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Santé mentale : des états de souffrance, y compris dans le sport

La santé mentale et le sport 1/2

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14 oct. 2021 à 10:02Temps de lecture5 min
Par Olivier Hartiel

C’est la semaine de la santé mentale : une façon d’attirer l’attention sur des maladies qui donnent parfois l’impression d’échapper à l’entendement. Dans la chronique sport du jour, on parle de tous ces états de souffrance qui surviennent parfois de façon assez incompréhensible pour l’entourage. Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef des magazines Zatopek et Sport et Vie étaient dans Le 6-8 pour nous en parler.

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Les maladies mentales et l’incompréhension de l’entourage

Pourquoi celle-là accumule les objets sans but et sans raison ? Pourquoi un tel a peur de la foule ? Pourquoi une telle est dépendante aux jeux ? Sans parler de tous les gens malheureux. Simplement malheureux. Sans raisons objectives de l’être. On en rencontre dans le sport. La preuve avec deux histoires qui ont récemment défrayé la chronique : celle de l’Américaine Simone Biles et de la Japonaise Naomi Osaka.

Toutes les deux comptaient parmi les stars de leur sport respectif, la gymnastique et le tennis. Puis elles ont craqué sous la pression. Aux Jeux de Tokyo la première a déclaré forfait après avoir souffert de "twisties". Tout à coup, la gymnaste ne sait plus rien faire. "Elle a perdu ses figures" dit-on aussi dans le jargon. Pour Osaka, c’est plus mystérieux encore.

Elle ne supportait plus de passer en conférences de presse après les matches. A chaque fois, elle éprouvait l’impression d’être jugée comme une criminelle. Il faut dire que son statut est difficile à assumer. Née de mère japonaise et de père haïtien, elle a grandi aux Etats-Unis dès l’âge de 3 ans, à la fois américaine et japonaise. Puis elle a dû choisir car la loi japonaise refuse la double nationalité pour les adultes.

Ce fut le Japon où elle est considérée comme une immense star. Seulement, elle parle mal le japonais et connaît mal la culture de ce pays. Elle souffre d’une forme de culpabilité commune à beaucoup de familles exilées, celle de s’être coupé de ses racines. C’est le syndrome de l’imposteur.

Biles et Osaka ont mis en lumière que les sportifs n’étaient pas à l’abri d’épisodes de fragilité mentale.

Est-ce fréquent ?

Lorsqu’on creuse un peu dans les vies respectives de ces champions, oui, on trouve des situations moins glamours qu’on ne l’imaginait.

Pourquoi tant de souffrance ? "Ces sportifs sont souvent beaux, talentueux, riches et célèbres. A priori, ils ont tout pour être heureux sauf peut-être une chose : ils manquent de cette nécessaire confiance en l’avenir pour vivre sereinement". Avec les années, ils ont l’assurance de perdre tout ce qui les constitue. La célébrité ? Elle disparaîtra à la fin de la carrière. Les fortunes aussi sont souvent dilapidées bêtement. D’autres talents que le leur attireront les regards. La beauté peut rester, bien sûr. Mais elle sera plus intérieure. Avec les années, on perd cette plastique parfaite qui caractérise plusieurs de ces champions. A 20, 25 30 ans, ces stars sont assurées de perdre tout ce qui fait leur présumé bonheur actuel.

Tout est question de philosophie

Même chose dans le showbiz. En octobre, la chanteuse Adèle est revenue avec un disque après 5 années volontairement recluse. "Je dois me préparer à devenir célèbre à nouveau" a-t-elle déclaré au magazine Vogue. On a bien vu que cela ne l’enchantait guère.

La souffrance physique : fibromyalgie, algoneurodystrophie, burnout

Il arrive qu’on souffre physiquement et mentalement de façon parfois insupportable sans que rien ne permette de comprendre ce qui dysfonctionne.

