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Sommes-nous véritablement en guerre ?

Les coulisses du pouvoir

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07 sept. 2022 à 06:51 - mise à jour 07 sept. 2022 à 07:23Temps de lecture3 min
Par Nicolas Vandenschrick

Depuis le début de la semaine, certains dans la presse nous disent "en guerre". Une guerre énergétique, une guerre stratégique, surtout, contre la Russie. Il convient donc de se poser la question. Sommes-nous, véritablement, en guerre contre la Russie ?

Première réponse. Non. Nous ne sommes pas en guerre. Pas plus que nos voisins européens d’ailleurs ne le seraient. Ceci n’est pas une guerre. L’Ukraine, elle, est en guerre. Elle subit une invasion de son territoire. Elle se défend, et même si Vladimir Poutine refuse de l’admettre, interdit même qu’on le dise, c’est lui qui a déclenché cette guerre.

Au passage, l’AIEA l’a fait savoir hier, cette guerre pourrait virer au pire si une zone de sécurité n’est pas établie autour de la centrale nucléaire de Zaporijia.

Pourquoi alors, la presse agite-t-elle ce terme de guerre ? Ça n’est pas le genre d’expression qu’on brade. Il arrive qu’on titre sur une guerre des prix, une guerre des gangs ou une guerre des nerfs… En foot, les commentaires aiment parfois évoquer une guerre des goals, mais une guerre véritable, avec victime, violence et combat, il est rare – rarissime même – que nos journaux en agitent la réalité à propos de la Belgique. (Tant mieux ! )

Ceci n’est pas une guerre

Nous agissons avec l’Ukraine comme avec un allié – soutien et envoi d’arme – et la Russie agit à notre égard – à l’égard de l’Europe, comme avec un ennemi. Ce n’est pas juste une tocade des éditorialistes belges. La Suisse – qui a toujours soigneusement évité la guerre, se demande ces jours-ci si elle ne devrait pas repenser les contours de sa "neutralité".
Histoire d’éviter les foudres russes, avancent certains. Histoire de rester du bon côté de l’autre, plaident les autres…

Hier encore, la Russie était un partenaire commercial, se voyait comme un fournisseur solide de l’Europe. Bâtir un ouvrage comme le gazoduc Nord Stream (1200 kilomètres de tuyau, l’équivalent d’un trajet Bruxelles-Perpignan, on ne conçoit pas cela pour le plaisir…) Aujourd’hui, elle préfère brûler son gaz en torchère plutôt que de nous le vendre. Ou, via la liquéfaction, elle en exporte une partie en Chine, qui – l’époque n’est pas à un paradoxe près – Chine qui nous le revend ensuite.
Cette même Russie déclare d’ailleurs, que c’est en raison des sanctions européennes si elle est obligée de fermer Nord Stream 1, sanctions qui bloqueraient une turbine, quelque part en Allemagne.
L’Argument a été contredit par la visite du Chancelier Scholz auprès de l’usine allemande de Siemens, là précisément où se trouve la turbine, prête dit-il à être expédié en Russie…
Cela n’est pas une guerre, puisque nous continuons à discuter avec le Kremlin et qu’il s’emploie à trouver des prétextes pour justifier ces actes. Mais, ces actes justement, ressemblent de plus en plus à ceux que l’on adresse à un belligérant.

Etre en guerre, ça change quoi

Personne ne souhaite constater cet état de quasi-guerre. Parce que cela changerait beaucoup de choses. Cela force tous – et chacun à faire de nouveaux efforts. Oui, des efforts (après le Covid, après le confinement, après l’explosion des prix), encore des efforts.

Evoquer cette guerre, pour la presse, c’est aussi esquisser les conséquences qui vont en découler. L’obligation pour les autorités d’aller à l’essentiel. Sauver les plus faibles. S’appuyer sur les plus solides pour fournir l’effort. Et rien n’indique d’ailleurs que la population ne soit pas prête à l’entendre.
Ce qui semble plutôt faire défaut – à en croire ces journaux - c’est le message politique reconnaissant officiellement cette situation.
Ce courage de dire, "bien malgré nous, nous sommes sur le sentier de la guerre, et il faut se préparer au pire…"

Alexander De Croo – oui – a alerté sur les difficiles hivers à venir, mais visiblement, ces collègues ne l’ont pas entendu,
Et c’est cela sans doute qui manque, la confirmation que nos élus ont saisi exactement la gravité du moment.

Entendre le président du conseil – Charles Michel – critiquer l’inaction de la Commission européenne. Entendre, Ecolo et le MR s’embrouiller. Entendre, de Flandre, la N-VA accusé l’Etat de faillite. Cela laisse une étrange impression. D’autant plus étrange quand d’autre dirigeant européen font eux preuve de plus de courage.

"Préparons-nous à ce que la Russie ne reprenne pas – de l’hiver – ces livraisons de gaz à l’Europe" a prévenu, en substance le Premier ministre espagnol. Sans doute est-ce cela que la presse veut dire.
Préparons-nous à la guerre, précisément pour parvenir à l’éviter.

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