Tennis - Serena Williams

Serena Williams : une carrière faite de triomphes, de drames, de polémiques, et d’incroyables retours

Serena Williams prend sa retraite : portrait de cette légende du tennis

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10 août 2022 à 11:00 - mise à jour 03 sept. 2022 à 04:34Temps de lecture6 min
Par Christine Hanquet

On ne verra plus Serena Williams sur un court de tennis, en compétition officielle.  Elle a été éliminée au troisième tour de l'US Open, par l'Australienne Ajla Tomljanovic, quelques semaines après avoir annoncé sa "fin de carrière prochaine".  Et même si elle n'a jamais prononcé les mots "j'ai joué mon dernier match", ses larmes, le bilan qu'elle dresse de sa carrière, les hommages qu'elle accepte, ne laissent planer aucun doute.  

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la trajectoire sportive et personnelle de la nouvelle retraitée des courts n’a jamais été rectiligne. Elle a beaucoup gagné (73 tournois, dont 23 Grands Chelems, rien qu’en simple), mais aux succès ont souvent succédé les embûches. Elle a régulièrement dû mettre sa carrière entre parenthèses, pour réparer son corps et son âme. Elle a souvent été au cœur de scandales, qu’elle a tantôt provoqués, tantôt subis. Elle s’est toujours relevée, réussissant d’incroyables retours gagnants.

Une vie fauchée

Le pire est arrivé le 14 septembre 2003. Yetunde Price, la sœur aînée de Venus et Serena, se retrouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Elle est prise dans une fusillade, à Compton, le quartier d’enfance de la famille, à Los Angeles. Elle est tuée, d’une balle dans la tête. Elle avait 31 ans, était mère de trois enfants, et avait été l’assistante personnelle des deux championnes.

Serena Williams n’acceptera d’en parler publiquement que des années plus tard, sur ESPN. "La violence a affecté nos vies personnelles, puisqu’elle nous a pris notre sœur. Je pense que les gens ne se rendent pas compte à quel point la violence peut toucher votre famille, vos amis, vos voisins."

Une belle victoire, mais un véritable calvaire

Une autre histoire de famille, moins tragique, mais très douloureuse, avait traumatisé la championne, deux ans plus tôt. En mars 2001, Serena, 19 ans, et sa sœur Venus Williams, 21 ans, ont déjà entamé leur moisson de Grands Chelems.

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Leur arrivée progressive au sommet du tennis mondial est loin de plaire à tout le monde. Et certainement pas aux racistes, aux complotistes ou aux amateurs d’un jeu "léché".

Une rumeur commence à circuler, qui affirme que quand elles se rencontrent, c’est leur père, Richard Williams, qui décide de celle qui repartira avec la victoire, histoire d’équilibrer le palmarès de l’une et de l’autre. Avec le recul, cela paraît complètement grotesque. Mais à l’époque, beaucoup y croient. D’autant que des tabloïds attisent le feu, et que des joueuses, frustrées après une élimination, en remettent une couche.

En mars 2001, donc, au tournoi d’Indian Wells, la Russe Elena Dementieva, éliminée en quart de finale par Serena Williams, estime que la demi-finale entre les deux frangines sera "arrangée". Plus tard, elle affirmera que c’était une boutade, mais le mal était fait.

La fameuse demi-finale n’aura jamais lieu, Venus déclarant forfait quelques minutes avant le rendez-vous, à cause d’une blessure au genou.

Le lendemain, Serena Williams doit jouer la finale, contre Kim Clijsters. Sa sœur et son père arrivent dans les tribunes, et se font huer. Elle-même est conspuée pendant tout le match, par le public américain, pourtant censé la soutenir. Elle finit malgré tout par s’imposer, mais ne pourra pas contenir ses larmes longtemps, dans le vestiaire.

Elle qualifiera cette journée de "pire moment de sa carrière". D’autant que des insultes racistes ont fusé, entre autres vociférations de la foule. C’est en tout cas ce qu’a affirmé le père de famille. Venus et Serena Williams n’ont plus voulu retourner à Indian Wells, pourtant l’un des événements les plus importants du calendrier, pendant quatorze ans pour l’une, et quinze ans pour l’autre.

En 2015, quand Serena y a rejoué, elle a de nouveau pleuré. Mais d’émotion, après la formidable standing-ovation, offerte par la foule.

L’US Open et ses psychodrames à répétition

Jouer aux Etats-Unis a toujours été particulier, pour la cadette des Williams. Elle y a souvent triomphé, mais elle avait peut-être, parfois, trop envie de bien faire, et de gagner. Ses nerfs l’ont régulièrement lâchée, sur le Central Arthur Ashe, à l’US Open. Le feu du scandale, elle l’a allumé à trois reprises, à New York.

