Cinéma

Retour sur les acteurs qui ont revêtu l’imperméable du célèbre commissaire Maigret

1958 : Jean Gabin dans le film de Jean Delannoy "Maigret et affaire Saint – Fiacre".

© Roger Viollet via Getty Images

Michel Simon, Jean Gabin, Bruno Cremer et désormais Gérard Depardieu : depuis sa naissance au cinéma il y a presque un siècle, de nombreux acteurs ont revêtu l’imperméable du fameux commissaire Maigret.

Pierre Renoir, le premier Maigret (1932)

La première apparition du commissaire Maigret au cinéma se fait sous les traits de Pierre Renoir, fils du peintre et frère du réalisateur Jean.

Nous sommes en 1932 : Simenon vient tout juste d’inventer Maigret et le cinéma parlant débute. Simenon est immédiatement tenté par la proposition de son ami Jean Renoir d’adapter "La nuit du carrefour", paru en 1931. Il convainc son frère Pierre d’incarner Maigret.

Renoir crée une ambiance brouillardeuse, gadouilleuse, que l’on retrouvera dans la plupart des adaptations de Maigret.

"Ce qui fait la personnalité de Maigret, c’est peut-être son absence de personnalité", détaillait le comédien Pierre Renoir, à la lourde carrure. "C’est un policier banal, un professionnel sans génie, il fait son métier, il n’a pas l’air de gagner un demi-million par an et de faire le Sherlock par passe-temps".

Michel Simon : "Maigret, c’est lui" (1952)

Pour Simenon, Michel Simon est "un ami merveilleux". Aussi, le romancier est emballé par son interprétation dans "Brelan d’As", un film à sketches réalisé par Henri Verneuil en 1952.

"C’est lui ! C’est lui ! Comme lui, Maigret doit impressionner par sa stature", se réjouissait l’écrivain. "Je vous dirai que le meilleur Maigret, c’était lui".

Michel Simon y joue l’homme banal voulu par Simenon. Un peu bourru, sans charme particulier, menant une vie un peu terne. Avec des séquences délectables, comme celle où, grimaçant et suant en gros plan, il se fait coller des ventouses sur le dos par son épouse : "Si les gangsters de Paris te voyaient comme ça, j’te jure qu’ils n’auraient pas peur de toi, Maigret".

Quand Maigret devient Gabin (1958)

Jean Gabin campe trois fois le commissaire friand de blanquette de veau, d’armagnac et de tabac gris. En 1958, Jean Delannoy le choisit pour "Maigret tend un piège".

Michel Audiard, au scénario, prend quelques libertés. "T’as une bonne tête mon p’tit père mais faut faire attention. On pourrait bien t’la couper", avertit le commissaire "Gabin".

Annie Girardot, Lino Ventura complètent l’affiche, qui fait plus de 2 millions d’entrées. Les producteurs en redemandent : ce sera "Maigret et l’affaire Saint Fiacre" (1958) avec la même équipe.

"Gabin a fait un travail hallucinant, déclare le romancier. Ça me gêne du reste un peu, parce que je ne vais plus pouvoir voir Maigret que sous les traits de Gabin". Avec près de 3 millions d’entrées, il faut un troisième film.

"Maigret voit rouge" sort en 1963 : Jean Gabin impose Gilles Grangier comme réalisateur, Audiard est remplacé par Jacques Robert. Le film fait un nouveau carton, mais il faudra attendre 2022 pour que Maigret revienne au cinéma, sous les traits de Gérard Depardieu.

Michel Audiard, au scénario, prend quelques libertés. "T’as une bonne tête mon p’tit père mais faut faire attention. On pourrait bien t’la couper", avertit le commissaire "Gabin".

Portrait pris le 14 novembre 1975 de Jean Gabin, l’un des plus célèbres acteurs français. Gabin a fait plus de 90 films entre 1931 et 1975, parmi lesquels "Pépé le moko" (1936), "Quai des brumes" (1936) et "Le jour se lève" ont été de grands succès. Il a
Portrait pris le 14 novembre 1975 de Jean Gabin, l’un des plus célèbres acteurs français. Gabin a fait plus de 90 films entre 1931 et 1975, parmi lesquels "Pépé le moko" (1936), "Quai des brumes" (1936) et "Le jour se lève" ont été de grands succès. Il a © Tous droits réservés

Annie Girardot, Lino Ventura complètent l’affiche, qui fait plus de 2 millions d’entrées. Les producteurs en redemandent : ce sera "Maigret et l’affaire Saint Fiacre" (1958) avec la même équipe.

"Gabin a fait un travail hallucinant, déclare le romancier. Ça me gêne du reste un peu, parce que je ne vais plus pouvoir voir Maigret que sous les traits de Gabin". Avec près de 3 millions d’entrées, il faut un troisième film.

"Maigret voit rouge" sort en 1963 : Jean Gabin impose Gilles Grangier comme réalisateur, Audiard est remplacé par Jacques Robert. Le film fait un nouveau carton, mais il faudra attendre 2022 pour que Maigret revienne au cinéma, sous les traits de Gérard Depardieu.

MAIGRET Bande Annonce (2022) Gérard Depardieu

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De Jean Richard à Bruno Cremer : 40 ans de télévision

De 1967 à 1990, Jean Richard est le premier commissaire Maigret télévisé : 23 ans de service, 92 épisodes. "Ce personnage me colle à la peau", s’amusait ce grand fumeur de pipe recruté par le réalisateur Claude Barma.

De 1967 à 1990, Jean Richard est le premier commissaire Maigret télévisé.
De 1967 à 1990, Jean Richard est le premier commissaire Maigret télévisé. Photographie DSK / AFP

"Dans la rue, les agents de circulation mettent la main au képi et me font 'Patron'". Simenon, qui avait vendu ses droits, ne lui avait donné qu’une seule astuce d’interprétation : "Le matin, quand Maigret dit au revoir à sa femme, il lui fait une petite claque sur les fesses".

En 1991, Bruno Cremer prend le relais : jusqu’en 2005, il animera les après-midi d’Antenne 2 puis de France 2. L’acteur aux dents du bonheur, qui s’inscrit dans la lignée des Maigret mi-bougons mi-bonhommes, a vu se succéder plusieurs réalisateurs. "Quand on arrive sur un plateau, on est un peu comme un revenant ; on a un passé que le metteur en scène n’a pas forcément".

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