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Sahara occidental : Pedro Sanchez promet une relation "plus solide" avec Rabat

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Par AFP

Critiqué pour avoir mis fin à la neutralité de l'Espagne sur le Sahara occidental, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a défendu mercredi ce virage comme nécessaire pour nouer une relation "plus solide" avec le Maroc, allié "stratégique" dans la lutte contre l'immigration illégale.

Le dirigeant socialiste a choisi l'enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte nord du Maroc, pour s'exprimer pour la première fois sur ce sujet depuis l'annonce vendredi du soutien de l'Espagne à la proposition marocaine d'autonomie pour l'ex-colonie espagnole.

Le plus important est que nous posons les bases d'une relation beaucoup plus solide, beaucoup plus forte avec le royaume du Maroc

"Nous mettons fin à une crise" diplomatique avec Rabat mais "le plus important est que nous posons les bases d'une relation beaucoup plus solide, beaucoup plus forte avec le royaume du Maroc", a dit Pedro Sanchez devant la presse.

"Il n'était pas soutenable pour l'Espagne d'avoir des relations rompues" avec "un pays stratégique comme le Maroc", a ajouté le Premier ministre qui doit effectuer une visite au Maroc à une date qui n'a pas encore été fixée.

Le chef de la diplomatie José Manuel Albares a annoncé pour sa part mercredi qu'il se rendrait à Rabat le 1er avril.

Causée par l'accueil en Espagne en avril du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, pour y être soigné du Covid, la brouille entre Rabat et Madrid avait entraîné l'arrivée mi-mai de plus de 10.000 migrants à Ceuta à la faveur d'un relâchement des contrôles côté marocain.

Madrid avait alors dénoncé un "chantage" et une "agression" de la part de Rabat qui avait pour sa part rappelé son ambassadrice en Espagne, qui n'y est revenue que dimanche.

Un conflit depuis 1975

Le conflit du Sahara occidental, vaste territoire désertique riche en phosphates et aux eaux très poissonneuses, oppose le Maroc au Front Polisario, soutenu par Alger, depuis le départ des Espagnols en 1975.

Rabat, qui contrôle près de 80% de ce territoire, propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté tandis que le Polisario réclame un référendum d'autodétermination, prévu lors de la signature en 1991 d'un cessez-le feu mais jamais concrétisé.

Affichant jusqu'ici sa neutralité, Madrid a annoncé publiquement vendredi son soutien au plan d'autonomie marocain qu'il considère désormais comme "la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend". Un geste attendu par Rabat pour mettre fin à la crise.

Dénonçant un "revirement", Alger a rappelé samedi son ambassadeur en Espagne. Pedro Sanchez a promis mercredi de "tout faire pour renouer des relations diplomatiques malheureusement altérées" avec l'un des principaux fournisseurs de gaz de l'Espagne.

Divergence en Espagne

Ce virage a provoqué de profondes divergences au sein de la coalition au pouvoir en Espagne, le parti de gauche radicale Podemos, favorable à l'autodétermination des Sahraouis, ayant dénoncé l'"incohérence" de Pedro Sanchez, qui a été également critiqué par d'autres formations de gauche et par l'opposition de droite.

L'acteur star Javier Bardem a ajouté sa voix aux critiques en accusant, dans une lettre ouverte, le Premier ministre d'avoir cédé au "chantage" de Rabat.

Le gouvernement n'a fait qu'"approfondir la position déjà manifestée par d'autres gouvernements espagnols" par le passé et "suivre la position manifestée par d'autres nations puissantes" comme "la France et l'Allemagne", a affirmé Pedro Sanchez.

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