RTBFPasser au contenu
Rechercher

Politique

Salaire des médecins, rationalisation : vers un big bang du monde hospitalier belge

31 janv. 2022 à 07:48Temps de lecture3 min
Par Himad Messoudi

C’est une réforme XXL, attendue depuis 30 ans et qui nous concerne tous et toutes : la réforme de l’organisation et du financement des hôpitaux. Le processus a débuté vendredi en fin d’après-midi, par une présentation du projet aux acteurs du secteur hospitalier. Il y avait un beau "Powerpoint" et une solide note du ministre fédéral de la santé Frank Vandenbroucke. Si la trajectoire escomptée est respectée, nous sommes partis jusqu’en 2025 avec un bouleversement du monde hospitalier belge. Après l’urgence du COVID, le gouvernement veut agir à moyen et long terme.

Rationalisation

Concrètement, il s'agit de rendre nos hôpitaux plus efficaces. Il s’agit de garantir "une meilleure expérience pour les patients, de mettre en place un environnement de travail moins stressant pour les soignants", le tout avec les moyens disponibles. Il faut "une plus grande égalité sociale dans les soins de santé". Il y a quatre objectifs à cette réforme : décourager la surconsommation médicale, œuvrer à plus de transparence, offrir une plus grande sécurité tarifaire et limiter les fameux suppléments hospitaliers, et enfin limiter la concurrence entre hôpitaux en encourageant les coopérations.

Le mot est lâché : une plus grande coopération entre les hôpitaux, ça signifie très concrètement que tous les hôpitaux ne pourront plus tout faire : on devra donc spécialiser certains établissements pour améliorer la qualité des soins. Il faudra rationaliser. L’enjeu est réel : il faut pouvoir s’assurer d’une bonne uniformité géographique tout en garantissant, par exemple pour les personnes âgées, des soins le plus près possible du domicile. Dans l’autre sens, on pourrait aussi revoir, à la baisse, le nombre de maternités présentes sur notre territoire. Avec donc, comme conséquences, des mouvements pour le personnel et peut-être plus de routes en cas de soins plus complexes ou de naissances.

Le nerf de la guerre et le tabou des tabous

Le résumé de la note du ministre Vandenbroucke ne prend pas de gants : "Nous avons un système de financement hospitalier incroyablement complexe et non transparent. Seule une poignée de personnes peut s’y retrouver. Ce n’est pas bon". Et la solution s’appelle "all-in" : au lieu d’être payé pour chaque acte effectué, ce qui favorise la surconsommation d’actes médicaux, l’hôpital toucherait une somme forfaitaire fixe lorsqu’un patient présente une certaine pathologie : telle somme pour une opération des amygdales, telle autre pour un cancer de la peau, etc. C’est le gros morceau de cette réforme, car il faut calculer le coût de toutes les pathologies possibles et imaginables. C’est titanesque, et sensible car il s’agit aussi de s’attaquer au tabou des tabous : ce qu’on appelle la nomenclature, en clair, le salaire des médecins. Il existe actuellement des différences assez invraisemblables entre généralistes et spécialistes et aussi entre spécialistes. Par exemple, le salaire d’un radiologue et celui d’une pédiatre sont sans commune mesure. Même chose entre pneumologue et néphrologue, ce dernier s’occupant des reins et qui gagne des sommes énormes parce qu’historiquement, les reins, c’est très technique. Alors qu’aujourd’hui, certains actes de cette spécialisation ne sont plus nécessairement réalisés par les spécialistes, mais par du personnel infirmier. Le salaire des médecins serait donc revu avec une partie dite de frais de fonctionnement et une partie de rémunération professionnelle, le tout établi de façon "objective". Il faut rééquilibrer tout ça, si on veut mieux payer certains professionnels de la santé, investir plus dans la prévention.

Par ailleurs, il y a aussi la problématique des suppléments d’honoraires, qui peuvent atteindre 300%, et sur lesquels les hôpitaux récupèrent actuellement une certaine somme, qui sert à leur financement. Le système "all-in" doit donc définitivement mettre de l’ordre dans cette tambouille financière qui coûte cher.

Une récente étude de Solidaris montrait que 45% des Belges francophones avaient renoncé, au moins une fois, à des soins pour des raisons financières : c’est 13 points de pourcentage de plus qu’en 2015. Et on retrouve parmi ces Belges, deux familles monoparentales sur trois forcées de rogner sur leur santé. Attendue depuis des années, amorcée par Maggie De Block, cette réforme du monde hospitalier doit réussir pour améliorer la qualité et l’accessibilité des soins.

Il y en aurait beaucoup d’autres choses à évoquer, mais c’est l’essentiel. Il n’y a rien de fondamentalement révolutionnaire dans les propositions de Vandenbroucke : on en parle depuis bien longtemps. Mais il va falloir lever certains tabous et ça va méchamment swinguer.

Les coulisses du pouvoir

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Les salaires belges augmentent plus rapidement que dans les pays voisins

Economie

Etudes de médecine en Fédération Wallonie-Bruxelles : "Des étudiants vont peut-être s’inscrire en n’étant pas certains d’avoir un numéro INAMI"

Belgique

Articles recommandés pour vous