Retour partiel de l’enseignement à distance en secondaire : les enseignants maîtrisent-ils mieux le numérique ?

06 déc. 2021 à 12:42Temps de lecture4 min
Par Miguel Allo sur base du Dossier de la rédaction sur La Première

Un jour en classe, un jour devant son ordinateur. C’est le retour de l’enseignement hybride dans les classes secondaires. La décision a été prise par le Comité de concertation (Codeco) de vendredi dernier pour freiner la propagation du Covid-19 et faire baisser la pression sur les hôpitaux. La décision entre en vigueur ce mercredi.

Après plus d’un an et demi de pandémie, les enseignants et les élèves sont-ils correctement équipés et formés pour rebasculer facilement dans l’enseignement à distance ?

Natacha Duroisin, chargée de cours à l’École de formation des enseignants et docteur en sciences psychologiques et de l’éducation à l’Université de Mons a déjà réalisé deux enquêtes auprès des enseignants sur leur rapport aux outils numériques. Une troisième est en cours d’analyse. Les enseignants sont-ils prêts aujourd’hui ? Les premiers confinements ont-ils porté leurs fruits ?

Des enseignants davantage préparés

Pour une majeure partie, explique Natacha Duroisin, "les enseignants sont davantage prêts qu’avant le premier confinement car ils ont pu se former à l’usage des outils numériques. Ils ont souvent pu se former de manière autodidacte ou encore suivre des formations qui leur étaient proposées".

Quant à savoir si ces pratiques ont été pérennisées ? L’experte a tout d’abord remarqué lors d’une enquête qu’après le premier confinement, c’est que "la priorité n’était pas au numérique". Elle rappelle que les enseignants avaient fort à faire pour rattraper les apprentissages des élèves et les remotiver. Le numérique a dès lors été mis un peu de côté.

A côté de ce premier constat, on sait aussi que les écoles se sont davantage équipées et ont proposé une plateforme d’apprentissage, d’enseignement à distance. Lors d’une enquête de son service à l’UMons, un peu plus de 40% des professeurs disaient avoir conservé certaines habitudes prises lors du premier confinement, même à travers l’année dernière. "Donc ça, c’est une bonne chose, ça veut dire qu’environ 40% d’enseignants ont conservé des habitudes liées au numérique".

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Fracture numérique des enseignants

Autre constat, tous les professeurs ne sont pas égaux. La première enquête réalisée dès mars 2020 par l’équipe de Natacha Duroisin, a mis en évidence une fracture numérique au sein du corps enseignant. "Celle-ci touchait environ 12% des enseignants, enseignants qui avaient choisi de répondre à notre enquête. C’est un élément important, car cela signifie sûrement que ce pourcentage est plus important."

La formation des enseignants

Concernant la formation des enseignants, les enquêtes du service formation des enseignants l’UMons révèlent qu’un peu moins de 40% des enseignants ont suivi des formations qui ont été soit proposées par les établissements, soit mises en place par différents organismes et auxquelles certains enseignants ont décidé de participer. Cela veut aussi dire que plus de 60% des enseignants n’ont participé à aucune formation. Beaucoup d’entre eux "ont procédé plutôt à un apprentissage seuls, un apprentissage autodidacte, ils ont appris seuls à se servir des outils numériques." Enfin, environ 9% des enseignants n’ont suivi aucune formation ni même recouru à la pratique autodidacte.

Enseigner est un métier de contact

Comment interpréter ces chiffres qui montrent que la majorité des enseignantes et enseignants a dû se former un peu sur le tas ? Les enseignants rejettent-ils l’enseignement à distance, ou bien finissent-ils par l’accepter et même par y voir des avantages ?

Pour Natacha Duroisin il y a plusieurs éléments à préciser pour répondre à cette question. Tout d’abord, et dans toutes les enquêtes de son service, "quasiment la totalité des enseignants indique qu’enseigner est un métier de contact et qu’ils plébiscitent donc très fortement un enseignement dit présentiel."

Ensuite, dit-elle, un bon nombre d’enseignantes et enseignants juge plus efficace l’enseignement hybride, par exemple, que l’enseignement à distance. 82% l’ont mentionné lors des enquêtes. Et à la question : "Si on vous impose à un moment donné un retour à l’enseignement hybride, comment vous positionnez-vous ? " Les avis sont mitigés, mais ils sont globalement davantage favorables à un retour à l’enseignement hybride par rapport à un enseignement à distance. Ces enseignants évoquent le fait que ce doit être une solution ponctuelle qui est meilleure pour les apprentissages que l’enseignement complètement à distance.

"Je voudrais mentionner un élément : pour l’instant, ce qui est décidé, c’est que l’organisation de l’enseignement hybride est laissée à la charge des écoles et les enseignants interrogés sur ce point nous ont fait part du fait que certains modes d’organisation étaient, selon eux, du point de vue des apprentissages, plus efficaces que d’autres", nous dit Natacha Duroisin.

Et elle poursuit : "C’est-à-dire que pour certains enseignants, ils ont expérimenté un apprentissage hybride à raison d’une fois où ils ont vu les élèves et une fois où ils les voyaient toutes les deux journées. Certains ont vu les élèves tous les jours, à raison d’une demi-journée, et d’autres encore ont dû mettre en place un enseignement hybride une semaine sur deux, voire deux à trois jours par semaine. Eh bien, les enseignants ont un avis assez tranché sur la question. Ils estiment, en tout cas pour ceux qui ont mis en place telle ou telle organisation, que ce qui est le plus efficace sont les demi-journées, donc quand ils voient les élèves tous les jours, ou alors quand ils voient les élèves une journée sur deux.

Au niveau des avantages, les enseignants interrogés indiquent qu’au niveau de la motivation chez leurs élèves, celle-ci est plus forte chez les élèves quand ils viennent plus régulièrement à l’école et quand ils ne sont pas éloignés d’elle à raison de plusieurs journées d’affilée, précise Natacha Duroisin.

Les enseignants rejettent donc majoritairement la formule " une semaine sur deux ", ce qui ne sera sans doute pas le cas dans les jours qui viennent, puisque l’hybridation rentre en vigueur ce mercredi dans l’enseignement secondaire et cela juste pour quelques jours. Ensuite ce seront les examens qui, eux, se font en présentiel.

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