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Royaume-Uni : qui est Liz Truss, la nouvelle "Dame de Fer" de Downing Street et quels seront ses défis ?

05 sept. 2022 à 12:09 - mise à jour 06 sept. 2022 à 09:20Temps de lecture5 min
Par Daphné Fanon avec agences

Sans grande surprise, Liz Truss, ministre des Affaires étrangères a été choisie pour succéder à Boris Johnson au poste de Premier ministre. Elle devient ainsi la troisième femme de l’Histoire à occuper cette fonction outre-Manche. Conservatrice et ultra-libéraliste, certains la comparent à Margaret Thatcher. Mais parviendra-t-elle à diriger le Royaume-Uni d’une main de fer, malgré la crise du pouvoir d’achat et une récession importante dans le pays ? Et l’Union Européenne doit-elle craindre l’arrivée au pouvoir de cette pro-Brexit ? Explications.

En 2021, Liz Truss est nommée à la tête de la diplomatie britannique. Elle se montre intransigeante face à l’Union européenne, notamment sur la question de l’Irlande du Nord. Elle incarne par ailleurs, avec Boris Johnson, la fermeté contre la Russie, après l’invasion de l’Ukraine. Parfois jugée raide, elle est régulièrement comparée à Margaret Thatcher.

Liz Truss, la nouvelle Thatcher de Downing Street ?

Liz Truss alimente de nombreuses comparaisons avec Margaret Thatcher. Elle ne cache d’ailleurs pas son admiration pour "la Dame de Fer". Lors d’un débat télévisé, elle a même poussé le mimétisme en s’habillant comme Thatcher et en portant un blazer avec une chemise blanche et un gros nœud. Quasiment la même tenue que Margaret Thatcher portait lors d’un débat en 1979.

© Getty Images

L’hiver dernier, lors d’une visite en Estonie, on l’a également aperçue dans un char d’assaut. Une posture qui n’est pas sans rappeler l’image de Margaret Thatcher aux commandes d’un char en Allemagne de l’Ouest, en 1986. Sans surprise, les journaux britanniques se sont délectés de ce clin d’œil.

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Mais ses idées politiques aussi, semblent calquées sur celles de Thatcher. Et la crise que traverse actuellement le Royaume-Uni n’y est pas pour rien. Le parallélisme entre la situation socio-économique actuelle du Royaume-Uni et celle des années 70 est saisissant.

En 1979, année où Margaret arrive au pouvoir, certains décrivent le Royaume-Uni comme "l’homme malade de l’Europe". L’inflation dépasse les 13% et est montée jusqu’à 25% quelques années plus tôt. A l’époque, le pays est paralysé par les grèves et s’enfonce dans l’anarchie. Margaret Thatcher n’a que faire des contestations. Elle veut réduire les dépenses publiques et trouve que les syndicats ont trop de pouvoir. Elle va même jusqu’à modifier le droit de grève des travailleurs. Depuis, les grèves spontanées sont ainsi interdites outre-Manche.

Aujourd’hui, le taux d’inflation dépasse les 10%. Le Royaume-Uni souffre d’une crise économique sans précédent, et les grévistes semblent extrêmement déterminés à initier un mouvement social. Mais Liz Truss n’est pas partisane du dialogue social.

Elle a d’ailleurs déjà annoncé son intention de durcir les conditions du droit de grève dans la fonction publique. Elle l’a promis, elle ne laissera pas le Royaume-Uni "être rançonné par des syndicalistes militants". Comme Thatcher, la nouvelle Première Ministre veut couper dans les dépenses publiques et limiter le droit à la grève.

Je mettrai en œuvre un plan audacieux pour réduire nos impôts et augmenter la croissance de notre économie.

Jusqu’ici, Liz Truss défendait une baisse des impôts - notamment sur les sociétés – plutôt que des aides directes, qu’elle a régulièrement qualifiées de "pansements". Mais face à la colère populaire et les critiques d’économistes qui estiment que les baisses d’impôts n’auront aucun impact sur les ménages à bas revenus, elle promet désormais des aides immédiates.

Elle promet également d’annuler la hausse des prix de la sécurité sociale et veut aussi suspendre les taxes sur l’essence, destinées à financer la transition énergétique. Juste après sa victoire, Truss annonce la venue d’un "plan audacieux" pour augmenter la croissance du pays, en pleine crise du coût de la vie : "Je mettrai en œuvre un plan audacieux pour réduire nos impôts et augmenter la croissance de notre économie", a-t-elle déclaré.

Des propos et des mesures jugés "irréalistes" par certains membres de son propre parti, qui lui reprochent par la même occasion un manque de charisme et de conviction.

Sur le plan environnemental, elle affirme vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, tout en construisant de nouvelles centrales nucléaires. Elle devrait d’ailleurs soutenir la stratégie du gouvernement Johnson, qui a donné son feu vert au financement du projet de centrale Sizewell C, porté par EDF.

Truss compte multiplier les investissements dans l’énergie, et se dit en faveur du "fracking"(ndlr : technologie controversée de la fracturation hydraulique, permettant d’extraire pétrole et gaz de schiste, là où la population locale est d’accord).

Avec Liz Truss au pouvoir, à quoi les pays de l’Union Européenne doivent-ils s’attendre ?

En matière de politique étrangère, la nouvelle Première ministre n’est pas tendre. Pour l’Union européenne, son élection à la tête du Royaume-Uni n’est pas forcément une bonne nouvelle. Celle qui prônait le "Remain" il y a encore quelques années lors du Brexit en est finalement devenue une fervente défenseuse.

En tant que ministre des affaires étrangères, Liz Truss s’est dès lors toujours montrée inflexible sur la question du Brexit. Elle est d’ailleurs considérée comme l’initiatrice d’une loi visant à modifier l’accord signé par Londres avec Bruxelles concernant l’Irlande du Nord.

"Ce que l’on sait déjà, c’est que Truss est une loyaliste de Boris Johnson. On ne peut pas s’attendre à un changement radical de sa politique européenne. La grande question, c’est plutôt : à quel point voudra-t-elle diverger de ce qui a été acté dans l’accord de coopération avec l’Union européenne ?" précise Eric Maurice, Responsable du bureau de Bruxelles "Robert Schuman".

Truss a promis de revenir sur toutes les lois héritées de l’Union Européenne afin de "turbocharger la croissance" britannique. "Par rapport à cette volonté de renégocier des choses sur le protocole et de se détacher plus ou moins de l’accord de coopération, elle s’inscrit dans la lignée de Boris Johnson. Par contre, elle adopte une position beaucoup plus libérale que lui." ajoute Eric Maurice. Et jusqu’ici, la nouvelle première ministre Britannique semble jouer l’affrontement plutôt que la désescalade avec l’Europe.

Sur Twitter, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré espérer une relation constructive dans le respect intégral des accords entre le Royaume-Uni et l’UE.

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Donnée de longue date favorite pour succéder à Boris Johnson, démissionnaire en juillet après des scandales à répétition, Liz Truss devient ainsi la quatrième représentante du Parti conservateur à prendre la tête du gouvernement depuis les élections de 2015.

Boris Johnson ira dès mardi remettre sa démission à Elizabeth II dans sa résidence d’été de Balmoral en Ecosse. Liz Truss s’y rendra par la suite, avant de rentrer à Londres pour prononcer son premier discours devant le 10, Downing Street. Elle pourra alors former son gouvernement, qui s’annonce, vu les noms qui circulent, marqué très à droite.

Selon un récent sondage "YouGov", 52% des Britanniques estiment que Liz Truss sera une mauvaise, voire très mauvaise Première ministre.

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