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Moteurs

Rétro : André Malherbe, 1980 son premier titre mondial sous haute tension !

Le départ de la première manche à Namur en 1980. Brad Lackey (9) va virer en tête devant André Malherbe (32) et Roger De Coster 33). Photo: André Malherbe - official Facebook page
04 avr. 2020 à 13:004 min
Par Gérald Wery

1980, c’est le début de la plus prestigieuse période des championnats du monde de motocross. On l’appelle l’époque dorée. Une époque où pour devenir un golden-boy, il faut rouler dans la catégorie reine, celle des 500 centimètres cubes. Ce sont les motos les plus puissantes, les plus rapides. Des prototypes fabriqués à l’unité et sur mesure pour les pilotes officiels par les usines impliquées dans ce championnat. De vrais bijoux de titane, d’aluminium et de magnésium. Leur prix ? Inestimable ! C’est simple, fin de saison, les pilotes d’usine doivent rendre leur moto pour que le constructeur les détruise ! Ils veulent s’assurer qu’aucun autre ne viendra copier leurs brevets ! Une période dorée donc où les pilotes gagnent très (très) bien leur vie, où les médias généralistes s’intéressent à l’époque aux résultats de leurs champions de motocross et en font des stars.

" Ce sont des années où la concurrence était bien présente, nous explique le triple champion du monde André Malherbe, que nous avons contacté cette semaine. Quand je suis arrivé en 1980 à Namur, j’étais dans le même état d’esprit que pour les autres Grand-Prix. Je savais que j’étais devant mon public et que ça allait bien m’aider face à mon rival américain Brad Lackey."


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Plus de 30.000 spectateurs prennent d’assaut la Citadelle de Namur pour vivre l’avant-dernier Grand-Prix de la saison. Nous sommes le premier Week-end d’août. J’y étais. J’avais 9 ans. L’atmosphère était électrique entre le fantasque américain Brad Lackey en tête du championnat sur sa Kawasaki et le hutois André Malherbe qui compte bien inverser la balance sur sa Honda. "Dédé", comme le surnomment ses supporters, s’est révélé en fin de saison 1979 en remportant son premier Grand-Prix 500 ici même à Namur.

"Brad Lackey était un mauvais perdant et un menteur !"

Un cliché extrait de la vidéo d'époque! Chapeau de cowboy et lunettes derrière lesquels se cachait une grande fragilité pour Brad Lackey en ce mois d'Août 1980!

Lorsque je demande à André Malherbe de replonger dans ses souvenirs et de me parler de ses grands adversaires près de 40 ans plus tard, il me parle de l’anglais Graham Noyce (champion 1979) "il avait une drôle de position sur sa moto mais il était capable d’aller très vite", il évoque Hakan Carlqvist (champion 1983) "il était plus fort que moi lorsqu’il m’a battu en 1983 et c’était le plus respectueux de mes adversaires", il rappelle que David Thorpe (champion 1985-1986) "fut le plus difficile à battre mais il n’était pas toujours correct en course. Il n’hésitait pas à te pousser dehors !". Mais lorsqu’on évoque l’américain Brad Lackey, son mythique adversaire de 1980, André Malherbe a "du mal à lui trouver une qualité ! Il avait un pilotage très rapide sur certaines courses, mais sur d’autres il était capable de passer complètement à côté ! C’était un mauvais perdant et un menteur !". Vous imaginez mieux la tension qui règne en ce début août 1980 !

Malherbe quitte Namur avec 2 petits points d’avance !

Roger De Coster (33) jouera les protecteurs d'André Malherbe (32) à Namur en s'intercalant entre le belge et l'américain. Photo: Edmond Luyten

Le belge est mentalement supérieur à l’américain dans ce contexte. Il s’en rappelle presque comme si c’était hier ! "En première manche, je suis parti derrière Brad, nous raconte André Malherbe. J’ai essayé de le passer mais c’est compliqué à Namur. Après quelques tours, je l’ai passé dans le petit "S" au sommet de la remontée depuis le chalet du Monument. Je l’ai passé en lui faisant un petit "block pass", mais ce n’était deux fois rien comparé à ce qu’on voit aujourd’hui ! Je gagne la manche, je crois."

