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Opéra

Sir Simon Rattle fidèle à Berlin… et à Janacek

17 févr. 2022 à 12:45Temps de lecture2 min
Par Nicolas Blanmont

Nicolas Blanmont revient de Berlin et nous fait le compte rendu de la nouvelle production à la Staatsoper Unter den Linden, L’affaire Makropoulos de Janacek, dirigée par Sir Simon Rattle.

Même s’il a quitté la direction musicale du Philharmonique de Berlin depuis 2018, Simon Rattle reste l’hôte régulier de la capitale allemande, notamment pour diriger des opéras de Janacek à la Staatsoper Unter den Linden. Après De la maison des morts, Katja Kabanova et Jenůfa, le chef anglais est cette fois dans la fosse de l’Avenue sous les tilleuls pour une nouvelle production de L’affaire Makropoulos, un des plus fascinants opéras du grand compositeur tchèque. S’il n’est pas a priori identifié comme un chef d’opéra (peut-être parce qu’il n’a jamais occupé de poste permanent dans une maison lyrique), Rattle connaît bien la musique de Janacek. Sa direction est ample, elle met en valeur la pâte orchestrale plus que les ruptures – la façon dont il spatialise les cuivres au final est splendide –, mais elle sait se mettre au service du propos théâtral et les mises en évidence des instruments ne se font jamais au détriment des voix.

C’est à Marlis Petersen qu’il revient d’incarner le rôle troublant d’Emilia Marty, cette chanteuse d’opéra belle mais froide, dont tous les hommes sont fous et dont on s’aperçoit peu à peu qu’elle traverse l’histoire – sous différents noms qui ont en commun les initiales EM – depuis 337 ans. Beauté irrésistible, charisme puissant, moyens vocaux solides : la soprano allemande a tout ce qu’il faut pour une grande Emilia Marty, et sa prestation vaut à elle seule le voyage. Le reste du plateau est également excellent, avec notamment Bo Skovhus (Jaroslav Prus), Ludovit Ludha (Albert Gregor), Jan Martinik (l’avocat Kolenaty), Peter Hoare (Vitek) ou Natalia Skrycka (Krista).

Mais, tout autant au moins que pour Rattle ou Petersen, c’est pour Claus Guth qu’il faut voir ce spectacle. On sait que le grand metteur en scène allemand s’est mis depuis peu à Janacek (Jenůfa en octobre dernier au Covent Garden), mais il prouve une fois encore ici à quel point sa grande intelligence des enjeux de chaque œuvre peut faire merveille. Avec le décorateur Etienne Pluss, il a choisi de situer l’action à l’époque où Janacek l’avait inscrite – les années 20 – mais, au-delà de la beauté des décors de chaque acte (l’étude de l’avocat, les coulisses de l’opéra puis un hôtel), on retiendra la présence entre ces lieux (les décors coulissent latéralement) d’une grande pièce blanche qui est le lieu "neutre" où Emilia Marty se ressource, se repose, change ses apparences ou se contente d’être elle-même – une vieille femme presque chauve. Entre la musique de chaque acte, on entend alors une respiration haletante.

Comme souvent, Guth signe un spectacle visuellement très fort, mélangeant esthétique et mystère, mais aussi avec une touche d’humour : un petit groupe de danseurs utilisés comme personnages absurdes et mouvants (déguisés en clercs de notaire au premier acte, et en grooms d’hôtel au troisième). A noter aussi, la présence récurrente de deux figures silencieuses qui sont les reflets d’Emilia : une très vieille femme d’un côté et, de l’autre, sortie d’un tableau de Velázquez, l’enfant qu’elle était à la fin du XVIe siècle quand son père, l’alchimiste Hyeronimus Makropoulos, essaya sur elle l’élixir d’immortalité qu’il avait préparé pour son maître, l’Empereur Rodolphe II.

Extraits de l’œuvre et compte rendu du spectacle à retrouver dans la soirée Opéra sur Musiq3 ce samedi 19 février à 20h. Le spectacle se donne encore à la Staatsoper de Berlin jusqu’au 27 février. Diffusion sur Deutschlandfunk Kultur le 30 avril.

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