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Retrait militaire russe : les Occidentaux attendent des preuves, l'OTAN constate un renforcement de la présence russe

16 févr. 2022 à 09:31 - mise à jour 16 févr. 2022 à 14:56Temps de lecture7 min
Par Daphné Van Ossel et Anthony Roberfroid avec Agences

La Russie continue de renforcer son importante présence militaire aux frontières avec l'Ukraine, a déclaré mercredi le secrétaire général de l'Otan, qui ne constate "à ce stade" aucun signe de désescalade malgré les déclarations de Moscou.

"Nous n'avons constaté aucune désescalade sur le terrain à ce stade. Au contraire, il apparaît que la Russie continue de renforcer sa présence militaire (...) La Russie peut encore envahir l'Ukraine sans préavis, les capacités sont en place" avec plus de 100.000 soldats, a affirmé Jens Stoltenberg au début d'une réunion avec les ministres de la défense de l'Alliance à Bruxelles.

Mardi, Moscou avait annoncé un retrait "partiel" de ses soldats déployés depuis des semaines, un signe de détente après deux mois de craintes quant à une invasion imminente de son voisin sur fond de crise russo-occidentale. Mercredi, elle a par ailleurs annoncé la fin de manœuvres militaires et le départ de certaines de ses forces de la péninsule ukrainienne annexée de Crimée. Européens et Américains attendent encore des preuves d’un retrait militaire russe, tout en se disant prudemment optimistes.

La ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, explique sur LN24 et Bel RTL : "Aujourd’hui, nous ne pouvons pas confirmer ce retraitJ’espère que ce sera cela, mais les services de renseignement ne peuvent pas confirmer ce retrait." Selon elle, les satellites américains n’ont rien vu à ce stade. "On espère qu’il y a cette désescalade. Jusqu’ici les Russes n’avaient pris aucune mesure pour désamorcer la situation, que du contraire. Si c’est le cas (la désescalade), tant mieux. C’est ce que nous prônons."

Londres veut juger sur des actes, pas sur des mots

Londres, à travers son ministre de la Défense, Ben Wallace, dit ainsi vouloir juger la Russie sur ses "actes" pas sur ses "mots". "En fait, nous avons vu un renforcement continu de choses comme des hôpitaux de campagne et des systèmes d’armes stratégiques", a-t-il opposé. "Jusqu’à ce que nous voyions une véritable désescalade, je pense que nous devrions tous être prudents quant à la direction que prend le Kremlin", a ajouté, sur SkyNews, le ministre qui participe ce mercredi à Bruxelles à une rencontre avec ses homologues de l’Otan.

Selon les services de renseignement, la Russie a déployé 60% de ses forces terrestres aux frontières de l’Ukraine, "plus de 130.000 soldats", ainsi qu’une "importante flottille", a-t-il aussi souligné, expliquant que cela pourrait "submerger l’Ukraine".

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a souligné qu'il y avait "peu de preuves" d'un retrait des troupes russes à la frontière ukrainienne, lors d'un appel avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, ont indiqué ses services.

Les deux dirigeants ont convenu qu'une invasion russe en Ukraine aurait des conséquences "catastrophiques" et ont décidé de continuer à travailler ensemble pour trouver une "issue diplomatique urgente" et "éviter une escalade militaire désastreuse et une crise humanitaire", a déclaré un porte-parole de Downing Street dans un communiqué.

Ils ont réitéré la responsabilité des Etats à "se soumettre à leurs obligations de la charte des Nations unies et respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale des membres de l'ONU", poursuit le texte.

Ils ont également réaffirmé la nécessité que "toutes les parties travaillent de bonne foi à la mise en oeuvre des accords de Minsk", qui prévoit à terme le retour des territoires sécessionnistes dans l'est de l'Ukraine sous le contrôle de Kiev, à la veille d'une réunion du Conseil de sécurité jeudi.

"Pas encore de signe de réduction des troupes"

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ne dit pas autre chose, devant le Parlement européen ce mercredi matin. "Restons vigilants : malgré ces nouvelles, l’Otan n’a pas encore vu de signe de réduction des troupes", a indiqué l’Allemande. "Nous voyons des signes d’espoir mais il faut désormais que des actions suivent".

La Russie a envoyé "des signaux contradictoires", analyse la présidente de la Commission. "D’une part, les autorités annoncent des retraits de troupes. Mais d’autre part, la Douma a voté en faveur de la reconnaissance formelle de Donetsk et Lougansk comme républiques indépendantes".

Le président du Conseil européen Charles Michel a quant à lui évoqué face au Parlement l'idée d'une "conférence des donateurs" pour l'Ukraine, soulignant les dommages économiques dont souffre déjà le pays du fait de la menace russe. 

Le soutien européen à l'Ukraine "doit être politique". "Nous reconnaissons l'aspiration européenne et euro-atlantique de l'Ukraine", a résumé le Belge dans le cadre d'un débat en plénière sur les relations UE-Russie et la menace qui pèse sur l'Ukraine. Mais il doit aussi être financier, a-t-il souligné.

Mardi, les présidents français Emmanuel Macron et américain Joe Biden convenaient déjà, dans un échange téléphonique, de la nécessité de "vérifier" l’annonce d’un début du retrait russe autour des frontières de l’Ukraine, que l’Élysée voit comme un "premier signal encourageant" mais "fragile".

