Vuelta - Cyclisme

Rêver avec Remco Evenepoel sans oublier de célébrer Nafi Thiam

Remco Evenepoel et Nafi Thiam.

© RTBF avec Belga

1976, 1977, 1978. Van Impe, Maertens, De Muynck. Tour de France, Vuelta, Giro. Trois Grands Tours…et puis s’en va. Aucun drapeau belge à l’horizon des palmarès des trois plus grandes courses à étapes cyclistes depuis donc Johan De Muynck, vainqueur surprise du tour d’Italie 1978. La Belgique, terre de cyclisme, imbibée de culture de la petite reine, attend son nouveau roi depuis 44 ans maintenant. Le cyclisme ne se résume heureusement pas aux courses de trois semaines. La Belgique a vécu des centaines d’émotions fortes depuis lors grâce à ses dizaines de grands champions cyclistes, qui ont raflé toutes les classiques. De grands moments pour chaque monument. De puissants shots d’adrénaline, des histoires de coeur d’un jour. Mais pas d’amour de vacances. Car à force de voir les années passer, on se dit que ce n’était plus pour nous, le happy end dans ces grands feuilletons de l’été.

Depuis la dernière victoire belge, treize pays différents ont gagné le tour de France. Treize pays différents ont gagné le tour d’Italie. Treize pays différents ont gagné le tour d’Espagne. À nous faire tourner la tête. Pire, les moins de 45 ans (environ) n’ont même jamais vécu la sensation d’avoir un coureur qui lutte pour la victoire dans ces grands tours. Quelques jolis top 10, plusieurs grandes victoires d’étape, du vert, mais pas ou peu d’espoir de jaune, rose ou désormais rouge au terme de ce combat de trois semaines.

Alors, quand il y a quelques années on nous a annoncé l’arrivée d’un phénomène "capable de le faire", on s’est tous mis à rêver. À l’épier. C’est toute une nation qui a commencé à se mettre la pression. À lui mettre la pression. Qu’il a l’air de plutôt bien gérer, trait de caractère indispensable de champion. Et voilà peut-être le grand jour qui se rapproche. Peut-être. Mais Remco Evenepoel (oui c’est de lui dont il s’agit) nous fait de toutes façons vivre des heures inédites, à nous, les passionnés de cyclisme de moins de 45 ans (environ). Il lutte pour la gagne dans un grand tour. Et on les découvre donc, ces nouvelles sensations. Scotchés devant la télé, derrière la radio ou les réseaux sociaux, en quête d’info, des moindres faits et gestes concernant "notre" nouveau héros. Guettant sa prochaine attaque, scrutant son visage, caché derrière ses immenses lunettes. Rester une heure devant des images où ne voit que du brouillard. Aller cinq fois par jour réétudier le parcours de cette Vuelta 2022. Zoomer dix fois par jour sur le classement général. Analyser les pourcentages des prochaines montagnes à gravir. Contrôlant la météo en espérant qu’il ne fasse pas trop chaud, pour une fois, en Espagne. Et priant les dieux belges du sport pour qu’une mésaventure, une chute, un virus, ne nous réveillent pas en plein rêve. Trois semaines, c’est long, beaucoup trop long. Et à l’image de Remco, on ne sait pas nous non plus comment on va gérer la longueur de l’événement, la langueur de l’avènement. Parfois, on en oublie même de se ravitailler. Et je n’ose imaginer notre état si un Belge luttait un jour pour le jaune final du tour de France, la plus grande course du monde. La passion, ça rend fou.

Mais il faut aussi revenir à la raison. Ne pas oublier nos autres championnes, champions, déjà accomplis, anoblis. Ne pas les délaisser, se lasser de leurs exploits. Ne pas banaliser le prochain grand titre de Nafi Thiam ou de nos Red Lions. Elle a déjà tout gagné, ils ont tout raflé, et la tendance veut que les émotions qu’ils nous procureront encore risquent d’être moins fortes que l’inoubliable première fois. C’est humain. Mais nous n’avons, par exemple, peut-être pas assez profité des grandes années de Justine Henin et Kim Clijsters, faisant parfois la fine bouche le soir d’une finale de Grand Chelem perdue. On se rend compte quinze plus tard de l’immensité de leurs exploits, réalisant qu’atteindre un quart de finale n’est déjà pas évident. Alors, choyons tous nos champions, profitons de chaque instant car ils sont rares. En 1976, Lucien Van Impe gagnait le cinquième tour de France "belge" de la décennie. En 1977, Freddy Maertens remportait la troisième Vuelta nationale des seventies. Et Johan De Muynck portait haut nos couleurs pour la sixième fois dans un Giro de 1970 à 1978. Mon petit doigt me dit que ces victoires n’ont sans doute pas été appréciées à leur juste valeur. Un Cannibale, entre autres, était passé par là et avait rendu ordinaire l’extraordinaire. En 1978, aucun fan de cyclisme ne devait se dire que De Muynck n’aurait toujours pas de successeur belge dans un grand tour quarante-quatre ans plus tard. Aujourd’hui. En attendant le dimanche 11 septembre. Peut-être.

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