Cyclisme

Samuël Grulois : "J’ai dit qu’Evenepoel ne gagnerait pas la Vuelta ? J’adore me tromper !"

Samuël Grulois : « J’ai dit qu’Evenepoel ne gagnerait pas la Vuelta ? J’adore me tromper ! »

© BELGA / RTBF

La Remco-mania actuelle a du (très) bon car elle permet aux passionnés de vélo en Belgique de s’emballer encore et encore pour cette merveilleuse discipline qu’est le cyclisme et de rêver, enfin, après 44 ans d’attente (une éternité !), à un succès noir-jaune-rouge dans un grand Tour. Que ça fait du bien nondidju !

Oui mais… effet pervers de cette Remco-mania, la moindre remarque, critique, analyse, allant dans le sens contraire de la pensée dominante est perçue comme une hérésie et vous envoie directement sur le bûcher des réseaux sociaux (réseaux que Remco Evenepoel a d’ailleurs lui-même partiellement quittés puisqu’il a confié la gestion de ses comptes à d’autres personnes) ! A l’instar de l’écologie, de l’Ukraine ou du féminisme… le coureur de Quick Step-Alpha Vinyl est devenu, de façon totalement irrationnelle (et toutes proportions gardées évidemment), un sujet de conversation hyper "touchy" qui exige de peser chaque mot avant de s’exprimer. Alors, je vais essayer de bien les peser (mes mots).

Un commentateur sportif reste avant tout un journaliste dont la mission principale est d’informer le plus objectivement possible, de poser les bonnes questions, de tenter d’apporter les (bonnes) réponses, d’ouvrir la réflexion. Il ne lui est évidemment pas interdit de "supporter", avec passion et émotion, un athlète ou une équipe qui représente son pays, que du contraire même ! Et c’est ce que j’aime par-dessus tout dans ce métier. Mais en gardant toujours le regard curieux et critique.

"Go go go Remco !"

Moi, je le crie haut et fort : "Go go go Remco !". Avec un mec aussi talentueux (et de surcroît, il n’est pas le seul en Belgique !), les dix prochaines années s’annoncent terriblement excitantes pour les fans de bicyclette. Mais j’assume en même temps le fait d’avoir émis des doutes sur ses capacités de remporter un jour une Vuelta, un Giro ou une Grande Boucle. Parce que dominer chez les juniors n’est pas une garantie de gagner chez les adultes, parce que se remettre à 100% d’une chute comme celle de Sormano est un terrible défi, parce que combler de grosses lacunes en montée ou en descente exige un long et fastidieux travail, parce que certains organismes ne supportent pas les efforts violents au-delà des 2000 mètres, parce que devoir cohabiter avec des rivaux du niveau de Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard, Primoz Roglic ou Egan Bernal peut vous booster mais aussi vous bloquer, parce que supporter la pression n’est pas donné à tout le monde, parce que tous les coureurs ne sont pas capables d’encaisser trois semaines de course, parce que rester calme en toutes circonstances (chute, crevaison…) n’est pas inné, etc.

Lever les doutes

Ces doutes (les miens mais aussi les siens et ceux du staff de l’équipe Quick Step), le gamin de Schepdael est en train de les lever un à un. Avant l’étape-reine dans la Sierra Nevada ce dimanche, Evene-poel reste en… pole pour remporter la 77e Vuelta de l’histoire. Mais la réaction d’orgueil hier de son dauphin Primoz Roglic, qui lui a repris 52 secondes (bonifications comprises), rappelle à celles et ceux qui croyaient la victoire du Brabançon déjà en poche qu’une épreuve de trois semaines dure… trois semaines ! A-t-il "craqué" ce samedi ? Était-ce un jour "sans" ou juste une moins bonne journée ? Le Slovène est-il en forme ascendante et le Belge en forme descendante ? À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Remco va devoir s’employer et cela rendra son potentiel succès final encore plus beau.

Avec 1'49'' d’avance sur Primoz Roglic et 2'43'' sur Enric Mas, s’il évite le Covid, la lourde chute et donc le vrai jour "sans", il sera en rouge sur le podium madrilène dans une semaine. Et c’est naturellement tout ce qu’on lui souhaite. J’ai dit que Remco ne gagnerait pas la Vuelta ? J’adore me tromper…

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