Diables Rouges

Série " Les coulisses des Diables à l’Euro " (épisode 1) : les primes de Guy Thys et la demi-finale que la Flandre ne vit pas…

01 juin 2021 à 07:53Temps de lecture4 min
Par Erik Libois

La Belgique a participé cinq phases finales de l’Euro… avec des succès divers : une médaille de bronze dans l’intimité en 1972, un quasi-exploit en 1980, des déconfitures en 1984 et 2000 et la débâcle de Lille en 2016. 5 tournois agrémentés en coulisses de quelques anecdotes croustillantes. C’est parti. Premier épisode.
 

1972 : pas de pub à la télé… et la lose de Jean Thissen

La Belgique accueille le tournoi final de l’Euro dans un format… à 4 équipes : " Un vrai tournoi d’élite alors qu’avec les phases finales élargies actuelles, même les Taxis Verts et les Taxis Orange ont leur chance… " dira plus tard Raymond Goethals. En demi-finale à Anvers, les Diables (redevenus Blancs à la demande de leur coach Raimundo qui estimait qu’ils se repéraient mieux ainsi sous l’éclairage artificiel !) se font dominer par la grande Allemagne, troisième du dernier Mundial et future lauréate de son Weltmeisterschaft de 1974.

Dans les gazettes du matin, Jean Thissen est confiant quand on l’interroge sur son adversiare direct : " Gerd Müller ? Je m’en occupe, il ne touchera pas un seul cuir du match… " Manque de bol pour le grand Jeannot : le soir venu, le Bombardier plante deux caisses à Christian Piot, auteur d’un de ses (très rares) mauvais matches en Equipe Nationale, et place la Mannschaft en finale.

Des pubs ? Pas question

Thissen n’a rien vu… et les téléspectateurs flamands non plus. Constatant que la pelouse du Bosuil est tout entier ceinturée des panneaux publicitaires de l’UEFA, le Directeur des Sports de la BRT de l’époque (l’actuelle VRT) refuse… de retransmettre la rencontre : pas question de réclames sur le service public ! A l’ère actuelle du foot-business, cette décision apparaît surréaliste aujourd’hui…

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Réduite à disputer la petite finale à Sclessin quasi dans l’intimité, la Belgique coule son bronze face à la Hongrie. L’occasion pour Paul Van Himst de marquer le but qu’il qualifie lui-même de " goal le plus facile de ma carrière " : une mésentente entre un défenseur adverse et son gardien laisse Polle Gazon tout seul sur une passe en retrait dans la ruelle.

Belgique - Hongrie : 17 juin 1972 (2-1)

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Grazie, carabinieri

Pour se hisser en phase finale, les Diables avaient créé la sensation en éliminant l’Italie, finaliste de la Coupe du Monde mexicaine face au Brésil (dans ce qui reste aujourd’hui reconnu comme le " match du siècle "). Au match aller à San Siro, les Belges arrachent le 0-0 grâce à la ruse de Goethals : renvoyé aux vestiaires par l’arbitre, Raimundo soudoie les carabinieri… qui lui permettent de voir la fin du match d’une discrète fenêtre. Mais pas de réseau Whatsapp à l’époque pour communiquer avec son banc…

Au retour au Parc Astrid, les Diables s’imposent 2-1 mais perdent Wilfried Van Moer, auteur du premier but… puis évacué en civière, jambe fracassée par l’innommable Mario Bertini, un obscur médian de l’Inter Milan passé à la postérité belge tel un authentique boucher. Van Moer sera privé d’Euro et ne retrouvera d’ailleurs plus jamais son niveau d’avant.

1980 : le ras-le-bol de Guy Thys et le coup de boule de Hrubesch

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Inconnue pour les plus jeunes, la campagne d’Italie de 1980 est sans doute la plus belle épopée du football belge. Les Diables (devenus Rouges) sont les petits poucets du tournoi et ont été placés dans une poule impossible, avec l’Angleterre, l’Espagne et le pays organisateur- rien que des grands noms du cuir mondial. Tout commence d’ailleurs très mal : arrivés à Turin, pour leur premier match face aux Anglais, les joueurs belges ont pris connaissance des émoluments de leurs rivaux et sont au bord de la grève.

Je logeais au même hôtel que les Diables… ce qui semble inconcevable aujourd’hui, à l’heure des camps retranchés et du cloisonnement avec la presse " raconte Christian Hubert, journaliste à La Dernière Heure-Les Sports. Et le matin du match, au petit déjeuner, je vois descendre les joueurs blancs comme des linges, avec des têtes de déterrés. L’entraîneur Guy Thys vient me trouver, furieux : ‘Je suis dégoûté, ils ont négocié toute la nuit pour leurs primes, j’ai juste envie de rentrer en Belgique !’ Le Conseil des joueurs, comprenant le capitaine Julien Cools, Maurice Martens, Wilfried Van Moer, Eric Gerets, René Vandereycken, Théo Custers et François Vander Elst, avait obtenu de toucher 40.000 francs le point (NDLA : 992 euros actuels), au lieu des 30.000 (744 euros) initialement prévus. Puis tout s’est enchaîné, et seul Horst Hrubesch nous a arrêtés… "

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Finale : Allemagne - Belgique : 2-1

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Zéro supporter…

Une campagne menée… sans le moindre supporter belge, tant personne ne nous attendait à pareille fête : la Fédération n’affréta qu’un seul charter, en catastrophe, le jour de la finale… Une apothéose gâchée par un coup de tête du colosse Hrubesch… qui, quatre ans plus tard, allait rejoindre le Standard de l’après-Waterschei.

Les mois précédents, rien non plus ne laissait supposer cette aventure italienne : les Diables s’étaient péniblement qualifiés après un début de campagne poussif. Là encore, tout s’est joué sur un conciliabule improbable.

Pas de journaux

Au retour d’un mauvais match des Diables en phase qualificative, je suis assis dans l’avion à côté de Guy Thys " reprend Christian Hubert. " Guy ne sait plus à quel saint se vouer : il ne trouve pas de solution et me demande mon avis. Les sélectionneurs de l’époque, et Raymond Goethals aussi avant Thys, avaient l’habitude de consulter les journalistes influents. Je lui suggère donc de rappeler Van Moer, qui avait déjà 34 ans mais qui pétait des flammes… à Beringen. Ne souriez pas, Beringen était une bonne équipe à l’époque ! Wilfried a ranimé l’équipe contre le Portugal et en Ecosse… et en Italie, il a joué les quatre matches. Van Moer nous a encore tirés jusqu’au Mondial espagnol, à 37 ans ! "

 

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Guy Thys avait l’oreille des journalistes… mais il mesurait aussi leur influence. Six ans plus tard, pour la campagne du Mexique, il prit soin que les joueurs ne lisent pas la presse belge arrivant sur place via le vol Sabena, chaque jour, avec 24 heures de retard. Car après le pitoyable premier tour sauvé in extremis par une victoire… face à l’Irak, les journaux tiraient à boulets rouges sur les Diables. Sans la censure de leur coach, les Belges n’auraient peut-être jamais atteint les demi-finales…

 

(A suivre : les Euros 1984, 2000 et 2016 des Diables)

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