Diables Rouges

Série " Les coulisses des Diables à l’Euro " (épisode 2) : les cannes à pêche de Georges Grün, la Ferrari rouge de Philippe Léonard et les Gitanes de Radja Nainggolan

02 juin 2021 à 07:00Temps de lecture6 min
Par Erik Libois

La Belgique a participé cinq phases finales de l’Euro… avec des succès divers : une médaille de bronze dans l’intimité en 1972, un quasi-exploit en 1980, des déconfitures en 1984 et 2000 et la débâcle de Lille en 2016. 5 tournois agrémentés en coulisses de quelques anecdotes croustillantes. Deuxième épisode.

1984 : les hameçons de Georges Grün et le coup de Jarnac danois

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Grand amateur de pêche à la ligne (" Ma vraie passion, bien plus que le foot " disait-il souvent…), Georges Grün prépare son départ en vacances quand son téléphone sonne début juin 1984. C’est Guy Thys qui lui demande d’intégrer de toute urgence la sélection des Diables pour l’Euro en France : le Servette Genève, encore engagé en play-offs du championnat de Suisse (les Helvètes avaient eu cette riche idée bien avant nous !) refuse de libérer Michel Renquin, et le coach belge a besoin d’un arrière central.

Le défenseur mauve fait donc ses débuts à Lens, face à la Yougoslavie, pour l’entrée des Diables à l’Euro. Le scandale Standard-Waterschei est passé par là : Thys voit son noyau décapité (exit les Michel Preud’homme, Eric Gerets, Walter Meeuws, Gérard Plessers, Jos Daerden et Guy Vandersmissen) et le contingent des Diables a des allures de maternelle : parmi les débutants figurent le jeune Enzo Scifo (18 ans) et Grün, mais aussi Walter De Greef (Anderlecht), Paul Lambrichts (Beveren), Michel De Wolf (Gand), Lei Clijsters (le père de Kim), Eddy Tintin Voordeckers (Waterschei) et Nico Claesen (Seraing).

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Georges toujours au(x) rendez-vous

La défense à quatre noire-jaune-rouge cumule… 14 sélections, mais le néophyte Georges Grün fête sa 1e cap par un but de la tête… sur coup de coin de Scifo. Bombardé 10 mois plus tôt en équipe A d’Anderlecht et reconverti en back droit par Paul Van Himst, le Boitsfortois formé… comme attaquant a parfaitement magnifié les rendez-vous de sa carrière : en novembre 85 à Rotterdam, c’est encore son front râblé qui nous propulsera au Mexique… et expédiera pour l’éternité l’impayable John Van Loen à la congrégation des réverbères. Pas mal pour un pêcheur à la mouche !

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Après la fessée griffée Platoche (défaite 5-0 à Nantes contre le France, plus large défaite belge en match officiel… avec un hat-trick de Michel Platini, futur meilleur buteur de cet Euro), les Belges se feront encorner… par leurs propres rejetons. Les Diables pataugent face au Danemark (2-3) après avoir mené de deux buts : c’est l’ère des Danish Dynamites du foot belge, et les Vikings alignent ce soir-là une demi-équipe issue des clubs de chez nous. Morten Olsen, Per Frimann, Frank Arnesen et Kenneth Brylle sont passés par Anderlecht, Sören Busk par Gand, Jens Bertelsen par Seraing et Preben Elkjaer par Lokeren : les trois goals danois sont plantés par le trio Arnesen-Brylle-Elkjaer !

Retour-patrie pour les Belges… qui posent néanmoins en France les bases de Mexico 86.

Belgique - Danemark : 19 juin 1984 (2-3)

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2000 : les copines d’Emile Mpenza et les mitaines d’Eric Deflandre

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Après le Mondial 1998, Georgescu n’a pas fait long feu : initialement arraché à Mouscron pour préparer les Diables vers cet Euro 2000 censé, à la maison, incarner leur apogée, Georges Leekens s’est mis tout le monde à dos avec ses sourires de fausset. Robert Waseige est donc appelé à la rescousse pour sauver la patrie après une campagne amicale cadavérique : Bob-le-Mage est le tout premier coach francophone des Diables… depuis les années 50, et la presse flamande se charge de le lui faire payer.

Sauf que la bonhomie de Papy Cigare va percole sur l’ambiance de groupe. Fini les camps retranchés à la Leekens : le complexe Nike de Lichtaart, où les Diables sont en retraite, accueille la presse aux quatre vents. Un journaliste slovaque, seul représentant de sa presse nationale et venu en Belgique sans le sou (au point de loger chez Bruno Govers, notre confrère de Sport-Foot Magazine…) sollicite timidement une interview particulière auprès de Robert Waseige. " Ben oui hein, copain, j’ai tout le temps que tu veux, m’fi… " répond notre Sélectionneur, claquettes au pied, au scribouillard médusé.