Et il croit bien ! Malherbe remporte les deux manches, parfaitement protégé par son coéquipier de team chez Honda, Roger De Coster dont c’est la dernière saison. Le belge a renversé la tendance. Il quitte la Citadelle avec 2 petits points d’avance et un mental de futur champion. Lorsqu’au micro de la RTBF on lui demande s’il peut gagner le championnat du monde (pour la première fois), il répond sans détour : "je ne crois pas, j’en suis certain !"

Mais le scénario du dernier Grand-Prix va devenir hollywoodien, une semaine plus tard à Ettelbrück, au Grand-Duché du Luxembourg !

Lackey essaye de faire chuter Malherbe

Brad Lackey (4) joue avec les nerfs de Malherbe (3) à Ettelbrück ! Photo: André Malherbe - official Facebook page
Brad Lackey (4) joue avec les nerfs de Malherbe (3) à Ettelbrück ! Photo: André Malherbe - official Facebook page © Tous droits réservés

Le petit village de Warken en bordure d’Ettelbrück est noir de monde. La tension est extrême. " Brad s’était placé à l’intérieur pour le départ de la première manche, se souvient André. Au bout de la ligne droite de départ, il loupe complètement son freinage et tombe. Il a soutenu que c’était moi qui l’avais mis dehors ! Faux. J’étais à l’extérieur. C’était impossible. Il redémarre et finit loin."

Lackey sait qu’il n’a plus le choix s’il veut lui aussi décrocher son premier titre mondial. Il reste une manche. 45 minutes + 2 tours. Il imagine alors un scénario hollywoodien qui débute idéalement. "En deuxième manche, il est parti devant moi et il roule juste devant moi, raconte André Malherbe. D’abord, il a commencé par rouler dans toutes les flaques d’eau (dues à l’arrosage avant la course) pour essayer de salir mes lunettes. Je me tenais à distance. Le belge Yvan Vandenbroeck était derrière moi et il n’osait pas dépasser ! Brad Lackey accélérait et puis ralentissait pour me déstabiliser. Finalement, je parviens à le dépasser et dans le virage suivant, il plonge à l’intérieur et me rentre carrément dedans ! Heureusement, je ne tombe pas. Et il poursuit son petit numéro en m’attendant et puis en réaccélérant. Il se retourne souvent. Mais en haut du circuit, il y avait une ornière légèrement humide. Il s’est retourné une nouvelle fois et est tombé !"

Malherbe passe et file vers le premier de ses trois titres mondiaux. Il a 24 ans. "Brad n’est jamais venu me féliciter, ni s’excuser. On n’en a jamais reparlé !"

"Je viens de fêter mon 64e anniversaire et je vais bien !"

En 1980, la Belgique décroche le titre mondiale dans toutes les catégories. Unique! De gauche à droite Georges Jobé (250), André Malherbe (500), Harry Everts (125) et André Vromans champion de Belgique. Image: Edmond Luyten

Les petites intimidations de Lackey sont évidemment pitoyables à côté du destin qu’André Malherbe va connaître huit années plus tard. Dédé perd l’usage de tous ses membres suite à une chute sur le Paris-Dakar. "Je viens de fêter mon 64e anniversaire il y a quelques jours et je vais bien, nous confie l’ancien champion. Et oui, on se fait vieux (rire) ! J’ai eu mon accident sur le Dakar le 6 janvier 1988. J’allais avoir 32 ans puisque je suis né le 21 mars 1956. J’ai donc aujourd’hui vécu 32 ans sur mes jambes et 32 ans en chaise ! Evidemment, ces dernières 32 années ne sont pas les mêmes que celles que j’ai vécues avant avec tous ces voyages, la collaboration avec Honda, les courses magnifiques avec mes adversaires. Aujourd’hui, je fais toujours la course, mais ce n’est plus la même. Je fais la course contre moi-même pour essayer de me maintenir en forme et de me battre contre le destin !"

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