RTBFPasser au contenu
Rechercher

Belgique

Sécheresse en Région wallonne : la cellule de crise a fait le point "sur les bases d'une année historique"

04 août 2022 à 10:15 - mise à jour 04 août 2022 à 16:24Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet, avec Carl Defoy

La Cellule régionale d’expertise "sécheresse", qui rassemble les acteurs du secteur de l’eau en Région wallonne, a fait le point, ce jeudi en début d’après-midi sur la situation.

Depuis la dernière réunion, le 26 juillet, "les précipitations ont été inexistantes ou extrêmement faibles sur le territoire wallon", constate la cellule "sécheresse", surtout à l’Est de la province de Liège et dans d’autres zones des provinces de Liège, Namur et Luxembourg.

La cellule constate que les prévisions météo font état d’un temps sec pour les dix prochains jours, ce qui devrait accentuer la sécheresse dans les zones déjà sèches. Ce ne sont pas les averses orageuses attendues dans la nuit de jeudi à vendredi et vendredi matin qui devraient changer grand-chose. La sécheresse devrait perdurer en Wallonie.

La Cellule d'expertise sécheresse estime qu'on est sur les bases d'une année historique.  Le niveau de sécheresse arrive plus tôt que d'habitude. 

Tendance à la diminution des niveaux d’eau dans les barrages-réservoirs

La cellule d’expertise sécheresse constate que les volumes d’eau dans les barrages-réservoirs "se situent globalement sur les courbes de référence". Cependant, "une diminution des niveaux est constatée".

Pour cette raison, les mesures relatives aux limitations des restitutions restent d’application. Un barrage en particulier suscite l’attention, celui de Nisramont où les débits d’entrée sont faibles. Le niveau du barrage est à une cote "historiquement basse", explique Nicolas Yernaux, le porte-parole du Centre de crise. On sera attentif, cette nuit et demain matin aux orages qui pourraient, selon les prévisions de l’IRM, s’abattre sur cette région en particulier. "C’est un barrage qui peut se recharger très facilement. Donc, on croise les doigts parce que, dans les quinze jours qui viennent, l’IRM nous annonce qu’on est toujours dans un scénario très sec", explique Nicolas Yernaux.

Inquiétudes pour les cours d’eau et voies navigables

Les débits des cours d’eau sont plus préoccupants. Ils sont faibles pour cette période de l’année. La situation est qualifiée d’inquiétante, même si elle est comparable à ce qu’on a connu en 2020.

Le kayak est déjà interdit partout, sauf sur un tronçon de l’Amblève. C’est la présence d’un barrage d’Engie, qui lâche de l’eau pour produire de l’électricité, qui permet à cette section de l’Amblève de bénéficier de suffisamment de débit pour la pratique du Kayak.

Loading...

Sur les autres cours d’eau et fleuves, la navigation de plaisance et commerciale est de plus en plus confrontée à des débits très bas.

La Meuse, par exemple, atteint des valeurs extrêmement basses, comparables à celles enregistrées en 1976. Un exemple, en Haute Meuse, à Tailfer, on est très loin des 1400 m3/seconde de l’an dernier qui s’écoulaient après les fortes précipitations de juillet. Le débit est aujourd’hui de 19 m3/seconde, à peine plus que le record le plus bas de 18 m3/seconde. Et encore, c’est parce que la centrale nucléaire de Chooz, en amont, est à l’arrêt que le débit n’est pas plus bas. Le faible débit actuel n’empêche pas Vivaqua de pomper 5 à 6% pour alimenter Bruxelles, mais ces pompages à destination de Bruxelles doivent être plafonnés à 120.000 m3 par jour. Actuellement, en raison de la plus faible activité à Bruxelles, 90.000 m3 par jour suffisent.

Les faibles débits sur les cours d’eau sont inquiétants. L’étiage (le niveau le plus bas du fleuve) est très important pour cette période de l’année alors qu’il n’aurait dû être atteint qu’à partir de septembre.

Ainsi, en haute-Sambre, le tirant d'eau a dû être réduit. Cela concerne la navigation de plaisance. Toujours sur la Sambre, "le barrage de la Plate Taille (Eau d'heure) relâche jusqu'à  750  litres d'eau par seconde pour venir soutenir le début de la Sambre et garantir la navigation", explique Nicolas Yernaux, du Centre de crise. 

Cela signifie que pour la navigation, le regroupement des bateaux aux écluses reste de mise sur l’ensemble du réseau, à l’exception de l’Escaut, de la Dendre et des canaux du Hainaut.

Certains cours d’eau comme l’Ourthe, la Vesdre, la Lesse ou l’Amblève connaissent des débits historiquement bas.

La situation des cours d’eau non navigables est aussi problématique. La Cellule d’expertise sécheresse rappelle qu’il est important de ne pas construire de barrages retenant l’eau dans les cours d’eau.

La distribution d’eau se déroule normalement, mais on demande d’éviter le gaspillage. Une quinzaine de communes sont sous restriction

"Globalement, les niveaux de la majorité des masses d’eau souterraines sont toujours comparables aux niveaux moyens rencontrés à la même période, ces cinq dernières années", note la Cellule d’expertise sécheresse.

La production d’eau et la distribution d’eau se déroulent normalement quasi partout en Région Wallonne. Toutefois, des arrêtés de restriction ont été pris dans treize communes : Stoumont, Rochefort, Durbuy, Libin, Libramont, Chimay, Theux, Bouillon, Léglise, Habay, Pepinster, Vresse-sur-Semois et Saint-Hubert. Quatre autres communes font l’objet d’une surveillance : Jalhay, Vielsalm, Houffalize et Beauraing.

Il reste demandé à la population d’utiliser l’eau avec parcimonie pour éviter de créer des difficultés de production ou de distribution dans certaines zones.

Concernant l’interdiction des feux, elle concerne actuellement la province de Liège, suite à l’arrêté pris par le Gouverneur de la province. Pour le reste du territoire wallon, le Département de la Nature et des Forêts (DNF) poursuit ses actions de prévention, de sensibilisation et de surveillance.

La pêche reste interdite au moins jusqu’au 12 août dans tous les sous-bassins où cette mesure était déjà d’application.

Pour la baignade, 23 zones de baignade sur 25 restent accessibles. Celles de Neufchâteau, sous investigation, et celle de Falemprise, où l’on suspecte la présence de cyanobactéries, sont interdites à la baignade.

La Cellule d’expertise sécheresse refera le point sur la situation le 12 août.

Sur le même sujet

Sécheresses répétées : nos forêts vont changer de visage

Environnement

Sécheresse en Flandre : pas de mesures supplémentaires, "la situation est grave mais nous restons en code orange"

Belgique

Articles recommandés pour vous