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Royaume-Uni : face à l’impasse politique, Londres convoque des élections en Irlande du Nord, mais pas en décembre

Parlement nord-irlandais, à Belfast (illustration)

© Getty

28 oct. 2022 à 10:40 - mise à jour 04 nov. 2022 à 09:28Temps de lecture3 min
Par Belga, édité par Kevin D.

Alors que le gouvernement britannique s’apprêtait fin octobre à convoquer des élections anticipées pour tenter, sans garantie, de sortir du blocage politique causé par le statut post-Brexit de la province, Londres a finalement exclu vendredi l’organisation d’élections en décembre en Irlande du Nord.

Le sort de la province britannique au passé sanglant, frontalière de l'Union européenne, constituait un casse-tête pendant les négociations menant au Brexit. Il le reste près de trois ans après la sortie de l'Union européenne. 

Londres avait donné aux partis politiques jusqu'au 28 octobre pour s'entendre et former un nouvel exécutif. Mais les unionistes, attachés à l'ancrage de la province au sein du Royaume-Uni, sont restés inflexibles, comme ils le sont depuis leur départ du gouvernement local en février.

Le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, Chris Heaton-Harris a consulté toute la semaine les différentes communautés pour tenter d'arriver à une solution, en vain. Il a fini par reculer. "Je peux désormais vous confirmer qu'aucune élection n'aura lieu en décembre ou avant les fêtes. Je vais faire une annonce au Parlement pour indiquer les prochaines étapes", a indiqué Chris Heaton-Harris, dans un communiqué.

"Mon devoir est de créer l'environnement adéquat pour que les partis d'Irlande du Nord travaillent ensemble afin de restaurer les institutions décentralisées et de résoudre les problèmes cruciaux qui affectent la population d'Irlande du Nord", a-t-il ajouté. "Je ne prends pas ce devoir à la légère, pas plus que les inquiétudes de la population sur le coût de la vie".

Frontière

Le blocage politique est dû au fait que le parti unioniste DUP, opposé aux dispositions post-Brexit, refuse de participer à l’assemblée locale, empêchant la formation d’un exécutif. Ce dernier doit être partagé avec les républicains du Sinn Fein, partisan d’une réunification avec la République d’Irlande et victorieux des élections locales en mai, en vertu de l’accord de paix de 1998 qui a mis fin à trois décennies de conflit intercommunautaire (3500 morts).

Avant même le début de la réunion à l’assemblée locale jeudi à Belfast, le dirigeant du parti unioniste DUP Jeffrey Donaldson avait douché les espoirs déjà infimes d’un compromis, affirmant sans surprise que son parti "ne participerait pas à un exécutif tant qu’aucune action décisive n’ait été prise concernant le protocole".

Les unionistes (surtout protestants) réclament l’abrogation de cet accord négocié entre Londres et Bruxelles au moment du Brexit, qui instaure un statut douanier particulier à la province pour éviter le retour d’une frontière physique avec la République d’Irlande voisine.

Selon eux, le protocole crée une frontière douanière de fait entre l’Irlande du Nord et le reste du pays, atteinte inacceptable à l’intégrité du Royaume-Uni, et perturbe les approvisionnements de la province.

La dirigeante du Sinn Fein Michelle O’Neill a accusé les unionistes de "nier les résultats de l’élection de mai" et de paralyser le pouvoir en pleine crise du coût de la vie.

"Nous respectons le mandat qu’ont reçu les autres partis […] nous demandons simplement que notre mandat soit respecté", s’est justifié vendredi Jeffrey Donaldson sur la BBC. "Nous ne pouvons pas en toute conscience nommer des ministres dans un exécutif auquel on demande d’imposer un protocole qui nuit à notre économie et qui nuit aux gens".

Affaires courantes

Faute de gouvernement, c’est Londres qui gère les affaires courantes mais de nombreux dossiers sont gelés.

Ces six derniers mois, on a eu le chaos à Westminster, on a eu trois Premiers ministres […] et pendant ce temps rien n’a avancé pour résoudre le problème du protocole

Londres veut renégocier le protocole avec Bruxelles qui n’accepte que des aménagements mineurs. Si le Premier ministre britannique Rishi Sunak a souligné qu’il voulait trouver une "solution négociée" sur la question, aucune avancée concrète n’a été mise sur la table pour le moment.

"Ces six derniers mois, on a eu le chaos à Westminster, on a eu trois Premiers ministres […] et pendant ce temps rien n’a avancé pour résoudre le problème du protocole", a déploré vendredi Jeffrey Donaldson.

Il a affirmé plus tôt cette semaine qu’il était "prêt à se lancer dans la bataille" électorale, moins de six mois après le dernier scrutin. Il a même averti que la propagande électorale du parti avait déjà été approuvée.

La défaite de son parti aux dernières élections reflète une tendance de fond dans la province britannique, créée au départ pour les protestants unionistes : les catholiques, qui représentent l’essentiel de la communauté républicaine, y sont désormais plus nombreux, selon un récent recensement, ce qui est de nature à encourager les partisans d’une réunification avec la République d’Irlande.

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