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Les débuts du bling-bling

La retraite des Diables est animée d’épisodes pittoresques qui génèrent les premiers buzz de la nouvelle ère internet. Philippe Léonard débarque de Monaco au volant de sa rutilante Ferrari Rouge qu’il gare entre les Opel Corsa et autre Toyota Corolla de ses collègues. Premier scandale pré-bling-bling monté en épingle par les paparazzis Jupiler..

Emile Mpenza fournit la suite du matos : sa liaison naissante avec la blonde Miss Belgique de l’époque, Joke Vande Velde, imposait des pieds de grue, face à l’hôtel des joueurs, à tous les photographes accrédités. Avec accès discrets par la sortie de secours et autre claquements de portes : du pur vaudeville… Au lendemain de la première (et seule…) victoire face à la Suède, Waseige avait autorisé la visite des épouses des Diables : la blondinette assistait même, rapportent des témoins de l’époque, aux conférences de presse de son doudou.

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Commentaire rétrospectif d’Emile sur cette période : " Joke et moi n’étions que bons amis à ce moment, elle me permettait de me détendre avant les matches... " En aparté… et bien sûr en off, Robert Waseige plaisantait sur les soucis d’Emile, qui s’y perdait parmi ses copines faisant le siège de sa table de massage...

Eric met les gants

Un Euro très folklorique qui se conclut dans la confusion, entre les floches de Filip De Wilde face au Taureau du Bosphore Hakan Sükür… et les 12 minutes d’Eric Deflandre prestées avec le maillot de gardien sur le paletot, les 3 changements ayant déjà été effectués. " Des journaux ont même titre que j’étais le seul gardien de l’Euro à ne pas avoir encaissé… " rigolait l’actuel T2 rouche, des années plus tard. En attendant, la Belgique fut le premier organisateur d’un Euro… à ne franchir le premier tour de son propre tournoi. Sacré privilège…

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19 juin 2000 : Turquie - Belgique (2-0)

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2016 : l’escapade de Meunier et Radja qui s’en grille une

Cet Euro nous était vendu d’avance, on sait ce qu’il est advenu : une perte totale contre l’Italie, marquée par la sortie médiatique de Thibaut Courtois stigmatisant les pseudo-limites tactiques de Marc Wilmots, suivie de trois succès incontestables contre l’Irlande, la Suède et la Hongrie. Avant la débâcle de Lille face au Pays de Galles...

Tout le monde, la presse comme les Diables, était tombé dans une espèce d’euphorie menant à l’excès de confiance " se souvient Benoît Delhauteur, à l’époque chef Foot de La Dernière Heure-Les Sports et aujourd’hui rédacteur en chef RTBF-Sports. " La preuve qu’on se voyait tous déjà en demi-finale : la plupart d’entre nous avaient laissé leurs valises à Bordeaux, près du camp de base des Diables, où nous étions casernés. Nous étions tous persuadés qu’après le match de Lille, nous reviendrions à nos pénates… On a donc dû refaire un voyage à vide ! "

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Jouer l’homme…

Avec Marc Wilmots, l’ambiance est directe, mais cordiale. Sauf avec certains éditorialistes de la presse du Nord, qui avaient manifestement décidé de jouer l’homme...

Je me souviens d’un journaliste très influent de Flandre, qui était venu tâter le terrain chez moi pour voir si Wilmots était soutenu par la presse francophone " se souvient Delhauteur. " De notre côté, nous avons toujours jugé l’entraîneur, jamais l’homme. On peut dire ce qu’on veut sur Wilmots, mais c’est un homme intègre, franc en paroles, sans filtre médiatique et qui respectait notre métier. "

AFP or licensors

Il reste cette impression de colonies de vacances… Entre le troisième match de poule face à la Suède et le 8e de finale contre la Hongrie, Thomas Meunier quitte le camp de base… pour s’en aller négocier à Paris son transfert au PSG ! Car Wilmots avait interdit aux agents de poser un orteil dans l’hôtel des Diables. Paris ne venant pas à lui, Meunier est donc allé à Paris…

" Pour ne pas tout casser… "

Et après son but victorieux (et qualificatif) face à Zlatan & ses vikings, Radja Nainggolan fait la Une des journaux : un cliché le montre dans le lobby de l’hôtel… un paquet de cigarettes à la main.

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Belgique - Hongrie : 26 juin 2016 (4-0)

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On s’est beaucoup interrogé sur comment traiter cette info " reprend Delhauteur. " Fallait-il en faire un fromage ? Le Diable Rouge a-t-il valeur d’exemple ? On a fixé nos propres limites, mais il n’y a jamais eu de pacte entre journaux pour tracer une ligne générale d’édition pour ce genre d’information : chacun fait en son âme et conscience. Wilmots a d’ailleurs très vite joué la carte de la franchise en expliquant que ‘Radja avait besoin de sa petite cigarette pour se relaxer, et de sa chambre avec balcon, sans quoi il détruisait tout le mobilier’… (sic) "

Au final,  et c’est sans que ceci implique cela, ce sont les rêves de trophée des Diables tout entier qui sont partis en fumée… A rectifier le 11 juillet prochain ?

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