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Belges du bout du monde

Sarah au Guatemala : entre trafic d’enfants et magie de Noël…

Les Belges du Bout du Monde au Guatemala

Avec les Belges du Bout du Monde nous allons au Guatemala à la rencontre de Sarah Pierson, photographe et chocolatière, et Carmen Maria Véga, chanteuse et comédienne. Née dans ce pays où la guerre civile fit rage entre 1960 et 1996, Sarah fut victime d’un trafic d’enfants et fut adoptée comme des milliers d’autres en Belgique. Elle nous racontera son histoire qui est un véritable conte de fées et comment Carmen Maria Véga a eu une très grande importance dans son parcours…

Sarah Pierson, jeune namuroise de 31 ans, passionnée de photo, vient d’entamer une formation en chocolaterie au CEFOR (centre de formation).  Le chocolat, produit phare de ses deux pays a enchanté ses jeunes années car son papa était boulanger-pâtissier-chocolatier-confiseur dans la région de Namur.

Adoptée peu après sa naissance, elle a vécu son enfance comme toutes les petites filles de son âge. Elle ne s’est jamais sentie rejetée car elle a eu la chance de grandir au cœur d’une famille aimante.

Adolescente, elle se posait beaucoup de questions sans pour autant entamer des recherches sur ses origines.

Les Belges du Monde au Guatemala
Les Belges du Monde au Guatemala

Passionnée de photographie

La photographie a toujours été une passion pour Sarah et plus encore depuis sa visite, il y a 5 ans, du FINN (Festival International Nature Namur). Elle y a rencontré des photographes qui l’ont épatée par leurs clichés incroyables d’animaux comme les singes, les renards, les bœufs musqués… Elle a alors décidé de suivre une formation nature de Natagora et de se lancer dans l’aventure pour connaître les sensations de se retrouver face à face avec les animaux sauvages, sans les déranger, en se rendant invisible et se connectant avec la terre et les éléments.

En 2020, juste avant le confinement, elle est partie au Congo et au Rwanda pour participer au festival de musique Amani à Goma comme bénévole et pour se donner la chance de réaliser l’un de ses rêves : rencontrer les gorilles des montagnes dans le Parc national des Virunga. Rêve qu’elle a pu réaliser et la photographie est devenue une de ses activités professionnelles.

Les Belges du Bout du Monde au Guatemala
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala Sarah Pierson
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala

L’importance que Carmen a eue dans le parcours de Sarah…

C’est en entendant une interview de Carmen Maria Vega, chanteuse et actrice française, née aussi au Guatemala, que Sarah décide d’investiguer sur sa famille d’origine. Dans son livre "Le Chant du Bouc", Carmen Maria Vega explique avoir été victime d’un trafic d’enfants lié à l’adoption et évoque le même nom de l’association belge qui avait servi d’intermédiaire pour l’adoption de Sarah.

Sans attendre, elle envoie un message à la chanteuse qui lui répond en lui renseignant la Fondation belge RACINES PERDUES • RAÍCES PERDIDAS. Cette association propose aux personnes adoptées au Guatemala un accompagnement gratuit dans la recherche de leur famille de naissance.

Quelques mois plus tard, grâce à la fondation et à force d’obstination, Sarah a pu retrouver sa maman de 73 ans et découvrir qu’elle était la cadette d’une fratrie de 8 enfants. Elle a eu des contacts via les réseaux sociaux avec son frère Jairo.

Par la suite, tout s’est enchaîné rapidement car Sarah ne voulait plus attendre. Elle a fait un test ADN qui a confirmé sa filiation.

"D’un coup je me suis sentie un peu comme l’enfant, Jésus, ressuscitée qui allait débarquer dans une famille qui m’était totalement inconnue, comme un cadeau tombé du ciel pour eux. Symboliquement cela faisait sens car je suis née le jour de la fête des morts… Ça a toujours été signe d’espoir pour moi !"

Les Belges du Bout du Monde au Guatemala
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala

Texte écrit par Sarah Pierson quelques jours après avoir reçu la confirmation du test ADN

"Ça y est, aujourd’hui, je sais… Je sais qui est celle qui m’a donné la vie.

Je sais qu’elle me croyait disparue de ce monde. Je sais que cela crée du bouleversement de toute part.

