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Environnement

Sommes-nous en train de dépasser toutes les limites planétaires ?

La question du jour

Sommes-nous en train de dépasser toutes les limites planétaires ?

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Une étude parue dans la revue "Nature" révélait il y a quelques jours que l’humanité avait franchi la sixième limite planétaire. Une sixième limite sur neuf, établies par les scientifiques, qui concerne cette fois le cycle de l’eau douce. Mais que signifient ces "limites", est-on déjà au bord de la catastrophe planétaire ? Déclic a tenté d’y voir clair.

Des "limites" définies en 2009.

Les "limites planétaires" ou "Planetary Boundaries" (en Anglais), c’est un concept qui a été défini en 2009 par 26 chercheurs internationaux, dont un Belge : le géographe de l’UCLouvain Eric Lambin qui nous en explique le principe : "ce concept est apparu lors d’un workshop de scientifiques spécialisés dans les changements environnementaux, en Suède. Notre préoccupation était de définir ces changements environnementaux de manière non-normative, c’est-à-dire indépendamment des options politiques, sociales, culturelles… Simplement définir quels sont les facteurs biophysiques qui, s’ils changent, vont faire de notre système terrestre un environnement moins favorable au développement de l’humanité.

On sait que notre planète est un système complexe régi par toute une série d’interactions entre le climat, les océans, l’atmosphère, la biosphère… Il y a des dynamiques physiques, chimiques, biologiques qui, depuis l’origine de notre planète, ont fortement varié mais qui ont abouti, depuis environ 11.000 ans, à une forme d’équilibre assez stable qui a permis le développement de l’humanité. C’est l’ère géologique qu’on appelle "l’Holocène". En 2009, ce qu’ont voulu faire les scientifiques, c’est donc caractériser et objectiver les conditions qui permettent cet équilibre très propice à la vie des humains sur terre et définir les limites à respecter pour maintenir cet équilibre.

9 limites dont 6 déjà dépassées

Sur ces 9 limites, 6 sont aujourd’hui déjà considérées comme dépassées.

  • Le réchauffement climatique : l’objectif était de ne pas dépasser les 350 ppm (parties par million), aujourd’hui on est à 412 ! Limite donc dépassée.
  • La biodiversité : La limite théoriquement fixée était un taux d’extinction maximum de dix espèces sur un million par an. Or, le taux actuel d’extinction planétaire s’établit entre cent et mille espèces sur un million, par an.
  • La concentration de phosphore dans les océans : L’enjeu est que la quantité de phosphore qui est déversée dans les océans soit 10 fois inférieure au lessivage naturel du phosphore. Aujourd’hui, on est déjà deux fois plus haut que la quantité considérée comme limite.
  • L’eau douce, dont le cycle est aujourd’hui perturbé par son utilisation massive pour l’agriculture, l’industrie, les usages domestiques… Selon une étude toute récente, il faut considérer que cette limite est également franchie.
  • Les deux autres limites dépassées concernent l’occupation des sols et l’introduction de nouvelles substances dans l’environnement.


C’est grave docteur ?

Faut-il pour autant considérer qu’avec déjà 6 limites franchies, on court à la catastrophe ? Le professeur Eric Lambin nuance "Je préfère parler de frontières, plutôt que de limites. Il faut les considérer un peu comme les limites d’un terrain de jeu. Si on sort du terrain, ce n’est pas nécessairement la catastrophe, mais il convient d’y re-rentrer au plus vite, faute de quoi c’est tout l’équilibre de notre système qui pourrait être menacé".

Ce sont donc en quelque sorte des "voyants rouges" qui s’allument. Ils ne signifient pas qu’on est déjà au point de bascule mais que l’on s’en approche. Il n’en reste pas moins qu’avec 6 limites ou frontières franchies sur 9, le risque d’emballement est réel pour 3 raisons :

  1. Ces frontières interagissent entre elles. Si nous avons de la déforestation, il y a moins de carbone capturé, la terre se réchauffe et la biodiversité en pâtit. Ce cercle vicieux fait que l’on va avoir de plus en plus de mal à revenir dans les limites du terrain de jeu, de préserver l’équilibre de l’Holocène.
  2. Il y a une grande inertie au système. Pour faire demi-tour et revenir dans les limites, il va falloir des dizaines d’années. Or, sur toute une série de points nous ne sommes pas du tout en train d’inverser la tendance.
  3. Sur certains points, dans certains lieux, nous sommes déjà bien au-delà des limites, à de vrais points de bascule. Un seul exemple, cité par Eric Lambin : "Prenez les forêts boréales, la forêt amazonienne qui étaient jusqu’ici des puits de carbone, elles sont en train de devenir… des sources de carbone". Un voyant plus que rouge qui souligne la nécessité d’agir vite.

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