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Sites de rencontres au Brésil : "Dis-moi d’abord pour qui tu votes"

Sites de rencontres au Brésil : "Dis-moi d’abord pour qui tu votes".

© Mauro PIMENTEL/AFP

17 oct. 2022 à 09:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

"S’il te plaît, dis-moi que tu n’es pas de gauche, tu es trop belle pour ça." Pas de chance, la Brésilienne qui a reçu ce message sur Tinder vote Lula et coupe court au flirt en ligne.

À l’approche du second tour entre l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva et le chef de l’Etat sortant d’extrême droite Jair Bolsonaro, le 30 octobre, la polarisation s’est invitée dans les applications de rencontre au Brésil.

L’orientation politique peut être un atout séduction ou un repoussoir. Pour éviter de perdre du temps, de nombreux usagers préfèrent donc annoncer la couleur sur leur profil.

La compatibilité politique avant les autres critères

"Je suis de gauche et je vais te demander pour qui tu votes. C’est important qu’on pense la même chose", prévient par exemple sur Bumble Gabriela S., une psychologue de 25 ans qui a préféré ne pas révéler son nom de famille. "Cela n’a aucun sens pour moi d’avoir des relations avec des gens de droite", dit cette habitante de Sao Paulo.

Certains se révèlent de façon plus subtile : "J’aime bien passer du temps à la plage mais je ne veux pas qu’elle soit privatisée par Paulo Guedes", a écrit par exemple Nené, programmateur de 36 ans, faisant référence au ministre de l’Economie ultra-libéral du gouvernement Bolsonaro.

Sur Bumble, le filtre politique est "le plus utilisé par les Brésiliens", assure Javier Tuiran.

L’utilisation de cet outil qui permet de trier les profils recherchés selon ses préférences "a augmenté lors des mois qui ont précédé" le premier tour du scrutin, le 2 octobre.

Qui se ressemble s'assemble ?

Quand la politique entre en jeu, l’adage "qui se ressemble s’assemble" est souvent plus pertinent que "les opposés s’attirent".

"Certaines différences sont bienvenues pour qu’un couple soit complémentaire mais certaines incompatibilités peuvent être rédhibitoires pour des sujets importants, comme la politique en ce moment", estime Ailton Amelio da Silva, docteur en psychologie.

Au-delà du choc des idéologies, Lula et Jair Bolsonaro sont deux candidats très clivants, qui inspirent l’un comme l’autre un fort rejet d’une grande partie de la population, ce qui ne fait qu’accentuer la polarisation.

Pour José Mauro Nunes, docteur en psychologie et professeur de marketing à la Fondation Getulio Vargas, les applications de rencontre ne font que reproduire le côté "tribal" des réseaux sociaux avec des usagers qui ont accès en priorité aux contenus publiés par des personnes qui pensent comme eux, chacun restant "dans sa bulle".

A chacun son app

Certaines applications de rencontre vont encore plus loin, comme Lefty ou PTinder, réservées aux sympathisants de gauche. "La recherche d’un compagnon est déjà assez difficile en soi. Le fait d’être sûr qu’on n’aura pas d’incompatibilité politique aide" à faire le tri, explique Alex Felipelli, patron du groupe Similar Souls, à l’origine de la création de Lefty.

Cette application mesure même le degré d’engagement politique de ses 15.000 inscrits.

Sur PTinder, dont le nom a été inspiré des initiales du Parti des Travailleurs (PT) de Lula, ils sont plus de 26.000 "à la recherche d’interactions, y compris entre célibataires, entre opposants de Bolsonaro", selon sa créatrice, Maria Goretti.

Cette avocate de 38 ans assure avec fierté que plusieurs couples se sont mariés après s’être rencontrés sur PTinder. Elle dit avoir créé son application après avoir entendu ses amies lui raconter qu’elles redoutaient "de passer la nuit avec une personne qui semblait incroyable pour se rendre compte le matin que c’était en fait un nostalgique de la dictature" militaire (1964-1985), un régime adulé par la plupart des bolsonaristes.

Les partisans du président d’extrême droite peuvent se retrouver sur le groupe Facebook "Bolsolteiros" (un jeu de mots avec le terme "solteiros", "célibataires" en portugais), qui compte 6700 membres. "La gauche défend tout ce qui nous répugne. Si on sait que la personne est de droite, on a déjà fait la moitié du chemin pour la recherche d’un compagnon", résume Elaine Souza, assistante sociale de 46 ans, qui fréquente ce groupe depuis 2019.

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