Je sais que la vengeance n’est pas ma voie. Je sais que je veux voir en couleur et non en noir et blanc.

Je sais qu’il faut pouvoir écouter ses tripes. Je sais que je suis attendue sur ma terre natale.

Je sais que je suis en train de m’encrer, enfin ! Je sais que je suis heureuse du chemin parcouru et celui à venir.

Je sais que mes parents adoptifs n’y sont pour rien. Je sais qu’ils m’aiment et que je les aime énormément.

Je sais que la vie amène ce qu’elle doit au moment voulu. Je sais qui je suis. Je sais que je ne veux pas mener de guerre et que j’aurai toujours le désir de vouloir apporter la paix."

"J’ai reçu la confirmation il y a quelques jours que j’attendais tant, celle de mon test ADN. La confirmation à mes derniers doutes, aussi petits étaient-ils. Ils ne sont plus, la maman qui m’a donné la vie, s’appelle Evilia."

Covid ou pas Covid, Sarah fonce… mais elle ne part pas seule

Elle a fait la connaissance de son compagnon, Francisco, lors de ses rencontres à Racines Perdues.

Ils sont retournés ensemble au Guatemala en avril 2021 pour retrouver leurs familles biologiques respectives. Pendant le séjour ils ont l’un et l’autre passé une semaine avec leurs familles. En alternant des moments de recul juste tous les deux et un peu de tourisme pour alléger l’émotion.

Ils ont eu l’opportunité de faire un bout de chemin en mode road trip avec Jairo, le frère de Sarah, pendant 4 jours en voiture. Pour lui c’était la première fois qu’il allait nager dans la mer et découvrir une partie de son pays avec pour guide, Sarah ! Ce fut fort en émotions et fort de se dire qu’elle était elle-même le guide de son frère dans leur pays. Francisco, ayant fait de la natation à haut niveau quand il était jeune a tenté de lui apprendre à nager dans la mer des Caraïbes ! C’était un moment très touchant et symbolique !

Je remercie l’univers de m’avoir amené en Belgique et permis de vivre ce que je vis.

Sarah souhaite faire passer le mot à toutes les personnes qui ont été adoptées, quelle que soit leur origine, de bien prendre garde, mais surtout, autant que possible de bien s’entourer et de ne pas partir dans une quête sans soutien. Il est important voire vital d’avoir une épaule… Pour sa part, elle a eu la chance d’avoir Racines Perdues pour la soutenir et aboutir dans ses recherches.

"J’ai aussi et surtout eu mes proches pour m’écouter et m’encourager dans cette quête qui pour moi n’est qu’au commencement ! La route n’est pas encore terminée. Je vais garder les yeux ouverts et surtout contenir en moi le positif, le meilleur, et le meilleur seulement ! "

Sarah Pierson partage un peu de son histoire dans Le Ligueur des parents – Ligue des familles

Sarah Pierson partage un peu de son histoire dans Le Ligueur des parents – Ligue des familles – 17 novembre 2021
Sarah Pierson partage un peu de son histoire dans Le Ligueur des parents – Ligue des familles – 17 novembre 2021

Carmen Maria Vega, chanteuse et comédienne d’origine guatémaltèque a découvert, à 25 ans, qu’elle a été victime d’un trafic d’enfants

Les Belges du Bout du Monde au Guatemala, Carmen Maria Vega
Les Belges du Bout du Monde au Guatemala, Carmen Maria Vega https://www.facebook.com/carmenmaria.vegaperso

Carmen Maria Vega est comédienne et chanteuse. Née au Guatemala en 1984, elle a été recueillie par ses parents adoptifs alors qu’elle avait 9 mois. Elle a ressenti le besoin d’en savoir plus sur ses origines et c’est en partant à la recherche de celles-ci qu’elle a découvert sa véritable histoire : elle a été volée à sa mère biologique. Carmen réalise avoir été victime d’un trafic, comme des milliers d’autres enfants guatémaltèques, pendant la guerre civile qui a déchiré le Guatemala pendant près de 40 ans. Elle a publié un livre Le Chant du bouc paru aux éditions Flammarion dans lequel elle raconte l’histoire de son adoption et des recherches qu’elle a faites pour retrouver ses origines.

