Info

Sécheresse 2022 : quand le réchauffement de la Méditerranée dope les phénomènes extrêmes et menace la biodiversité

La vague de chaleur marine touche la Méditerranée occidentale depuis déjà plusieurs mois. Avec des conséquences météorologiques entraînant des phénomènes extrêmes mais aussi des conséquences sur la biodiversité. Des espèces sont mises en danger, d’autres font leur apparition. Si les baigneurs profitent de températures d’ordinaire enregistrées sous les tropiques, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme et ne cachent pas leur inquiétude.

Des températures dépassant largement les moyennes habituelles

Le service d’observation de l’environnement marin de l’Union européenne, Copernicus, a publié une carte reprenant les températures de surface en excès. Entre 2°C et 5°C d’excès par rapport aux moyennes. L’augmentation de température la plus importante se situe au large de Marseille et de la Corse mais les côtes espagnoles et italiennes ne sont pas épargnées.

Carte des anomalies de température à la surface de l’eau datant du 22 juillet 2022 dans l’Ouest de la Mer Méditerranée.
Carte des anomalies de température à la surface de l’eau datant du 22 juillet 2022 dans l’Ouest de la Mer Méditerranée. © Union européenne, service d’observation de l’environnement marin Copernicus

Conséquences météorologiques

Orage supercellulaire sur la Riviera française, face à Nice, dans la nuit du 18 au 19 août 2022.
Orage supercellulaire sur la Riviera française, face à Nice, dans la nuit du 18 au 19 août 2022. © Valérie Hache – AFP

Les phénomènes météorologiques se trouvent dopés par ces températures hors du commun. Le 18 août dernier, un orage supercellulaire capable de générer des phénomènes d’une violence extrême s’est déclenché au large de la Corse. 5 personnes sont décédées, 20 ont été blessées et les dégâts sont importants. L’émergence de ce type d’intempéries, selon Pierre Lejeune de la Station de Recherche Océanographique et Sous-marine STARESO à Calvi, est imputable à ces températures hors norme en Mer Méditerranée.

"Cette année, elle est particulièrement chaude et finalement, c’est cette énergie qui se trouve dans la masse d’eau chaude qui alimente ces orages. Il y a beaucoup d’eau chaude sur une très grande profondeur. Nous mesurons l’eau jusqu’à une centaine de mètres de profondeur. Tous les jours. On a des eaux chaudes jusqu’à 40, 50 m de profondeur. Vous avez là une réserve d’énergie absolument phénoménale qui se trouve dans la masse d’eau. Ce qui aurait été sans doute un simple orage il y a 20 ou 30 ans devient un événement qui commence à ressembler à des événements tropicaux. Ils sont évidemment beaucoup plus petits puisque ce n’est pas un océan mais en attendant, lorsqu’ils viennent sur vous, ils font des dégâts tout à fait considérables et ils vont évidemment se reproduire. "

Conséquences sur la biodiversité

À plus long terme, les conséquences pour la biodiversité de cette vague de chaleur sont importantes. Surtout si elle persiste. C’est l’une des craintes de Sandrine Ruitton, professeure chercheuse à l’Institut Méditerranéen d’Océanographie :

"Ce que l’on craint, c’est l’arrivée d’espèces exotiques qui deviennent envahissantes. Ces espèces, cela peut être des herbivores voraces, ça peut être des carnivores qui vont remplacer et dévorer plein de poissons et cela peut aussi être des algues envahissantes qui vont complètement modifier nos écosystèmes".

De grandes mortalités ont déjà été enregistrées parmi les populations de gorgones (les coraux écorce) ou les posidonies. Les routes de migration des poissons autochtones, selon les pêcheurs, sont aussi modifiées. Des poissons comme le barracuda, établi dans le sud de la Méditerranée sont de plus en plus souvent observés dans la Méditerranée occidentale, bien plus au nord.

Des espèces exotiques

Et le mouvement est déjà lancé et bien lancé. Le canal de Suez, depuis sa construction en 1859, a ouvert une brèche entre la Mer Rouge et derrière elle, l’Océan Indien et la Méditerranée. De telle sorte que de nombreuses espèces, grâce à une température plus clémente ont déjà commencé à coloniser notre Méditerranée. En voici trois et la liste est loin d’être exhaustive. Ils contribuent à en faire une véritable mer tropicale.

La rascasse volante

Une rascasse volante – Aquarium Atlantis – Madrid
Une rascasse volante – Aquarium Atlantis – Madrid © Marcos del Mazo – LightRocket – Getty

La rascasse volante ou poisson-lion est originaire de la Mer Rouge et de l’Océan Indien. Ses épines sont pourvues de venin. Elle a été observée en Méditerranée dès 2016. Elle s’accommode au mieux à son nouvel habitat. Elle n’y trouve pas de prédateurs et une source de nourriture inépuisable. Il semblerait que le volume de la version méditerranéenne est déjà plus grand que la version d’origine.

Le poisson-lapin

Poisson-lapin rencontré pour la première fois en juillet 2022 en Méditerranée occidentale.
Poisson-lapin rencontré pour la première fois en juillet 2022 en Méditerranée occidentale. © Anne-Christine Poujoulat – AFP

Ce petit poisson herbivore est aussi arrivé en Méditerranée par le canal de Suez. Le Siganus Luridus doit son surnom de poisson-lapin à sa capacité de reproduction tout à fait explosive. Il a été récemment observé à l’ouest de la Méditerranée mais il a déjà largement colonisé l’est. Au Liban, il représente déjà 70% des espèces pêchées. Il s’attaque aux massifs végétaux sur les récifs. Quand un banc est observé, il broute la totalité de la végétation, faisant ainsi disparaître aussi l’habitat de centaines d’espèces.

La méduse géante Rhopilema

La méduse géante Rhopilema Nomadica a été aperçue en juillet 2022 à Tripoli, au Liban.
La méduse géante Rhopilema Nomadica a été aperçue en juillet 2022 à Tripoli, au Liban. © Ibrahim Chalboub – AFP

La méduse géante Rhopilema nomadica a, elle aussi, envahi les côtes libanaises et est à présent observable en Méditerranée occidentale. Elle est aussi très prolifique, grâce à la température en hausse et ses piqûres peuvent nécessiter une hospitalisation. Il serait aussi, selon Charles-Grançois Boudouresque, professeur d’écologie marine à l’université Aix-Marseille, et membre des conseils scientifiques des réserves naturelles de Scandola et des Bouches de Bonifacio, nécessaire de fermer les plages où elle se présenterait.

La Mer Méditerranée couvre moins de 1% de la surface maritime du globe mais abrite 18% de toutes les espèces marines connues. Elle a, selon un rapport du réseau des experts méditerranéens sur le changement climatique " la plus forte proportion d’habitats marins menacés en Europe ".

Sur le même sujet

COP15 sur la biodiversité à Montréal : la conférence de la décennie pour éviter la 6e extinction de masse des espèces

Environnement

La biodiversité est en chute libre selon le WWF, mais des actions sont encore possibles pour y remédier

Environnement

Articles recommandés pour vous