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Belgique

"Retarder l’âge de la pension, c’est gonfler les chiffres des travailleurs invalides" explique François Perl directeur chez Solidaris

31 janv. 2022 à 22:12Temps de lecture3 min
Par Hugues Angot

Une pension dès 60 ans avec une carrière de 42 ans. Ce serait désormais possible. C’est en tout l’un des axes majeurs proposés par la réforme des pensions pilotées par Karin Lalieux. Une réforme qui suscite encore pas mal de questions. Pour faire le point sur cette réforme, QR l’actu a reçu Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain et François Perl, directeur du pôle acteur social et citoyen de Solidaris.

La pension à 67, c’est fini ?

Faudra-t-il travailler jusqu’à 67 ans pour bénéficier d’une pension complète ? Tout dépendra très certainement de la nature du métier comme l’explique Jean Hindriks. "On s’est rendu compte par exemple avec cette crise que le métier d’infirmière ou d’aide soignante ne pouvait pas être pratiqué jusqu’à cet âge-là. Pour d’autres métiers ou le télétravail est par exemple concevable, c’est quelque chose qui est faisable. Tout l’enjeu va être de permettre à ceux qui n’en sont pas capables de pouvoir se retirer avant".

La réforme permet en tout cas de ne pas devoir travailler jusque 67 ans pour obtenir une pension complète ajoute François Perl mais ce qu’on oublie sans doute trop vite, c’est que 67 ans c’est l’espérance de vie des personnes qui prennent leurs pensions actuellement. L’espérance de vie augmente mais pas pour ceux qui sont en train de prendre leurs pensions actuellement. Pour le directeur de Solidaris, l’âge de la pension devrait donc être envisagé à un âge plus raisonnable.

42 ans de carrière, trop long ?

Pour Jean Hindriks, il est essentiel que l’on réfléchisse désormais en fonction de la durée de la carrière et qu’on ne se fixe plus un âge fixe pour la pension. Si certains métiers sont clairement plus usants que d’autres, l’économiste prône des fins de carrières plus "souples" comme la formation de jeunes ou un allègement du travail.

François Perl va dans le même sens : "Maintenir un âge artificiellement trop élevé et avoir des conditions trop drastiques pour constituer une pension complète pour des personnes qui font des métiers pénibles, c’est reporter le problème sur un autre secteur de la sécurité sociale qui est l’invalidité. Nous avons actuellement 500.000 travailleurs en invalidité, essentiellement des personnes de plus de 50 ans. Ce sont des personnes qui pour des raisons médicales, n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leur carrière. Au plus on va reporter l’âge de la pension, au plus on rend difficile l’accès à la pension, et au plus on gonfle le chiffre des invalides. Ce qui n’aura aucun effet sur l’assainissement des finances publiques".

Quid des années de chômage ?

Le chômage est effectivement pris en compte dans le calcul de la pension explique le professeur d’économie. C’est ce qu’on appelle des périodes assimilées. C’est assimilé à une période d’activité. C’est un système de solidarité entre les gens qui ont la chance de garder leurs emplois et ceux qui ont la malchance de le perdre. "Ce système permet d’amortir la baisse de la pension même si la baisse est tout de même effective".

Accès à la pension minimale

Il y a encore des discussions pour l’accès à la pension minimale. Le PS prône 10 ans de travail alors que le MR veut placer le curseur à 20 ans de carrière. Des conditions d’accès qui risquent d’exclure beaucoup de personnes prévient François Perl : "Au plus on va imposer des conditions effectives pour une pension minimale, au plus on va exclure des gens. Si l’on remonte à 20 ans le temps de travail effectif pour bénéficier de la pension minimale, on va exclure 65% qui en bénéficient actuellement. Et ce sont essentiellement des femmes"

Mère, considéré comme un job ?

Actuellement, les mères sont souvent défavorisées si elles ont mis leurs carrières entre parenthèses pour prendre en charge leurs enfants. Une injustice qui sera peut-être corrigée dans la réforme explique Jean Hindriks. L’économiste évoque d’ailleurs le système allemand qui tient compte de ces inégalités de genre : "En Allemagne, les congés de maternité ou les interruptions de carrière pour s’occuper des enfants sont valorisés dans le système de pension. Ce sont des périodes assimilées à des périodes de carrière".

Et la pénibilité ?

Reste enfin le problème de la pénibilité. Il faudra que la réforme précise quels seront les métiers considérés comme pénible et de quelle manière en tenir compte. C’est d’ailleurs sur ce point que le gouvernement précédent s’est cassé les dents.

 

 

 

 

 

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