Le Chant du bouc, Carmen Maria Vega

Le Chant du bouc, Carmen Maria Vega, Editions Flammarion
Avec la collaboration de : Jean-Rémi Chaize
 
Carmen Maria Vega a été adoptée alors qu’elle n’avait que quelques mois. Elle est née au Guatemala d’une mère activiste, elle le sait, cela fait partie de son histoire. Mais les questions se bousculent. Elle éprouve le besoin viscéral d’en savoir plus.
De Colonia El Limón, un des quartiers les plus dangereux du Guatemala, à la Belgique, Carmen Maria Vega jongle avec une famille adoptive sonnée, une avocate guatémaltèque véreuse et un vieux fou passionné de généalogie. De découvertes farfelues en révélations folles, elle comprend qu’elle a été victime d’un trafic d’enfants et qu’elle va désormais devoir courir après sa vérité.

On lui avait dit que sa mère biologique était activiste…

Carmen Maria Vega a su depuis son plus jeune âge qu’elle avait été adoptée. Elle a grandi dans une famille aimante et n’a jamais manqué de rien. On lui avait dit que sa mère biologique était activiste. Elle a grandi avec ce fantasme génial d’une mère héroïne, féministe, qui combat la guérilla et la dictature. Ce n’est que vers l’âge de 15 ans qu’elle commence à en vouloir à sa mère de l’avoir abandonnée.

Ses parents la soutiennent et lui transmettent alors son dossier d’adoption, et c’est ainsi qu’elle découvre son vrai nom, celui de sa mère, ainsi que l’endroit où elle est née.

En 2010, Carmen fait la connaissance de Vincent Simon, le porte-parole de l’activiste guatémaltèque Rigoberta Menchu, qui lui propose de l’aider à faire des recherches sur place. Après 13 jours de recherches, Carmen découvre que sa mère vit désormais en Belgique et décide de partir à sa rencontre. Elle découvre alors qu’elle ne l’a pas abandonnée, mais souhaitait la placer temporairement, le temps de trouver un emploi.

C’est ainsi que Carmen Maria Vega comprend que son adoption n’était pas légale. L’association en charge de son adoption a profité de la faiblesse d’une femme qui cherchait à fuir un pays en guerre. Ses parents adoptifs n’étant absolument pas au courant de ce fait.

Suite à ses découvertes, la chanteuse peut enfin rencontrer sa mère et comprend qu’elle n’était pas du tout activiste. Aujourd’hui, elle ne ressent pas le besoin de la voir. Elle a des parents aimants. C’est difficile à comprendre pour elle mais elles se donnent des nouvelles de temps en temps.

Carmen a décidé de porter plainte avec d’autres personnes victimes de ce trafic d’enfants.

Dans Le Chant du bouc, Carmen Maria Vega raconte son histoire, mais aussi celle du Guatemala. Aujourd’hui, avec d’autres victimes, elle poursuit l’association belge Hacer Puente en justice.

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Malika Attar, journaliste d’investigation à la RTBF, a rencontré Sarah lors d’un tournage à Bruxelles pour le magazine Devoir d’enquête

A cette époque et depuis de longs mois déjà, Malika et l’équipe de Devoir d’enquête enquêtaient sur le dossier des adoptions illégales entre le Guatemala et la Belgique. Le 15 juin 2019, ils allaient filmer une rencontre entre une dizaine de jeunes adultes, tous adoptés par une famille belge, tous originaires du Guatemala et tous convaincus, surtout, d’avoir été victime d’un odieux trafic d’enfants. C’est là qu’ils ont croisé Sarah et Malika se souvient que c’est ce jour-là aussi que l’équipe et elle-même ont pu mesurer l’ampleur du séisme provoqué par toutes ces découvertes autour des conditions dans lesquelles ces adoptions s’étaient déroulées.


►►► À voir sur Auvio : Devoir d’enquête - Trafiquants d’âmes (Enquête sur des soupçons d’adoptions frauduleuses entre le Guatemala et la Belgique)


 

Goûtez au dépaysement proposé par Adrien Joveneau et les Belges du bout du monde à 9 heures le dimanche en Radio sur La Première et dès 10 heures en podcast sur AuvioRetrouvez les histoires et les bons plans de centaines de Belges qui vivent aux quatre coins du monde sur la Carte des Belges du Bout du Monde.

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