Tennis - Roger Federer

Richard Gasquet : "Roger Federer était le plus beau à regarder jouer, et de loin"

Roger Federer et Richard Gasquet en Coupe Davis

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16 sept. 2022 à 05:00Temps de lecture3 min
Par Christine Hanquet

Le Français Richard Gasquet fait partie des joueurs qui ont rencontré Roger Federer très souvent.  21 fois. Et il a été battu 19 fois. Pas rancunier, bien sûr, il a clamé son admiration pour le Suisse, après sa rencontre de Coupe Davis, à Hambourg. La future retraite de Roger Federer le rend déjà nostalgique…

Richard, quelle est votre réaction, après cette annonce ?

On s’en doutait un peu. On voyait que le genou, ce n’était plus possible. Quand tu regardais Federer, tu ne lâchais pas la télé. Quelle technicité… Tu te demandais toujours comment il avait réussi à faire tel ou tel coup. C’est le tennis, Federer. Nadal et Djokovic, c’est extraordinaire aussi, mais ce n’est pas pareil. Federer, c’est Federer. Au niveau du tennis, de l’élégance, du revers à une main, du coup droit en avançant, de la facilité qu’il dégage. Il n’y a que lui pour faire cela. Moi, personnellement, quand je le regardais à la télé, je me disais que c’était cela le tennis. C’était incroyable de voir ce mec jouer. Il y avait quelque chose d’unique, par rapport à tout ce qu’on a pu voir dans le tennis. Il n’y a eu qu’un Federer dans l’histoire du jeu.

Ressentez-vous une forme de tristesse, de nostalgie ? Est-ce la fin d’une époque ?

Oui, je ressens cela, comme tout le monde. C’est l’un des plus grands sportifs de l’histoire. Forcément pour tous ses titres, mais aussi pour ce qu’il dégageait. Je suis plutôt sensible à cela. A l’élégance, au jeu, à la balle prise tôt, aux coups venus d’ailleurs. Je regarde vraiment le sport pour cela, pour les émotions qu’un joueur comme lui pouvait procurer. Il faisait des trucs que personne n’a jamais faits et ne refera jamais. Il n’y a pas un autre mec qui faisait ce que lui faisait, prendre la balle avec autant d’aisance. C’était le plus beau à regarder, et de loin.

Quels souvenirs particuliers gardez-vous de vos matches l’un contre l’autre ?

Cela a été dur, et il y a eu beaucoup de défaites. Je l’ai affronté une bonne vingtaine de fois, et j’ai gagné deux fois. Il a anesthésié beaucoup de joueurs, dont moi. Je n’ai pas eu de chance, d’être tombé dans cette génération, avec Federer, Nadal, et Djokovic. Une génération qui était assez incroyable. Mais c’est beau, aussi, d’avoir pu côtoyer des mecs comme eux, aussi forts, aussi charismatiques, qui ont envoyé le tennis vers des sommets. Au niveau des émotions, avoir pu jouer en même temps qu’eux, cela restera magnifique. Mais compliqué.

C’est parce qu’il y a eu Roger Federer qu’il y a eu Rafael Nadal et Novak Djokovic ?

Djokovic peut-être, mais Nadal était déjà là, tout jeune. Forcément, ils se sont fait progresser les uns les autres. Des Nadal, il n’y en aura pas deux non plus, Djokovic c’était inimaginable aussi. C’est difficile de dire pourquoi il y a eu trois joueurs comme cela en même temps. Même si aujourd’hui, il y a des jeunes qui arrivent, et qui vont encore progresser, je ne suis pas sûr qu’on arrive encore à trouver trois joueurs de ce calibre-là. Et Federer avait cette élégance et ce tennis qui étaient magnifiques à regarder. Quand tu es un fan de tennis, le premier nom qui te vient à l’esprit, c’est forcément celui de Roger Federer.

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Pensez-vous qu’il a changé l’histoire du jeu, et qu’il a fait entrer le tennis dans une autre dimension, quand il était numéro un mondial ?

Oui, forcément. Il y avait déjà eu des énormes champions, comme Borg ou McEnroe. Je n’y étais pas, mais il paraît que c’était incroyable aussi. Oui, Federer a amené le jeu dans une autre dimension. C’était efficace et élégant à la fois, ce qui n’est pas facile.

Etes-vous impressionné par la longévité de Roger Federer ? Il a encore gagné deux Grands Chelems en 2017, et un en 2018, alors que certains le disaient fini…

Certains le pensaient déjà fini en 2012. Mais c’est vrai que ce qu’il a fait en 2017 et 2018, cela m’a impressionné. Il avait 37 ans à l’époque. Je l’avais joué au troisième tour en Australie. On faisait des points de fous, et il n’était pas du tout fatigué. C’était phénoménal, de gagner des Grands Chelems à cet âge-là. Moi, j’ai 36 ans maintenant. Je joue un match, deux matches, et il faut appeler le SAMU. Lui, il te faisait des matches en cinq sets, c’était prodigieux. Je ne sais pas si les gens se rendent compte de l’exploit que c’est, dans un sport individuel, de jouer trois heures, quatre heures, puis de repartir sur le court deux jours après. Il n’y a que lui qui faisait cela. Et aujourd’hui Rafa et Djokovic le font. Et cela m’a toujours vraiment impressionné.

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