Belgique

Sobriété énergétique : les magasins français priés de fermer leurs portes et d’éteindre leurs panneaux publicitaires, et en Belgique ?

25 juil. 2022 à 04:00 - mise à jour 25 juil. 2022 à 14:05Temps de lecture4 min
Par Fabien Van Eeckhaut avec AFP

Les premières décisions concrètes viennent de France ce week-end ; elles avaient été annoncées dès le 14 juillet par le président Macron, promettant l’élaboration d’un "plan de sobriété" énergétique pour faire face au risque de pénurie liée à la guerre en Ukraine et appelant à "rentrer collectivement dans une logique de sobriété".

Ainsi la ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a annoncé dimanche de prochains décrets pour obliger les magasins climatisés à fermer leurs portes et à réduire la publicité lumineuse, s’inspirant d’une réglementation déjà existante et mal appliquée.

"Dans les prochains jours, je vais prendre deux décrets : le premier généralise l’interdiction des publicités lumineuses quelle que soit la taille de la ville entre 1h et 6h du matin", à l’exception des aéroports et des gares, et "le second interdit aux magasins d’avoir leurs portes ouvertes alors que la climatisation et le chauffage fonctionnent", a dit la ministre au Journal du Dimanche (JDD), ce qui entraînerait jusqu’à 20% de consommation de plus.

Des villes comme Bourg-en-Bresse, puis Lyon, Besançon et Paris ont pris des arrêtés municipaux depuis mi-juillet, alors que la France a connu une canicule exceptionnelle, pour que les magasins climatisés ferment leurs portes, sous peine d’amende.

Le gouvernement prévoit de généraliser cela à tout le pays, avec jusqu’à 750 euros d’amende. Mais il misera dans un premier temps sur la sensibilisation des commerçants.

Chasse à la consommation inutile

Quant à la publicité lumineuse, la réglementation actuelle distingue les agglomérations de plus ou moins 800.000 habitants : elle est interdite entre 1 heure et 6 heures du matin en France dans celles de moins de 800.000 habitants. Dans celles plus peuplées, les règles dépendent du règlement local de publicité (RLP) s’il en existe un. La loi actuelle oblige aussi déjà à éteindre les enseignes lumineuses et les vitrines des magasins à partir de 1h du matin. Des contrôles et des sanctions – jusqu’à 1500 euros, sont prévus.

Des dispositions réglementaires qui s’ajoutent au fait qu’en France, les géants de la distribution (Auchan, Carrefour, Casino, Franprix, Intermarché, Leclerc, Les Mousquetaires, Lidl, Monoprix, Picard, Super U notamment) ont déjà signé préventivement le 18 juillet un accord misant sur des mesures de réduction de leur consommation énergétique en vue de l’hiver prochain et ses inquiétudes sur l’approvisionnement électrique.

Entrée en vigueur au 15 octobre. Extinction des enseignes lumineuses dès la fermeture, réduction de l’éclairage, du renouvellement d’air, voire baisse de la température et décalage de la production de glace de refroidissement.

De quoi permettre aux industriels de réduire aussi leurs propres factures d’énergie pour empêcher une répercussion trop importante sur les prix pour les consommateurs. La facture électrique représentait déjà 30% du résultat net des enseignes avant les récentes envolées des coûts de l’énergie. "En prévision d’un manque prévisible d’électricité, E. Leclerc et ses concurrents ont décidé d’être fourmis", et non des cigales, a ainsi écrit sur son compte Linkedin le président du comité stratégique des centres E. Leclerc, Michel-Edouard Leclerc.

La Fédération des acteurs de la distribution Perifem veut croire que ce protocole pourra servir "de base à l’ensemble des fédérations du commerce et de la distribution pour la généralisation de ces mesures", qui leur seront présentées lors d’une réunion le 26 juillet.

Toujours rien chez nous

Pas de grandes décisions pour le moment. Certes le 15 juillet, le gouvernement fédéral a approuvé un plan qui doit permettre au pays de passer l’hiver sans encombre sur le plan énergétique et de se montrer solidaire avec ses voisins, mais c’est tout. Et côté citoyens, le Premier ministre Alexander De Croo s’est contenté, si l’on ose dire, de lancer un appel à plus de sobriété dans la consommation d’énergie.

"Si nous voulons passer le cap de l’hiver et aider d’autres pays à le faire, on le fera grâce à une coopération entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Mais on a tous un rôle à jouer. Si on consomme moins, cela aura un impact. Je voudrais inviter chacun à consommer de manière rationnelle", a-t-il déclaré alors. Il l’a encore redit dans ses différentes interviews dans la presse écrite de ce week-end.

Que chacun envisage dès lors de relire ses gestes du quotidien pour économiser ce qui peut l’être, la meilleure économie demeurant l’énergie qui au final n’est pas consommée…

C'est ce que pense le SNI, syndicat neutre pour indépendant, et son secrétaire général, Christophe Wambersie qui n'est pas demandeur de règlements et d'interdits avec les sanctions financières qui y seraient liés : "nous partons du principe que les indépendants et particulièrement les commerçants, vu l'explosion de leur facture énergétique qui a doublé voire triplé pour certains, ont déjà pris les mesures de bon sens, de rationalisation. Quand un chef d'entreprise voit un poste de dépense exploser, la première chose qu'il fait, c'est de réduire sa dépense ou en tout cas de la maîtriser". En ce qui concerne les portes qui restent ouverte, le SNI considère que le petit commerce indépendant n'est pas visé : "ce sont des d'avantage des techniques marketing utilisées par la grande distribution qui généralement pense attirer le chaland en laissant les portes ouvertes. Nous avons mené une étude auprès des commerçants indépendants en ce qui concerne le chauffage et nous avons constaté que la toute grande majorité maintenait les portes fermées et laissait la clientèle les pousser pour accéder au magasin"

Et côté grande distribution, justement, pour l’heure pas de grandes annonces non plus. Aucune mesure ni protocole spécifiques pour l’instant à l’ordre du jour. Ainsi Comeos, la fédération des entreprises belges de distribution, rappelle que "la consommation d’énergie est une préoccupation constante pour les supermarchés et les chaînes belges. Un plan spécifique de mesures d’économie d’énergie dans l’ensemble du secteur n’est donc pas actuellement en discussion".

Et d’ajouter que "Le gouvernement fédéral nous confirme qu’il ne voit aucune raison de lancer un avertissement aujourd’hui". On verra si le ton change à la rentrée…

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