JO d'hiver - Pékin 2022

Saut à ski : pourquoi ce n'est pas nécessairement celui qui saute le plus loin qui gagne ?

Derniers tests sur le tremplin de Zhangjiakou avant le début des JO.

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06 févr. 2022 à 12:00Temps de lecture3 min
Par Giovanni Zidda

Avec cinq épreuves (1 féminine, trois masculines, 1 mixte), le saut à ski est, tous les quatre ans, l'une des attractions majeures des Jeux Olympiques d'hiver. Spectaculaire et passionnante pour certains, indéchiffrable et ennuyante pour d'autres, cette discipline mêle technique, puissance et audace depuis plus d'un siècle. Pour gagner, le principe paraît simple : il faut sauter le plus loin. Et bien pas nécessairement. D'autres critères entrent en jeu pour établir le classement final. En d'autres termes, ce n'est pas toujours celui qui saute le plus loin qui gagne. Explications.

L'esthétisme en plein vol et l'atterrissage, des facteurs fondamentaux en saut à ski

Le Suisse Gregor Dewschwanden en action.
Le Suisse Gregor Dewschwanden en action. © AFP or licensors

Pour évaluer un saut, trois critères sont pris en compte. La longueur du saut, bien évidemment, mais aussi l'esthétisme et enfin les conditions météorologiques.

Pour la longueur du saut, ce n'est pas bien compliqué. Evalué sur deux sauts, le sauteur se verra attribuer un nombre de points correspondant au nombre de mètres parcourus entre la sortie du tremplin et son point d'atterrissage.

L'autre facteur, c'est la technique, l'esthétisme en plein vol. "Cinq juges sont chargés d'évaluer la technique du saut et d'attribuer une note sur 20", nous explique Maxime Laheurte, notre consultant saut à ski. "Est-ce que le sauteur est symétrique ? Y-a-t-il des mouvements parasites dans son action? Le saut est-il fluide, beau à voir? Ce sont toutes des questions que les juges doivent se poser en observant un saut", ajoute l'ancien médaillé d'or mondial avec le relais français en combiné nordique (saut à ski + ski de fond).

"Ensuite, ils doivent juger l'atterrissage. Un élément fondamental. L'idéal pour un sauteur, c'est de placer ce qu'on appelle un 'télémark'. Un pied devant l'autre, génuflexion, jambes parallèles avec un écart d'un pied entre les deux jambes, deux bras écartés: voici ce qui compose un atterrissage parfait."

Severin Freund, réussit un bel atterrissage à Bischofshofen.
Severin Freund, réussit un bel atterrissage à Bischofshofen. © Tous droits réservés

Evidemment, une chute ou un contact avec la neige au moment de l'atterrissage engendre des pénalités.

Seules trois des cinq notes sur 20 attribuées par les juges sont recevables. La note la plus élevée et celle la plus basse sont supprimées. Le sauteur à ski peut donc recevoir une note de maximum 60 points pour son style. Des points qui se sommeront au nombre de points obtenus pour le saut.

Les conditions climatiques, un nouvel élément à prendre en compte

La direction et l'intensité du vent entrent également en compte en saut à ski.
La direction et l'intensité du vent entrent également en compte en saut à ski. © AFP

Le dernier élément pris en compte seront les conditions climatiques. L'intensité et la direction du vent influent effectivement sur la prestation des athlètes. "Après les Jeux de Vancouver 2010, on a décidé d'introduire un système de compensation pour éviter que des athlètes soient trop pénalisés par les conditions aérologiques", nous explique Maxime Laheurte.

"Autour du tremplin, une multitude d'anémomètres sont placés pour enregistrer la force et la direction du vent. Un vent venant de l'arrière poussera l'athlète dans le dos et sera donc défavorable puisqu'il attirera le sauteur vers le bas. Au contraire, un vent de face va (selon son intensité) favoriser la portance et permettre au sauteur de rester plus longtemps dans les airs. Les compensations permettent de réduire les inégalités mais il est toujours préférable de sauter avec des conditions favorables."

Quelles caractéristiques physiques et techniques pour être un bon sauteur?

Ryoyu Kobayashi, sans doute le meilleur sauteur du circuit à l'heure actuelle
Ryoyu Kobayashi, sans doute le meilleur sauteur du circuit à l'heure actuelle © Tous droits réservés

"Il y a une caractéristique commune à tous les sauteurs : ils sont légers quelle que soit leur taille", nous signale Maxime Laheurte. "Dans le milieu, on a des athlètes qui dépassent 1m80 et d'autres qui sont plutôt aux alentours de 1m65. Les deux types de gabarit sont capables de prester à haut niveau."

Les caractéristiques techniques (et physique) des sauteurs seront mieux mises en valeur en fonction du tremplin sur lequel on saute.

Les hommes disputent deux compétitions individuelles, sur tremplin normal et grand tremplin. La zone d'atterrissage sur les tremplins normaux se situe entre 85 m et 109 m du point d'envol. Elle est de plus de 110 mètres pour les grands tremplins (et de plus de 185 m pour le vol à ski, discipline non olympique).

"La technique est la même sur les deux tremplins mais il y a des subtilités. Le plus petit tremplin favorisera les gros pousseurs, les plus puissants. Sur le grand tremplin, la finesse du vol, la capacité à rester en l'air prendra davantage d'importance. Mais il faut retenir que les meilleurs sauteurs du circuit sont performant sur les deux tremplins."

Comment reconnaître un bon saut ?

Le tremplin olympique de Zhangjiakou, prêt pour les JO de Pékin
Le tremplin olympique de Zhangjiakou, prêt pour les JO de Pékin © AFP or licensors

Vous l'aurez compris, les critères à prendre en compte quand on regarde une compétition de saut à ski sont nombreux et pas toujours évidents pour les non initiés. Nous avons donc demandé un dernier conseil à Maxime Laheurte pour reconnaître un bon saut.

"Au-delà de la longueur du saut, il faut avoir cette impression de voir un saut qui soit beau, propre et élégant jusqu'au bout. Un beau saut, une belle performance, c'est quand un saut dégage de l'amplitude. C'est à dire que l'on voit une certaine continuité dans le mouvement, une transition fluide entre l'impulsion et le vol."

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