Energie

"Si les réserves de gaz sont pleines, pourquoi la facture est-elle aussi élevée ?" : on décortique tout

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15 oct. 2022 à 06:00 - mise à jour 15 oct. 2022 à 10:06Temps de lecture3 min
Par Maud Wilquin

Vous nous avez récemment demandés via notre page Facebook "QR-RTBF" pourquoi le prix de vente d’un volume de gaz acheté à un instant T augmente au fil des jours et ce, alors que les stocks du pays sont pleins.

La question du gaz est complexe. Les prix dépendent de multiples facteurs et ne sont pas "plafonnés" en fonction de l’état des réserves du pays.

On s’explique. L’internaute a raison lorsqu’il dit que les réserves stratégiques sont pleines. Le 14 octobre, les réserves de gaz belges étaient remplies à 100%. Mais ces réserves ne permettent pas aux Belges de se chauffer tout l’hiver. Loin de là. En réalité, les réserves belges ne représentent que 4,7% de la consommation annuelle du pays. "Les réserves belges ne sont suffisantes que pour 8 à 10 jours", avance Marc Van den Bosch, le directeur et porte-parole de la FEBEG, la Fédération belge des entreprises électriques et gazières. "Nous ne les utilisons que pour injecter du gaz les jours les plus froids."

Et c’est la même chose en ce qui concerne les réserves européennes. Celles-ci sont certes presque pleines (91,64% en date du 14 octobre) mais ne représentent que 27% de la consommation annuelle de l’Union.

Sommes-nous en train de vous dire que les réserves n’influencent pas le prix des factures ? Pas du tout. Ces réserves ont un coût. Comme l’affirme le professeur de géopolitique à l’ULB Adel El Gammal, les importations de gaz de l’étranger comblent entre autres les besoins du secteur industriel, une grande partie des besoins des particuliers et une partie des réserves stratégiques qui servent principalement à chauffer les ménages. En général, le stockage commence dès le printemps et s’achève en automne. Mais cette année, ces saisons ont été marquées par la guerre en Ukraine et ses conséquences énergétiques et économiques. Alors que les fournisseurs achètent généralement leur gaz en été, lorsque les prix sont les plus bas, ils se sont retrouvés cette année à acheter des volumes de gaz à des prix exorbitants. " Si l’on reprend la courbe des prix sur les trois derniers mois, on constate une pointe des prix du gaz jusqu’à 350 €/MWh au mois d’août. Depuis, le gaz n’a fait que baisser jusqu’à environ 153 €/MWh", explique le professeur.

"Puisque le prix au détail est déterminé sur le prix d’achat passé qui est supérieur au prix actuel, il est tout à fait normal que les prix restent très élevés."

D’autant que viennent s’ajouter à la facture coûts de distribution de réseau, par exemple.

Anticiper et modérer

Ce qui fait aussi varier les montants appliqués aux clients, c’est l’anticipation. Chaque État et chaque fournisseur sont prévoyants. Le gaz n’est pas un produit que l’on rachète au fur et à mesure quand les provisions s’amenuisent. Une grande partie des stocks des fournisseurs est en fait surtout constituée d’un mélange de gaz acheté sur plusieurs années et à plusieurs endroits. "Chaque fournisseur a sa technique de sourcing. Mais en se référant à sa clientèle actuelle, il peut estimer la clientèle qu’il aura entre 2023 et 2025. Que ce soit pour des contrats à prix fixes ou à prix variables, il va donc dès maintenant acheter un peu de gaz pour 2025, un peu de gaz pour 2024 et une plus grande partie pour 2023. Et en 2023, il fera la même chose. Il achètera encore un peu de gaz pour 2025 et un peu pour 2026", explique Marc Van den Bosch.

En combinant les différentes sources – le marché de gros (pour les contrats fixes) et le marché du détail (pour les contrats variables) – que le fournisseur propose des offres concurrentielles. Et si ses prévisions s’avéraient trop justes, le fournisseur aurait toujours l’occasion d’acheter de l’énergie au jour le jour, comme le rappelle l’économiste à l’UCLouvain Bertrand Candelon. Dans tous les cas, le fournisseur s’expose au risque d’acheter à un prix élevé.

Si on suit la logique, une partie du gaz vendu en 2022 a donc été achetée en 2020 et en 2021. En 2020, lors de la crise sanitaire, les prix avaient fortement baissé en raison des confinements et de la mise à l’arrêt temporaire des usines. Mais cette baisse n’a pas duré. En 2021 déjà, les prix remontaient avec la reprise des activités post-covid et les nouvelles taxes prises dans le cadre de la transition écologique. Le gain de 2020 est bien loin.

L’ensemble de ces raisons explique pourquoi le gaz, même acheté il y a des mois, coûte aujourd’hui très cher.

Image d’illustration.
Image d’illustration. © Belgaimage

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