L'atelier des muses

Rita Strohl, une compositrice prolifique et passionnante, dont le travail gagne à être découvert

18 janv. 2022 à 13:11Temps de lecture2 min
Par Hélène Michel

La pianiste et compositrice bretonne Rita Strohl, née Aimée Marie Marguerite Mercédès Larousse La Villette, est une femme artiste au tempérament fort. Son catalogue est fourni et d’une très grande qualité, et comme souvent on se demande pourquoi elle est restée si longtemps dans l’ombre, au point d’être quasi oubliée aujourd’hui.

Elle est née dans un milieu artistique, entourée de peintres et de musiciens. C’était une enfant précoce, entrée au conservatoire de Paris dès l’âge de 13 ans, elle fera assez vite "de la musique sa raison de vivre". A 23 ans, elle épouse un lieutenant de vaisseau du nom d’Émile Strohl. Il va beaucoup l’encourager dans son art, mais la laissera veuve et mère de quatre enfants quelques années plus tard. Son second époux, René Billa, était pianiste, il adorait Wagner et va l’encourager dans le projet étonnant de la construction, en 1912, d’un petit Bayreuth près de Paris, "La Grange" de Bièvres, où se produiront de nombreux artistes mais qui sera détruit au début de la première guerre mondiale.

Elle n’a qu’une vingtaine d’années lorsque ses premières partitions sont interprétées en public : un Trio avec piano en 1884, une Messe à six voix, orchestre et orgue l’année suivante, des œuvres qui trahissent parfois son penchant pour un certain mysticisme, qui culmine dans son œuvre intitulée Les Noces spirituelles de la Vierge Marie ou dans le drame lyrique La Femme pécheresse. C’est une artiste de son temps, marquée aussi par les théories symbolistes de l’époque, elle recevra d’ailleurs le soutien d’artistes comme le peintre Odilon Redon, mais aussi de Camille Saint-Saëns, Vincent d’Indy, Gabriel Fauré ou Pablo Casals qui a joué sa musique.

Son catalogue est fourni et de très grande qualité, il comprend des partitions pour voix et piano, voix et orchestre, pièces pour piano seul, de la musique de chambre et d’orchestre. En 2018, le violoncelliste Edgar Moreau a enregistré et a fait connaître avec le pianiste David Kadouch la Grande sonate dramatique "Titus et Bérénice" de Rita Strohl, une œuvre de grandes proportions, débordante d’émotion et de romantisme, publiée en 1898, et qui s’inspire de la pièce de Racine, Bérénice. La partition s’appuie sur des citations de la tragédie. Chacun des mouvements dépeint une étape d’un récit plutôt qu’une action continue. En introduction, Rita Strohl propose un extrait de la préface de Racine : "TITUS, qui aimait passionnément BÉRÉNICE et qui même, à ce qu’on croyait, lui avait proposé de l’épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire. Cette action est très fameuse dans l’histoire."

Rita Strohl, une femme artiste qui avait un tempérament fort, entièrement dédié à son art, elle nous a laissé des œuvres d’une qualité exceptionnelle, ce qui rend inexplicable l’oubli dans lequel elle est tombée, la plupart de ses œuvres n’ont jamais été éditées ni enregistrées, même si ces dernières années sa musique suscite heureusement un petit regain d’intérêt, et on attend impatiemment de nouveaux enregistrements qui nous permettront de découvrir d’autres chefs-d’œuvre de cette compositrice passionnante.

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