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En 2009, elle est opposée à Kim Clijsters, en demi-finale. Kim Clijsters, revenue à la compétition quelques semaines plus tôt, après une pause "maternité", et qui finira par gagner le tournoi. Serena, déjà avertie pour avoir cassé une raquette, commet une faute de pied sur une deuxième balle, dans le dernier jeu. Sa double faute offre une balle de match à la joueuse belge. La juge de ligne qui a annoncé la faute de pied en prend alors pour son grade. "Si je pouvais, je prendrais cette p… de balle, pour te la fourrer dans ta p… de gorge", d’après les médias américains, aidés par des spécialistes de lecture labiale. Inacceptable, évidemment, même si elle a nié avoir tenu ces propos. La sanction est immédiate : point de pénalité. La balle de match ne sera jamais jouée.

Autre coup de sang, deux ans plus tard, lors de sa finale perdue contre Samantha Stosur. L’Australienne, qui mène un set à rien, a l’occasion de prendre le service adverse dans la deuxième manche. Serena Williams croit gagner le point suivant, et lance un tonitruant "Come on !". Le problème, c’est que l’échange n’était pas terminé. Elle le perd, comme le veut le règlement. Au changement de côté suivant, elle s’en prend à l’arbitre de chaise : "Si je vous vois dans un couloir, passez votre chemin. Vous êtes laide à l’intérieur, vous êtes nulle."

L’Américaine a encore dérapé en 2018, toujours en finale de l’US Open. Elle s’était inclinée face à Naomi Osaka, lors d’une rencontre sous haute tension. En début de match, après avoir écopé d’un avertissement pour coaching, elle s’est mise en colère, a traité l’arbitre de voleur et de menteur, a cassé sa raquette. Elle n’a jamais réussi à se calmer, et a fini par prendre un jeu de pénalité. Le débat du coaching a été relancé, après cet incident. Et des accusations de sexisme ont ensuite été proférées par la joueuse, qui a affirmé qu’un homme n’aurait jamais été sanctionné aussi durement, après avoir perdu la maîtrise de ses nerfs.

La combinaison de la discorde

Beaucoup plus futiles, les discussions autour des tenues portées par Serena Williams. Et surtout, celle qu’elle avait choisie pour disputer le tournoi de Roland-Garros 2018.

A ce moment-là, elle reprend à peine sa carrière, après avoir donné naissance à sa fille Olympia. Elle se présente à Paris en combinaison noire, ceinturée de rose. "Un vêtement qui permet de favoriser une meilleure circulation sanguine", affirme celle qui a souffert de formation de caillots sanguins après son accouchement.

Les organisateurs du tournoi n’ont pas aimé. Ils ont émis l’idée d’instaurer des règles vestimentaires plus strictes. Le président de la Fédération Française de Tennis ajoutant "qu’il fallait respecter le jeu et l’endroit". Des propos, jugés sexistes, qui avaient provoqué l’indignation, en particulier aux Etats-Unis. Nike, l’équipementier de la championne, avait également réagi. "Vous pouvez retirer son costume à une super-héroïne, mais vous ne pourrez jamais lui retirer ses super-pouvoirs".

La peur de sa vie

Serena Williams s’est toujours remise de tout, des polémiques dont elle a été victime ou coupable, mais aussi des coups du sort. De nombreuses blessures l’ont obligée à s’arrêter souvent, et longtemps.

C’est bien simple, depuis l’Australian Open 1998, son premier tournoi majeur, elle a manqué dix-huit tournois du Grand Chelem. Il faut en enlever quatre de la statistique, puisqu’elle a mis sa carrière entre parenthèses pour devenir maman. Mais cela reste beaucoup. Son genou gauche lui a souvent posé problème. Mais il y a aussi eu la cheville, l’épaule, les ischios. Rien que du très banal, pour une joueuse de tennis. Mais en 2010 et 2011, elle avait vécu ce qu’elle avait qualifié de "très dur, effrayant, et décevant". Peu de temps après avoir gagné Wimbledon pour la quatrième fois, elle s’était sérieusement blessée au pied, en marchant sur du verre cassé. Quelques mois plus tard, elle était opérée d’urgence d’une embolie pulmonaire, provoquée par les traitements prescrits.

De telles complications, et une année sans jouer, à trente ans, cela aurait pu hypothéquer la suite de sa carrière. Mais elle a encore gagné dix tournois du Grand Chelem après cela.

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