"A la suite d’une chronique précédente sur le psychisme, j’avais reçu des messages de téléspectateurs pour témoigner que ces douleurs étaient bien réelles et que j’avais tort de les réduire à la psychologie. Sans doute, m’étais-je mal exprimé…Car il ne fait aucun doute que ces douleurs sont effectivement insupportables au point même de songer au suicide. Il ne s’agit pas du tout de les minimiser mais plutôt d’essayer de comprendre ce qui se passe dans le cerveau pour qu’il dysfonctionne à ce point. Pour cela, on va donner l’exemple de la chaussette.

Lorsque vous enfilez vos chaussettes le matin, vous sentez le contact du tissu sur la peau. Cela serre même un peu aux chevilles. Ensuite, on l’oublie. Et si l’on veut réveiller la sensation à un moment de la journée par exemple, là, maintenant c’est très difficile voire impossible.

Pourquoi ? Simplement parce que le seuil de perception sensorielle n’est pas stable. En l’occurrence, il a été relevé pour ne pas penser à ses chaussettes toute la journée. Cela fonctionne de la même manière pour les autres sens. Ils s’adaptent aux stimuli. Si vous habitez à côté d’une gare, il arrive un moment où vous n’entendez plus les trains. Si vous travaillez dans une chocolaterie, vous ne sentez plus l’odeur du chocolat. Les seuils de perception ont été remontés. A contrario, si vous êtes privé de sensations, le seuil s’abaisse jusqu’à être incommodé parfois par le bruit de son propre cœur comme pour ces prisonniers de Guantanamo qu’on enfermait dans des cellules totalement insonorisées : la torture blanche. "La douleur n’est une valeur fixe. Elle est toujours subjective" note encore Gilles.

Les bienfaits du sport

Dans le conte de la princesse au petit pois qui était tellement sensible qu’elle sentait la présence d’un petit pois sous l’épaisseur de 20 matelas. Cela l’empêchait de dormir !

La solution : Qu’elle fasse du sport évidemment ! Cela marche très bien. Dans le sport, elle sera confrontée à la fatigue, à la douleur, éventuellement au froid, à la soif ou à la faim. Elle élèvera automatiquement son seuil de douleur. Après un marathon, le petit pois, vous comprendrez qu’elle s’en fiche.

►►► A lire aussi "La sédentarité tue plus que le tabac"

Donc le sport marche très bien contre la plupart des pathologies qui se caractérisent par une grande souffrance. Y compris la dépression. Evidemment, ce discours est difficile à entendre par les patients eux-mêmes. On leur dit de se bouger alors qu’ils essaient précisément d’expliquer qu’ils ne trouvent en eux aucune énergie pour cela. Souvent le dialogue tourne court : "Pourtant si l’on fait preuve d’écoute et de compréhension de part et d’autre, on peut surmonter ces difficultés et faire du sport le meilleur allié pour surmonter une dépression. Un tas de gens vous le confirmeront" explique encore Gilles.

La santé mentale et le sport 2/2

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Plus fort qu’un roc : la notion de douleur est formidablement fluctuante selon les situations

L’histoire, c’est celle d’Aron Ralston (27 ans) parti en balade dans les Canyons de l’Utah à l’ouest des Etats-Unis. Nous sommes en 2003. La suite ? regardez la bande-annonce du film "127 heures" de Danny Boyle. Ralston tombe dans un ravin et un rocher de plusieurs tonnes lui écrase la main. Il reste bloqué pendant 5 jours et se sent progressivement sombrer dans la folie. Comprenant qu’il va mourir, il grave alors son nom sur le rocher et enregistre un message d’adieu sur son caméscope.

Il explique cela dans son livre : "Plus fort qu’un roc". Puis il décide de se couper le bras avec son canif, ce qui prend environ une heure. A la fin, il était si heureux d’en réchapper qu’avant de quitter son trou, il prend son bras en photo sous le rocher. "Je l’avais interviewé il y a quelques années. Il m’avait dit que ces 127 heures étaient le pire et le meilleur souvenir de sa vie" conclut Gilles.

127 heures

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