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Soccer Mommy : "La sensation d’exister en tant qu’humain·e revient beaucoup dans cet album"

01 juil. 2022 à 16:02Temps de lecture4 min
Par Guillaume Scheunders

Deux années après son album Color Theory, qui l’a dynamitée parmi les grands du genre (elle a ouvert pour Phoebe Bridgers, Mitski et même chanté pour Bernie Sanders), l’Américaine Soccer Mommy revient avec un nouvel album, Sometimes, Forever. Un disque qui devrait la délivrer de son statut d’espoir et asseoir un peu plus son succès, elle qui vient d’avoir 26 ans. Rencontre avec Sophie Allison.

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C’est d’une chambre d’hôtel dublinoise que la chanteuse et musicienne nous répond. Elle qui n’avait pas pu fouler un autre sol que celui des États-Unis pendant près de deux ans savoure le début d’une nouvelle tournée – gigantesque – à travers le monde. Et alors qu’il avait été un peu mis en pause, son rêve continue. “Je profite énormément, j’adore voyager, donc c’est un peu un rêve devenu réalité. J’aspire à faire ce métier depuis que je suis toute petite, c’est encore parfois difficile à réaliser.” Et si le concert prévu dans la capitale irlandaise, où elle partageait l’affiche avec HAIM, a été annulé, pas de tracas. Ça lui donne l’occasion de profiter un peu plus des jours suivant la sortie de son disque. “Je ne suis pas trop en phase avec les réseaux sociaux, les chroniques, etc. J’en suis contente, on me dit qu’il sonne vraiment bien, même si je sais que personne ne me dira vraiment s’il est horrible.” Et nous ne serons pas les premiers à le faire.

Sometimes, Forever voit l’écriture de Soccer Mommy passer un cap. La native de Zürich aborde la condition humaine dans son ensemble, que ce soit en passant par les inégalités sociales, la société de manière globale, l’amour et surtout le sentiment profond d’humanité, ou, a contrario, d’inhumanité. Un morceau comme newdemo fait notamment écho à ces thématiques. Et hasard du calendrier, les États-Unis, qui creusaient déjà beaucoup dans les questions d’injustice, se sont approchés dangereusement du fond lorsque les membres de la Supreme Court ont voté l’interdiction de l’avortement dans plusieurs états. Donnant aux paroles de la chanson encore un peu plus de sens. “J’ai eu l’occasion de jouer quelques-uns de ces sons après que ça soit arrivé. Notamment newdemo où le premier couplet est poignant. C’est étrange et bouleversant de voir que je voulais représenter des monstres, des méchants un peu comme dans un film ou dans une société futuriste, mais qu’en fait ça fait penser au monde moderne. C’est particulier de voir que le monde se rapproche de plus en plus d’une situation exagérée que j’avais imaginée.” Comme beaucoup, Soccer Mommy voit sa musique comme un vecteur d’une pensée plus juste, plus ouverte, mais elle perçoit tout de même des limites aux chansons de protestation. "Je n’ai aucun problème à mentionner des causes de justice sociale avec ma musique, mais je me sens parfois inconfortable à l’idée de faire du profit sur leur dos et attirer l’attention. Mais je pense que c’est toujours une bonne idée de donner des bénéfices pour une bonne cause, que ce soit du merchandising ou d’une chanson. Ou même d’en parler personnellement."

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Humaine

Et si le contexte sociétal semble peu propice à créer des morceaux qui donnent la banane, il y a du positif à retirer et des axes de réflexion intéressants à déceler. C’est de là qu’est partie Sophie Allison pour écrire son album, réfléchissant à sa condition d’humaine. "Je pense que juste la sensation d’exister en tant qu’humain est quelque chose qui revient beaucoup dans cet album. Je mets beaucoup cela en lien avec le fait de se sentir éloigné de son humanité, avec le monde, se sentir “déshumanisé” et toutes ces choses qui forment le cœur de ce que nous sommes." Elle a exposé une vision de l’amour dans Shotgun ou Bones, évoqué le suicide de l’écrivaine Sylvia Plath dans Darkness Forever ou s’est même comparée à son vieux pick-up dans le très métaphorique Feel It All The TimeSometimes, Forever est entièrement à propos d’acceptation. Avec cet album, on sent qu’elle a réussi à s’accepter elle-même. Et elle en est satisfaite. "Je pense que je n’ai jamais pris du recul sur un de mes albums en me disant que je n’avais pas réussi à dire ce que je voulais. Et spécialement avec celui-là. Je trouve qu’il est vraiment au niveau supérieur par rapport aux précédents, dans le sens où j’ai pris toutes ces émotions, ces ambiances ou ces histoires pour en faire des morceaux profonds, nivelés, qui te procurent une émotion en plus de deux dimensions. C’est comme avoir du beau et du moche, de l’amour et la mort ou l’espoir et la défaite, qui existent dans le même espace. Selon moi, j’ai bien réussi à créer cela."

Sophie Hur

Le secret ? La production

L’un des aspects de la musique de Soccer Mommy qui peut frapper (dans le bon sens du terme), c’est cette propension à créer des albums qui existent comme une masse uniforme entière, mais remplis de morceaux qui pourraient se suffire à eux-mêmes. C’était vrai pour son précédent album, Color Theory, ça l’est encore plus pour celui-ci. Allison polit ses albums jusqu’à ce qu’ils soient des ensembles parfaits, au point de pouvoir les écouter en boucle sans être forcément lassé. La chanteuse de Nashville travaille énormément la production, au moins autant que l’écriture. Mais pour être sûre de faire mouche, elle s’est bien entourée puisqu’on retrouve un certain Daniel Lopatin, a.k.a Oneohtrix Point Never (récemment derrière l’album Dawn FM de The Weeknd), un magicien dans son domaine à l’heure actuelle. Et qui dit magicien, dit magie… "Quand j’ai envoyé les démos pour cet album, il y avait beaucoup de morceaux complètement différents des autres. C’est clair que Darkness Forever ou Unholy Affliction sont bien distincts de Bones ou Shotgun. Mais on voulait avoir une qualité sonique qui rendait un peu comme un vieux disque de rock où l’on puisse ressentir la magie du studio. On avait envie d’avoir ça, mais aussi la qualité et le paysage sonores qui rassemblent tous les sons."

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Dans Sometimes, Forever, Soccer Mommy jongle entre pop, rock, shoegaze, americana ou même country, sans toutefois jamais se perdre. C’est évidemment son meilleur album à ce jour, constant, cohérent et assez frais. Elle qui voit la musique comme une réflexion solitaire l’aura très bien prouvé ici. Seul regret : on aimerait tant voir un featuring Soccer Mommy X Équipe de Foot. Mais ça, ça restera sûrement un fantasme. En attendant, on se prépare pour l’accueillir le 17 septembre au Botanique.

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