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Belgique

Sarkis Simonjan : derrière les manifestations citoyennes, le discours complotiste

Sarkis Simonjan : Un organisateur contestable

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30 janv. 2022 à 20:004 min
Par Marianne Klaric

Qui est Sarkis Simonjan, l’organisateur de la manifestation qui s'est déroulée à Bruxelles ce dimanche 30 janvier 2022, une manifestation pour la "destitution du gouvernement" ? Un "citoyen qui se bat contre les mesures liberticides et nos droits fondamentaux qui sont bafoués", aime à répéter cet ancien steward de Ryanair. Sa profession actuelle ? Il préfère rester discret à ce sujet. "Cela relève de la vie privée", nous dit-il préférant se concentrer sur le sujet qui l’occupe 24 heures sur 24 : la crise sanitaire, et surtout sa gestion par le gouvernement Vivaldi.

Sarkis Simonjan, la bonne quarantaine, toujours prêt à répondre aux questions, même celles des journalistes travaillant pour les médias "mainstream", qui pourtant nous dit-il, feraient mieux de "répondre aux vraies questions des citoyens au lieu de propager de la désinformation", a accepté de nous rencontrer. C’est que des questions, nous en avions. Il se présente comme le fondateur et le porte-parole de Belgium United For Freedom (BUFF). BUFF a organisé trois des manifestations contre les mesures sanitaires à Bruxelles, et il a participé à tous les rassemblements "pour la liberté".

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Belgium United for Freedom, une organisation qui brouille les pistes

Belgium United For Freedom est apparue il y a un an. A partir de janvier 2021, l’organisation commence des actions dans plusieurs villes wallonnes. Avec la "Mask-taskforce", ils défilent par petits groupes en tenue blanche et masqués. Ils dénoncent l’obligation du port du masque et se moquent des mesures sanitaires qu’ils jugent disproportionnées.

Sarkis Simonjan était également présent, avec son organisation, à la manifestation européenne du 23 janvier 2022. Au Cinquantenaire, sur le podium, en fin de parcours, il prend la parole et appelle à la "destitution de ce gouvernement corrompu". " Exit Vivaldi ", hurle-t-il dans son mégaphone, repris en chœur par la foule.

Sur la page Facebook de Belgium United For Freedom, Sarkis Simonjan se présente comme un journaliste citoyen. Il poste presque quotidiennement des live, où il nous parle de l’actualité liée à la crise sanitaire. On le retrouve en direct dans toutes les manifestations, invité sur les médias alternatifs comme BAM, où il est régulièrement interviewé.

Un discours clairement complotiste

Dans ses propos, on reconnaît le discours classique de la vague complotiste propagée par une partie des antivax. Morceaux choisis : dans une "Edition spéciale", postée dur la page Facebook de BUFF le 10 avril 2021, aujourd’hui retirée, Sarkis Simonjan déclare (nous sommes en pleine pandémie, troisième vague :

"Arrêtez de croire ces informations transmises par les médias mainstream afin de laver vos cerveaux. Ou surtout la phrase qui dit : allez faire un tour dans les hôpitaux. C’est à se poser la question : combien de fois avez-vous fait le tour de ces hôpitaux parce que moi je l’ai fait et les hôpitaux étaient vides. Sachez-le."

Marie Peltier, spécialiste du complotisme et autrice de plusieurs ouvrages décode ce type de discours : "Le conspirationnisme contemporain s’ancre vraiment dans une posture anti-média, il postule que les médias sont une sorte de paravent au service d’intérêts cachés, aux intérêts de quelques-uns et donc le rejet des médias comme identité, c’est constitutif des mouvements conspirationnistes depuis une vingtaine d’années".

"Le nouvel ordre mondial est en marche […] le covid est un complot organisé pour instaurer la dictature […] le gouvernement joue avec la population comme des marionnettes", aime-t-il répéter dans ses vidéos.

Contre-vérités et accusations de satanisme

Dans cette même vidéo, il déclare aussi que les vaccins provoquent l’infertilité, que les plus de 70 ans vaccinés ont une durée de vie de deux à trois ans, qu’en Grande-Bretagne, 60 à 70% des cas de Covid sont décédés suite aux vaccins.

Interrogé sur ces déclarations, Sarkis Simonjan nie les avoir dites : "Je n’ai jamais dit ça."

Mais le meilleur est encore à venir. Toujours dans cette même vidéo, il brandit un document avec une liste de noms de magistrats, politiciens, journalistes, qui font partie, dit-il, de sectes satanistes, violeurs et assassins d’enfants. A côté de chaque nom, le nombre d’enfant torturés, assassinés, violés… On y retrouve pêle-mêle Charles Michel, président du Conseil européen, Christie Morreale, ministre wallonne de la santé, Philippe Close, bourgmestre de la ville de Bruxelles, ou encore Alexander De Croo, Premier ministre, pour ne citer qu’eux.

"Ce sont des noms de magistrats, de procureurs, de politiciens de presque chaque parti politique qui font partie de sectes satanistes", affirme-t-il.

"Vérifier les informations ? Ce n’est pas mon rôle"

Interrogé à ce propos, il nous dit : "C’est une vieille histoire. En tant que journaliste citoyen, mon rôle est de transmettre d’information. Question : Avez-vous vérifié ces informations ? Ce n’est pas mon rôle", répond-il.

"Cette idée d’orgie d’enfants, de rites satanistes ou de rites occultes, c’est vraiment ancré dans l’histoire de l’antisémitisme, nous explique Marie Peltier, dans les vieux récits antisémites, on a toujours accusé les Juifs à la fois de diriger dans l’ombre et de tirer les ficelles et de pratiquer des choses troubles en particulier à l’égard des enfants. C’est typique du complotisme antisémite ", analyse Marie Peltier.

Sarkis Simonjan est l’un des piliers du mouvement de protestation contre les mesures sanitaires. Ses manifestations ont drainé des milliers de citoyens, pour la majorité, sincèrement inquiets pour leurs libertés. Derrière eux, il y a donc en Belgique un homme et un réseau indéniablement conspirationniste. Et comme le rappelle Marie Peltier, ces discours qui remettent en cause la démocratie et la médecine peuvent engendrer de la violence physique. Il n’y a qu’à se souvenir de l’affaire Jürgen Conings, du nom de ce militaire d’extrême droite, traqué après avoir volé des armes lourdes à la caserne de Bourg-Léopold dans le Limbourg, et menacé le gouvernement, son employeur et des virologues comme Marc Van Ramst, Jürgen Conings qui s’est finalement donné la mort le 17 mai 2021 dans le bois de Dilsen-Stokkem.

 

 

 

 

 

 

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