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Somme-Leuze part en guerre contre ses ratons laveurs

Le raton laveur / Mignon mais nuisible

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15 juil. 2020 à 08:05 - mise à jour 15 juil. 2020 à 09:11Temps de lecture3 min
Par Arnaud Bruckner

"Un jour, vers cinq heures du matin, mon compagnon a vu un raton laveur dans notre jardin, qui avait renversé les poubelles et était en train de s’y servir. Il a fallu taper plusieurs fois sur le carreau pour le faire fuir, car il n’a peur de rien", explique Stéphanie Lobet, une habitante de Somme-Leuze, "Je dois désormais fixer le couvercle de mes poubelles avec des élastiques, pour que le raton laveur ne vienne pas les déchiqueter". Stéphanie habite là depuis plus de six ans, et elle n’avait jamais observé le passage de ratons dans son jardin.

Si la population actuelle de ratons laveurs en Belgique est impossible à chiffrer, les acteurs de terrain constatent une réelle augmentation. "J’ai plus de demandes qu’avant, mais pas nécessairement de personnes qui en ont observé, mais plutôt quand ils causent des dégâts. Ce sont surtout les dégâts qui vont faire que j’ai des demandes. L’observation, pas tellement, parce que les gens le trouvent mignon", confirme Pierre Henrot, le régulateur de nuisibles engagé par la commune, "Depuis deux ans, les demandes explosent en Famenne-Ardenne".

Des dégâts sur les habitations et la biodiversité

"Le raton laveur est considéré comme une espèce exotique et envahissante : exotique car les populations viennent, à l’origine, d’Amérique du Nord, via l’Allemagne et la France où elles ont été relâchées par l’homme ; et envahissante car les populations peuvent être assez importantes à proximité des agglomérations", explique l’experte Vinciane Schockert, chargée de mission mammifères pour le partenariat SPW-ULiège. "Au départ, on peut trouver l’animal mignon, mais il faut arrêter avec cette sensiblerie-là".

D’autant que les ratons laveurs ont également un impact sur la biodiversité locale, en prédatant certaines espèces, parfois rares, comme la cigogne noire ou certains autres oiseaux.

Pierre Henrot, le régulateur de nuisibles engagé par la commune, explique également qu’on constate aussi "d’importants dégâts dans et autour des habitations : ils rentrent dans les greniers et vont détruire l’isolation ; ils passent par les chatières et s’ils rentrent dans une cuisine ou une buanderie, c’est le carnage ; ils peuvent faire aussi beaucoup de dégâts dans les poulaillers".

Les ratons laveurs restent à proximité des maisons notamment à cause de la nourriture laissée à l’extérieur. "Souvent, on met l’écuelle pour le chat dehors, et le raton vient s’y servir. Il revient ensuite de plus en plus fréquemment. Pour éviter ça, il vaut mieux rentrer la nourriture qui est à l’extérieur, surtout la nuit. Et il ne faut surtout pas l’apprivoiser, et le nourrir volontairement, sinon le problème va s’aggraver", conseille également Vinciane Schockert.

Un premier budget de 1000 euros

Autant de causes qui ont poussé la bourgmestre de Somme-Leuze, Valérie Lecomte (MR), à attribuer un marché public à un professionnel du secteur. "Une entreprise locale a été désignée pour la capture de ces ratons laveurs et l’abattage. Nous nous sommes renseignés auprès de notre agent DNF, qui nous a expliqué qu’il n’y a pas énormément de solutions : c’est un animal qui n’est pas protégé, qui est invasif, et donc la solution ultime est de tuer cet animal. Nous souhaitons qu’il soit capturé dans de bonnes conditions, et abattu dans des conditions acceptables".

L’enveloppe communale est actuellement d’un millier d’euros, "mais pourra évoluer", explique la bourgmestre. "J’ai estimé que ce n’était pas au citoyen de prendre les coûts en charge", ajoute-t-elle.

Les piéger, puis les abattre

La tâche du régulateur de nuisibles, dans les prochaines semaines, sera de piéger les ratons, à la demande des habitants qui le souhaitent. "Avec une cage spécifique dotée d’un appât, on piège le raton. Lorsqu’il se saisit de l’appât, la cage se referme, et le raton est piégé. C’est le seul moyen légal en Belgique, car les pièges tuants sont interdits". Ensuite, une fois attrapé, "il sera abattu, c’est la loi puisqu’il est classé espèce invasive en Wallonie, et ensuite la carcasse sera traitée par une société spécialisée".

Une solution qui n’est pas du goût de tous. Si Ysmahan Ben Amara habite Somme-Leuze depuis 2017, c’est le premier été durant lequel elle a l’occasion de voir des ratons laveurs dans son jardin. "J’ai vu tout une famille dans mon jardin, sûrement une maman avec ses cinq petits", explique-t-elle, "C’était très beau. D’autant plus, quand on voit des petits comme ça, moi je ne pourrais pas les faire mettre en cage, en sachant que c’est pour les éliminer un peu plus loin".

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