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Salvador : l'état d'urgence prolongé d'un mois pour mettre à genoux les gangs

Un ancien membre de gang est photographié à la prison de Santa Ana, à 60 km au nord-ouest de San Salvador, le 21 mai 2019.

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26 mai 2022 à 14:03Temps de lecture3 min
Par RTBF avec agence

L’activité criminelle des gangs fait du Salvador l’un des pays les plus violents au monde. En 2018, le taux d’homicide atteignait dans ce pays grand comme la moitié de la Suisse, 45,5 pour 100.000 habitants, soit 9,2 meurtres par jour en moyenne.

MS-13 et Barrio 18

Les deux principaux gangs du pays sont la Mara Salvatrucha (MS-13) et la Barrio 18. Apparues dans les années 1980-1990, ces organisations, dont les membres se reconnaissent par leurs tatouages, se disputent les quartiers à coups de feu ou de couteau.

Un membre du gang MS-13 prit en photo à la prison de Chalatenango, à 84 km au nord de San Salvador, le 29 mars 2019.
Un membre du gang MS-13 prit en photo à la prison de Chalatenango, à 84 km au nord de San Salvador, le 29 mars 2019. AFP or licensors

La MS-13 est particulièrement connue pour ses enlèvements, ses exécutions mais aussi ses actes de tortures. Beaucoup de leurs victimes ont été retrouvées démembrées, coupées en 13 morceaux, le chiffre fétiche de l’organisation. 13 secondes, c’est aussi la durée pendant laquelle un membre sera tabassé s’il n’obéit pas aux ordres.

Outre le trafic de drogue, les gangs se financent par l’extorsion. Peu de commerces, de services y échappent, même pas les chauffeurs de bus ou les livreurs de bombonnes d’eau potable. Ils rackettent et menacent des familles entières qui n’ont d’autre échappatoire que l’exil.

Selon l’ONG Cristosal de défense des droits humains, les déplacements forcés dus à la violence touchent environ 230.000 personnes dans ce petit pays de 6,5 millions d’habitants.

18.000 membres de gang arrêtés en un mois

En 2019, Nayib Bukele, ancien maire de San Salvador, est élu président sur une promesse, celle de briser enfin la double malédiction de la violence des bandes criminelles et de la misère.

Au début de son mandat, il met en place un plan de contrôle territorial, qui est présenté comme une politique de confrontations armée avec les principaux gangs. Dans les faits, on l’accuse de négocier avec les organisations criminelles.

L’appartenance à un gang n’a que deux issues : la prison ou la mort

Photo du document publiée par l’attaché de presse de la présidence salvadorienne le 28 mars 2022 montrant des membres des gangs Mara Salvatrucha et Barrio 18 sous garde à la prison de Ciudad Barrios.
Photo du document publiée par l’attaché de presse de la présidence salvadorienne le 28 mars 2022 montrant des membres des gangs Mara Salvatrucha et Barrio 18 sous garde à la prison de Ciudad Barrios. © Tous droits réservés

Mais, en mars 2022, la "guerre contre les gangs" menée par le président prend un nouveau tournant. En seulement quelques jours, le pays connaît une vague de criminalité qui fait 87 morts. La réaction de Nayib Bukele ne se fait pas attendre. Le Parlement, à sa demande, approuve l’instauration d’un état d’urgence.

Cette mesure restreint la liberté d’association et les droits de la défense, prolonge le délai de détention pendant l’enquête, et permet les arrestations sans mandats.

Déterminé, le président déclare que "l’appartenance à un gang n’a que deux issues : la prison ou la mort" et annonce la construction de nouveaux centres de détention.

Selon le ministre de la Justice et de la Sécurité, Gustavo Villatoro, plus de 35.000 personnes ont déjà été arrêtées. Quelque 16.000 autres étaient déjà en prison, soit un total de 51.000 membres présumés de gangs sur un total estimé à 70.000.

Un Etat d’urgence prolongé

L’Assemblée législative du Salvador a prolongé mercredi d’un mois l’état d’urgence voté le 27 mars pour contenir la violence meurtrière des gangs.

Le nouveau décret-loi indique que la prolongation de ce régime d’exception à compter de mercredi est rendue nécessaire "par la persistance d’une vague d’insécurité", en dépit de l’arrestation de milliers de membres présumés de ces gangs.

Le parlement, contrôlé par le parti au pouvoir, a également approuvé début avril une réforme visant à sanctionner les membres de gangs de peines pouvant aller jusqu’à 45 ans de prison.

La réforme prévoit également de punir la diffusion de messages de gangs dans les médias d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison.

Critiques des ONG et de la communauté internationale

Le président salvadorien, âgé de 40 ans, bénéficie d’une forte popularité au sein de la population. Mais, ses penchants autoritaires lui valent des critiques véhémentes de ses opposants et de la communauté internationale.

Le pays est tombé dans le populisme pénal

Les membres de gangs arrêtés ne passent pas par le système judiciaire ordinaire mais par des juges dits "sans visage" pour éviter d’être reconnus. Pour le juge Juan Antonio Duran, le Salvador est tombé dans le "populisme pénal", avec des procès sans témoins, parfois même sans l’accusé, menés par ces juges anonymes qui devraient être selon lui "interdits par la Constitution."

Amnesty tire également la sonnette d’alarme. Dans son rapport annuel, l’ONG constate que les droits humains ont régressé.

"Le droit d’exprimer une opinion, la liberté d’association ou encore le droit des femmes de prendre elles-mêmes les décisions concernant leur propre corps ont été, au mieux, ignorés et, au pire, délibérément écartés.", explique-t-elle.

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