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Série : La méthode Kominsky, une ode aux vieux pleine d'humour

05 mai 2022 à 08:03Temps de lecture5 min
Par Julien Gilles

Avec le Méthode Kominsky on suit le personnage de Sandy, acteur vieillissant, converti de longue date au métier de coach et professeur de comédie, dans son petit théâtre sur Hollywood boulevard. Sandy n’est jamais vraiment parvenu à obtenir le succès comme acteur dont rêve les jeunes à qui aujourd’hui il enseigne.

Son fait de gloire, c’est en tant que coach d’un contemporain oscarisé qui l’a connu, et sur lequel il capitalisera de manière à se faire un nom en tant que prof, développant une méthode d’acting qui n’est rien de moins qu’une manière d’actor’s studio.  

Tous les jours, avant ses classes de fin d’après-midi, Sandy échange avec son meilleur ami, l’agent renommé et retraité Norman Newlander. En voiture, au supermarché, dans le même restaurant depuis 30 ans autour d’un martini, ou whisky soda light pour Sandy, les deux vieux amis égrainent les heures à se balancer des vannes. Sur tous les sujets, mais surtout sur leur passé.

Ils s’échangent leurs réflexions sur la vieillesse, et le naufrage qui les touche. Une amitié pareille leur permet de tout se dire.

 

Nous devenons alors les témoins des élucubrations de ces deux antiquités hollywoodiennes. Le spectateur découvre que Sandy ne peut s’en vouloir qu’à lui-même lorsque il évoque son manque de carrière, les échecs de ses mariages, et tout ce parcours qui l’a mené où il est. Son ami Norman lui balance tout.  Ses caprices, son égo, sa fainéantise, autant d’éléments qui l’ont probablement empêché d’avoir la carrière à la hauteur de son talent.

Alors Sandy réfléchit. Lui qui reste attaché à ses apparences, son look, toujours soigné malgré ses 70 ans. C’est qu’il porte encore beau, et se sent encore capable de donner beaucoup. Il drague volontiers, et pas seulement les veuves, ses élèves ne restent pas toujours indifférentes. Et puis il y a sa fille, Mindy, qui travaille avec lui, tenant les comptes de cette petite école sans prétention, et qui comme pour le conforter dans l’idée que l’âge n’est peut-être pas l’obstacle qu’il parait,  lui fait la surprise de tomber amoureuse d’un homme de son âge, à lui. Martin (Paul Reiser), autre membre d’autres duos formés avec Sandy et qui jalonnent la suite de la série.  

Avec Sandy et Norman, la série évoque naturellement la vieillesse.

 

Elle évoque dès ses premières scènes la perte, le deuil, la maladie. La perte des êtres aimés, mais aussi de ses capacités, de ses forces (parmi lesquelles la libido, sujet essentiel pour Sandy), de ses envies. Une parenthèse à ce stade concernant le casting. En effet, il n’est pas anodin de trouver Michael Douglas dans la peau d’un personnage vieillissant confronté à la maladie.

En effet, Douglas lui-même a fait l’expérience de la lutte contre une grave maladie, un cancer de la gorge. Il y a dans ces choix de casting quelque chose qui crédibilise encore un peu plus le récit, nous donnant l’impression par moment que les acteurs nous parlent vraiment d’eux-mêmes, de leur passé, de leur présent, de leurs peurs et de leurs regrets….

Ainsi, d’autres intervenants comme Kathleen Turner, qui joue dans la série son ex-femme, et dont on se souvient que les deux ont tourné dans les années 80 des comédies d’action qui les ont portés au sommet de la notoriété, et qui pareillement fut touché par une grave maladie. Cet aspect rend encore, à mon sens, le récit plus touchant 

Nos deux personnages trimballent leur nostalgie au fil des épisodes avec une certaine malice, maniant des dialogues particulièrement incisifs et ciselés. Les réflexions au sujet des maladies de vieillesse sont légions.

Et bien qu’on en rigole, elles nous touchent car elles nous concernent tous. Les soucis de prostate et les allers-retours perpétuels aux toilettes la nuit… mais pas seulement, les insomnies, les reproches des enfants,  les remords, les regrets, la culpabilité sont d’autres affres de cet âge où il est plus réaliste de rédiger son testament que d’envisager une nouvelle carrière…  

Comme tout un chacun est appelé à le faire, les deux personnages en sont à faire le bilan.

 

Que reste-t-il de leurs ambitions ? Qu’ont-ils fait des chances et opportunités qui se sont offertes à eux ? Ont-ils été à la hauteur ? Alors que le dernier chapitre de leur vie s’est ouvert, il reste encore de l’envie, un souffle de vie, et des projets du côté de Sandy, là où son ami lui semble lasse. Alors que Sandy voit tout le monde tomber autour de lui, il s’accroche encore, projetant dans ses élèves ses ambitions déchues de succès. A ses jeunes espoirs du cinéma, il leur enseigne des techniques de théâtre mais revient constamment sur les expériences et apprentissages que la vie lui a donné.

C’est en cela que la méthode Kominsky fait la différence. Sandy laisse de côté son égo d’acteur, ou ses prétentions d’artiste, pour se livrer à cette jeunesse à qui il voudrait éviter les déceptions qui semblent avoir jalonner son parcours. Mais au fur et à mesure que la série avance, Sandy se découvre autrement. Et si finalement, la réussite (sa) était ailleurs ? Si la destination n’est pas atteinte, le voyage fut malgré tout intéressant… 

Grace à cette réflexion, ce retour sur lui-même, Sandy se découvre des ressources qu’il ne soupçonnait pas. Mettant au clair ses erreurs passées, notamment avec sa fille et son ex-femme, il se libère en quelque sorte d’un fardeaux. Tirant les enseignements de sa vie, sans plus se détourner, se trouver dexcuses, il s’affranchit et lâche prise pour découvrir que d’autres opportunités peuvent voir le jour.

Sandy nous montre qu’il n’est jamais trop tard. L’âme plus légère il s’envisage un avenir. Bien sûr il peut continuer à jouer les vieux beaux, tenter de rester à la page, prendre soin de lui, mais surtout il sourit car il perçoit que la route n’est pas encore finie. Et la fin de la série lui donnera raison (sans rien dévoiler). Lui qui était du genre tenant de l’adage : " L’important c’est de rester jeune dans la tête ", réflexion typique de personnes vieillissantes , finit pas s’assumer comme vieux, avec des envies de vieux, des problèmes de vieux. Mais il se trouve que les vieux aussi ont encore de l’avenir… c’est la nouveauté ! La série est un peu une ode aux vieux finalement.  

Comme Sandy, nous aimerions avoir la place de nous questionner, et ainsi nous rendre conscients des imperfections et des maladresses commises tout au long du parcours tout en étant capable de se pardonner, ou à tout le moins de ne plus s’accabler. A quoi bon finalement ressasser alors que de nouvelles expériences s’offrent à nous constamment. Au risque de passer constamment à côté de sa vie, il est plus important de voir ce qu’il fut plutôt que ce qu’il ne fut pas… L’avenir n’existe que parce qu’il y a eu un passé.  

 

 

 

Disponible sur Netflix, 3 saisons, de 6-8 épisodes +/- 30 minutes 

Avec Michael Douglas, leçon de " bien vieillir " 

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