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Scandale dans les maisons de repos et de soins en France : le groupe Orpea perquisitionné

Le siège d’Orpea et les directions régionales du groupe ont été perquisitionnés mercredi dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de maltraitance des personnes âgées.

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08 juin 2022 à 17:17Temps de lecture4 min
Par AFP, édité par Marie-Laure Mathot

Le siège d’Orpea et les directions régionales du groupe ont été perquisitionnés mercredi dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de maltraitance institutionnelle et d’infractions financières dans ses établissements pour personnes âgées dépendantes.

Dès 9h00, une dizaine de gendarmes de la Section de recherche de Versailles et de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) ont fait leur entrée au siège de l’entreprise à Puteaux (Hauts-de-Seine), a constaté une journaliste de l’AFP.

La direction d’Orpea a confirmé à l’AFP qu’une perquisition était "en cours" au siège et dans ses directions régionales. Environ 200 gendarmes étaient mobilisés sur cette quinzaine d’opérations, a indiqué le parquet de Nanterre, sollicité par l’AFP, parmi lesquels des enquêteurs du commandement de la gendarmerie dans le cyberespace.

Après la révélation de ces perquisitions, l’action Orpea a chuté de 3,13% mercredi à la Bourse de Paris.

Selon une autre source proche de l’enquête, ces perquisitions visent à "effectuer des vérifications" dans l’enquête ouverte en avril par le parquet de Nanterre, après un signalement du gouvernement à la suite de la publication du livre "Les Fossoyeurs" de Victor Castanet.

Dans cet ouvrage publié en janvier, le journaliste indépendant dénonçait notamment une maltraitance des résidents et un usage abusif des fonds publics.

Ces dysfonctionnements ont été en partie confirmés dans un rapport commandé dans la foulée par le gouvernement, qui a demandé la restitution de dotations publiques présumées détournées de leurs fins.

La justice prend enfin la mesure de ce scandale de santé publique

"La justice prend enfin la mesure de ce scandale de santé publique", s’est félicité après l’annonce des perquisitions l’avocat Fabien Arakelian, représentant plusieurs familles ayant déposé plainte à Nanterre et ailleurs dans le pays. "Espérons que cela se poursuive", a-t-il ajouté auprès de l’AFP.

"On essayait de pointer du doigt des dysfonctionnements, de la maltraitance institutionnelle et aujourd’hui j’espère de tout cœur que cette perquisition va, au moins, mettre la vérité sur tout ce qui était mensonges depuis des années", a déclaré à l’AFP la déléguée syndicale CGT Orpea à la sortie d’une réunion avec la direction mercredi.

Une autre enquête, notamment pour abus de biens sociaux, distincte de celle qui a mené aux perquisitions, avait été ouverte mi-mai à la suite d’une plainte contre X déposée par Orpea, a appris mercredi l’AFP.

Cette plainte vise "des faits et des opérations passés […] susceptibles de poser question au regard de l’intérêt social d’Orpea et découverts à la suite d’investigations internes", selon le groupe privé d’Ehpad.

Plaintes contre Korian

Outre l’enquête ouverte en avril, Orpea fait aussi l’objet depuis février d’une enquête pour "faux et usage de faux et infraction à la législation sur le travail en recourant abusivement à des contrats à durée déterminée". Les procédures ont depuis été jointes.

Les enquêteurs creusent également de nombreuses plaintes : une bonne partie de la salve des 80 plaintes déposées en avril par Me Sarah Saldmann au nom de famille de résidents, ainsi que d’autres plaintes, émanant d’autres avocats, et reçues avant même la publication du livre "Les Fossoyeurs".

"Dans le cadre de ces différentes enquêtes, […] les investigations ont débuté avec plusieurs auditions déjà réalisées" et "donnent lieu" aux perquisitions de mercredi, a indiqué le parquet de Nanterre à l’AFP.

Par ailleurs, l’ex-directeur général du groupe pendant plus de dix ans, Yves Le Masne, limogé fin janvier, a été entendu en audition libre mardi dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet national financier (PNF) pour "délit d’initié" concernant sa revente d’actions, peu avant la parution du livre de Victor Castanet.

"L’enquête se poursuit", a sobrement indiqué mercredi le PNF, confirmant la fin de l’audition de l’ancien dirigeant mardi.

Face aux nombreuses critiques et enquêtes, Orpea a lancé en mai des "Etats généraux" pour recueillir les doléances de ses résidents : une cinquantaine d’établissements organisent ainsi en leur sein des réunions, et une plateforme numérique a été mise en place pour recevoir des suggestions. Orpea a promis un compte rendu de ces débats à l’automne.

Non-assistance à personne en danger

Le scandale touche également un concurrent direct d’Orpea, Korian. Trente plaintes visant des Ehpad Korian, notamment pour "homicide involontaire", ont été déposées devant une douzaine de parquets dans plusieurs régions, a indiqué mardi l’avocate Sarah Saldmann.

Ces plaintes contre X émanent de 18 familles de résidents, pour des faits de "mise en danger de la vie d’autrui", de "non-assistance à personne en danger" et d'"homicide involontaire".

Le groupe Korian a indiqué dans un communiqué qu’il "ignore tout du contenu de ces plaintes et ne peut donc faire aucun commentaire" et rappelle que "toutes les situations graves portées à (sa) connaissance sont traitées et systématiquement déclarées aux autorités".

Mercredi, le titre Korian a perdu 9,51% à la Bourse de Paris.

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