaz : 630 milliards de dollars (559 milliards d’euros). Environ 130 milliards en or, le reste en devises étrangères (euro, dollar, yen, livre sterling, franc suisse…), notamment sous forme de titres inscrits à l’étranger.

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Les puissances occidentales cherchent à empêcher la Russie d’utiliser ces réserves pour financer la guerre et amortir les conséquences des autres sanctions économiques. "Déconnecter les banques russes du système financier international les empêchera d’effectuer la plupart de leurs transactions financières mondiales et bloquera les importations et les exportations russes", détaille le communiqué des Etats-Unis, Canada, Commission européenne et Royaume-Uni qui annonce ces sanctions.

"Nous sommes totalement déterminés à faire plier l’économie russe et les oligarques russes. Nous voulons isoler et assécher financièrement la Russie", a ajouté le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire.

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Geler les avoirs russes à l’étranger

Le premier volet de ces sanctions consiste à paralyser les avoirs de la Banque centrale russe à l’étranger. "La Russie se targue d’être insensible aux sanctions économiques occidentales, explique Eric Dor, directeur des Etudes Economiques à l’IESEG School of Management de Lille. Et c’est vrai qu’avec tout ce qu’ils ont en réserve, ils semblent pouvoir supporter des années d’interdiction d’échange avec l’Occident".

Les banques centrales occidentales ont donc décidé de geler les avoirs russes en devises étrangères inscrits chez elles, empêchant ainsi Moscou de les utiliser. "C’est une mesure extraordinaire, souligne Eric Dor. La dernière fois qu’on a fait cela, c’est pour l’Afghanistan quand les Talibans ont pris le pouvoir. Mais faire cela à la Russie c’est évidemment une décision d’une tout autre ampleur !"

Laisser le rouble dégringoler

D’autant plus extraordinaire que la valeur du rouble, la devise russe, est en train de chuter face au dollar. Les Occidentaux cherchent donc à empêcher la Russie de mobiliser leurs réserves en devise étrangère pour racheter du rouble et donc soutenir sa monnaie. "C’est le pari occidental, que le rouble continue de se déprécier, sans que la Russie n’ait les ressources disponibles pour l’en empêcher. L’inflation deviendrait galopante dans le pays, suscitant la colère des Russes et donc moins de soutien au régime".

Exclu des échanges bancaires mondiaux

Le deuxième volet du train de sanctions est lui aussi inédit : exclure la Russie du système SWIFT, un réseau d’échange et de messagerie entre les banques du monde. Il permet de garantir la validité des transactions internationales. "Le système ne concerne pas les petits virements entre particuliers, précise quand même Bernard Kepenne, le chef économiste de la banque CBC. Ça concerne les grandes transactions entre entreprises et banques".

La Russie est le deuxième plus gros utilisateur du système avec 300 banques membres. Toutes ne seront pas exclues, les modalités précises doivent encore être détaillées mais un diplomate européen a indiqué que 70% du marché banquier russe serait touché.

Effet boomerang

Ces exclusions auront aussi conséquences en Europe : "Ça pénalisera clairement les entreprises Européennes installées en Russie ainsi que les payements de matières premières en provenance de Russie comme le gaz ou le pétrole. On risque un arrêt total des livraisons de gaz russe chez nous", anticipe Bernard Kepenne.

La portée de cette sanction est donc potentiellement énorme : "Les conséquences économiques pourraient être dramatiques pour la Russie. Mais il faut être conscient que ça touchera le peuple russe en particulier et que ça n’aura pas tellement d’impact sur Poutine".

Ces sanctions seront appliquées "dans les prochains jours", ont déclaré les puissances occidentales signataires du paquet de mesures. La liste des banques visées doit être peaufinée.

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