 

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré mercredi que la Russie concentrait toujours "autant de forces" autour de l'Ukraine et que les annonces de retrait d'unités russes devaient encore être "vérifiées".

"C'est mieux que rien, ce sont des inflexions annoncées mais moi je suis un peu comme Saint-Thomas (...) Il faut que les inflexions soient vérifiées", a-t-il dit devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat. "Il y a toujours autant de forces et les manoeuvres se poursuivent", a-t-il insisté.

Washington ne constate pas de retrait, la menace reste "réelle"

 

Les Etats-Unis n'ont "pas vu un retrait" russe des frontières ukrainiennes, malgré les annonces de Moscou, a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

La menace de la Russie "est là, elle est réelle", a-t-il dit sur la chaîne américaine ABC. "Ce que nous voyons, ce n'est pas un retrait significatif. Au contraire, nous continuons de voir des forces, notamment des forces qui seraient à l'avant-garde d'une éventuelle agression renouvelée contre l'Ukraine, qui continuent d'être à la frontière, d'être massées à la frontière."

"Nous n'avons pas vu un retrait. Nous aimerions en voir un. Si nous en voyions un, nous le saluerions", a insisté le secrétaire d'Etat. "Nous sommes prêts à la diplomatie, nous sommes prêts à une agression", a-t-il prévenu.

Antony Blinken a réaffirmé qu'une "invasion" russe de l'Ukraine pouvait intervenir "à tout moment". Le président russe Vladimir Poutine "a mis en place les capacités pour agir d'un instant à l'autre. Il peut appuyer sur la gâchette, il peut le faire aujourd'hui, il peut le faire demain, il peut le faire la semaine prochaine", a-t-il estimé.

L'Ukraine n'a "pas peur" et va se "défendre" contre la Russie

L'Ukraine n'a "pas peur" et va se "défendre" contre la Russie, a affirmé mercredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, confronté depuis des semaines à la menace d'une attaque potentielle prêtée aux forces de Moscou.

"Nous n'avons peur d'aucun pronostic, nous n'avons peur de personne (...) car nous allons nous défendre", a déclaré M. Zelensky à Marioupol, ville située dans l'est de l'Ukraine, à proximité de la ligne de front avec les séparatistes prorusses soutenus par Moscou.

"Nous avons d'excellentes forces armées" et "nous sommes forts car nous sommes ensemble, nous sommes Ukrainiens", a poursuivi le chef de l'Etat habillé en tenue militaire à l'occasion d'une "Journée de l'unité" décrétée ce mercredi, le jour évoqué par le renseignement américain comme début potentiel de l'invasion russe.

Plus tôt dans la journée, M. Zelensky avait assisté à des manœuvres de son armée près de Rivné, dans l'ouest du pays, au cours desquelles des armes antichars livrées par les Occidentaux ont notamment été utilisées pour la première fois.

"Je vous remercie de défendre notre Etat. Quand je vous regarde, j'ai confiance", a-t-il déclaré aux militaires présents.

Les Occidentaux s'inquiètent depuis des semaines des risques d'une attaque de l'Ukraine par la Russie, qui a massé plus de 100.000 soldats aux frontières de ce pays, une situation explosive au cœur de la pire crise avec Moscou depuis la fin de la Guerre froide.

Après des semaines d'escalade, la Russie, qui dément tout projet d'invasion, a annoncé mardi et mercredi le retrait d'une partie de ses troupes. Un recul que les Occidentaux ont dit ne pas avoir constaté dans les faits.

La Belgique soutient la voie du dialogue, mais n'exclut pas des sanctions envers la Russie

La ministre belge de la Défense, Ludivine Dedonder, a fait savoir mercredi que la Belgique suivrait la stratégie de l'Otan vis-à-vis de la Russie - soit celle du dialogue mais aussi de la défense en cas d'invasion de l'Ukraine. Elle s'exprimait au terme de la première journée de réunion des ministres de la Défense de l'Alliance transatlantique qui se tient ces 16 et 17 février à Bruxelles.

"La situation en Ukraine a évidemment été évoquée. La position de la Belgique, comme celle des pays européens membres de l'Otan n'a pas changé, nous sommes prêts à nous asseoir et à dialoguer avec la Russie. J'espère que la Fédération de Russie partage cette volonté. Nous continuons à privilégier la désescalade (des tensions). Dans le même temps, la Belgique et les pays membres de l'Otan se préparent en cas de détérioration de la situation", a-t-elle souligné.

Mme Dedonder a toutefois signalé que des sanctions étaient possibles envers la Russie en cas d'escalade. "L'ensemble des discussions des pays de l'Otan visent à agir de manière cohérente et solidaire au sein de l'Alliance et de l'UE", a conclu la cheffe de la Défense.

Plus tôt dans la journée, Mme Dedonder a indiqué à plusieurs médias qu'elle ne pouvait pas confirmer le retrait des troupes russes à la frontière de l'Ukraine, alors que Moscou a affirmé le contraire.

Lors de son intervention sur Bel RTL et LN24, elle a ajouté que la Belgique se tenait prête à affréter des moyens militaires maritimes, terrestres et aériens en renfort à l'Alliance. Soit un déploiement de près de 500 militaires belges.

Aucune demande n'a été faite en ce sens de la part de l'Otan aujourd'hui, a indiqué une source proche du dossier à Belga.

Situation en Ukraine: Matin Première du 16/02/2022

Dossier de la rédaction

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