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"S’exprimer via le corps avec lequel on a une relation si compliquée" : des patientes de la Citadelle créent une expo photo autour de l’anorexie mentale

Une expo éphémère à l’occasion de la Journée des troubles alimentaires

© CHR de la Citadelle

02 juin 2021 à 17:12Temps de lecture2 min
Par Chloé Hannon

Représenter des corps, si douloureux à accepter : c’est l’exercice auquel se sont prêtées cinq jeunes filles du service de pédopsychiatrie du CHR de Liège à l’occasion de la Journée Mondiale des troubles alimentaires ce 2 juin. Un visage confus, une épaule dénudée ou encore un corps recroquevillé, une soixantaine de clichés accompagnés de dessins et de citations trônent dans le hall d’entrée de l’hôpital pour quelques jours. Une manière pour ces adolescentes qui mènent un combat contre l’anorexie mentale de renouer avec leur corps.

Montrer pour (s') accepter

"Manger. Ruminer. Culpabiliser : lorsque guérir rime avec abandonner."; " Lorsque guérir, c’est déclarer forfait… ";" L’anorexie, un combat contre soi-même." Ces paroles flottent parmi les photos des patientes qu'elles ont capturées entre elles. "On a voulu s’exprimer via le corps parce qu’on a une relation compliquée avec lui", explique Clara (nom d’emprunt), 17 ans et hospitalisée depuis 8 mois pour ses troubles alimentaires.

On peut parler de cette maladie autrement qu’en montrant quelque chose qui heurte, on peut montrer quelque chose de beau.

Les photos sont exposées dans l'entrée de l'hôpital.

"L’idée, c’était de créer quelque chose de joli et d’esthétique alors qu’elles sont dans le rejet de ce corps, joli malgré tout", complète Isabelle Talbot, l’éducatrice qui encadre le projet. "Quand on parle d’anorexie ou qu’on va sur internet, on voit des corps dénutris. Mais j’estime qu’on peut surtout montrer quelque chose de touchant. On peut en parler autrement qu’en montrant quelque chose qui heurte, on peut montrer quelque chose de beau."

Le reflet, le miroir et la photo sont souvent problématiques pour les patientes, "alors on a eu l’idée de cibler des parties du corps en gros plan, en se disant qu’au final, une épaule, c’est une épaule. Et finalement, on ne reconnaît même plus à qui elle appartient", poursuit Isabelle Tabot.

 

"Les photos du visage, ce n’était pas si compliqué. Par contre, le corps en entier, bien", exprime une des patientes.

"Au début, on a eu un peu peur quand on nous a parlé de prendre des photos de notre corps. Puis au fur et à mesure, c’était plus facile, on arrivait mieux à l’accepter", reconnaît Clara.

"On peut combattre cette maladie, on n’est pas seules"

Puis surtout, ces jeunes filles veulent passer le message : "On peut combattre cette maladie. On n’est pas seules. Il y a toujours des gens pour nous aider et il ne faut pas en avoir peur", relaye Clara. Comme ses colocataires de couloir, elle s’est sentie entourée, entendue et comprise au moment de son hospitalisation, qui pourtant lui faisait peur.

"Être hospitalisée, ce n’est clairement tout rose. On préférait être chez nous, soulève Louise (nom d’emprunt), entrée à la Citadelle il y a quatre mois. "Mais on est ici pour en sortir plus fortes et pouvoir continuer le combat à l’extérieur. Et au final, cette petite voix avec qui on se bat, on ne l’entendra plus."

Une dynamique que ces adolescentes désirent insuffler auprès d’autres jeunes filles qui pourraient se reconnaître dans cette exposition. "On aimerait immortaliser notre projet dans un livre, qui permettrait d’aider les autres", dévoile une troisième patiente. Le bouquin articulé autour de témoignages pourrait sortir au mois de septembre.

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