Guerre en Ukraine

Sommet européen : la situation actuelle "va au-delà d’un simple conflit entre deux pays membres des Nations Unies"

L'invité de Matin Première : François Roux

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10 mars 2022 à 09:00Temps de lecture4 min
Par David Manfredini, sur base de l'interview de Thomas Gadisseux

Ce jeudi 10 mars, se tient un sommet européen à Versailles. La question de l'Ukraine y sera évidemment centrale. Les différents leaders européens vont tenter de répondre d’une seule voix à la crise causée par la guerre.

L'impact de cette rencontre sera-t-il politique ou économique ? Pour François Roux, l'invité de Thomas Gadisseux sur La Première, ce sommet arborera quoi qu'il en soit une dimension symbolique. Fin connaisseur des arcanes européens, le haut diplomate a notamment été le chef du cabinet du président du conseil européen, Charles Michel. Il a tenté de revenir sur les différents enjeux de ce sommet européen, sur l'importance du choix du lieu et sur l'avenir possible de l'Union européenne.

Un tournant historique

C'est il y a désormais plus de 100 ans, plus précisément le 28 juin 1919, qu'a été signé le fameux traité de Versailles. Ce traité de paix entre les Allemands et les alliés a marqué la fin de la première guerre mondiale. C'est également là que se situait le siège de la monarchie absolue française. C'est donc dans ce lieu particulièrement symbolique que se tient le sommet Européen.

Pour François Roux, ce sommet de Versailles pourrait entériner une étape supplémentaire dans la transformation de l’Union européenne vers quelque chose qui se rapproche davantage d’un acteur global : "Cela se manifeste d’une part par le financement au niveau européen d’une aide militaire à l’Ukraine, d'environ 500 millions d’euros, et d’autre part par un paquet de sanctions qui a été durci 2 ou 3 fois de suite, sans précédent."

Pour le diplomate, le message que veut envoyer l'Union européenne est clair : "Poutine agresse l’Ukraine : l’union assiège l’économie russe, qui est le point faible de monsieur Poutine."

Maintenir l’unité et la détermination des 27

Après la mise en place de premières sanctions, l'Europe a finalement passé un premiers cap en fournissant des armes létales à l'Ukraine. Une des grandes difficultés sera désormais de maintenir l’unité et la détermination des 27 malgré les éventuelles répercussions économiques et militaires.

"C’est toute la question de l’impact", explique François Roux. "La riposte, qui était relativement inattendue, est venue rapidement et elle est massive, mais elle est de nature économique. Ça va nous faire mal aussi."

Il ajoute : "Il est difficile de dire si cette riposte déclenchera une escalade ou si, au contraire, elle engendrera un rapport de force qui sera favorable au camp occidental. Une des choses tout à fait essentielles sera de maintenir l’unité et la détermination des 27. Deuxièmement, il faudra trouver une issue à cette crise. Monsieur Poutine est déjà en train de perdre cette guerre, mais le problème, c’est qu’il faut trouver une porte de sortie une fois qu’on a atteint un rapport de force satisfaisant."

La diplomatie est ainsi plus nécessaire que jamais. Le diplomate insiste sur le fait que tous les dialogues et toute la diplomatie mise en œuvre aujourd’hui doivent être maintenus. C'est désormais un mouvement d'ensemble qui doit être mené. 

"Il y a de multiples acteurs qui sont à la manœuvre, pas seulement européens. Il faut bien comprendre que ce n’est pas une compétition. il y a un mouvement de la communauté internationale dans son ensemble. Il y a une remise en cause du système international. La chose va au-delà d’un simple conflit entre deux pays membres des Nations Unies. Il y a une dimension internationale suffisamment inquiétante pour engendrer des missions de médiation à différents niveaux."

"Il faut réformer l’élargissement" de l’Union européenne

Avec l'apparition du conflit entre l'Ukraine et la Russie, les rapprochements entre certains pays proches de la Russie avec l'Europe se sont fait plus pressants. François Roux estime que la demande d'adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie sont parfaitement légitimes : "Il va falloir leur donner un signal politique. Le point figure d’ailleurs à l’ordre du jour du Conseil européen." 

Cette possible adhésion soulève cependant un certain nombre de problèmes, notamment celui de l'élargissement de l'Union européenne : "Lélargissement, c’est un processus très bureaucratique. Il y a un souci sur le fonctionnement d’une union qui compterait plus de trente membres. Par conséquent, il faut, à un moment donné, au-delà d’un signal politique qui doit se prendre dès maintenant, réfléchir à améliorer le processus d’élargissement, avec des tempos différents." 

Une forme d’Europe "différenciée" serait donc selon le diplomate à envisager : "Cela donnerait des droits et des devoirs un peu différents aux Etats membres qui adhèrent, avec peut-être aussi un mécanisme "ex post", c’est-à-dire qu’une fois que l’Etat membre est entré dans l’Union, il y aurait un contrôle ex post pour qu’il observe bien les règles auquel il s’était soumis."

"L’Union européenne a gagné du galon"

Ce sommet européen est par ailleurs historique de par sa rapidité de mise en place, explique le diplomate. "L’Europe n’a pas été conçue pour faire face à des crises et il y en a eu trois successives. Celle des subprimes en 2008, celle du Covid et celle à laquelle on assiste maintenant. Ce qui est frappant, c’est de voir que c'est chaque fois un choc extérieur qui a fait avancer l’Europe et qu’à chaque fois on est allé plus vite."

Il ajoute : "Le temps que l’on a mis à régler le problème de la crise des subprimes a été beaucoup plus long que celui que l’on a mis à gérer le Covid [...] et ici la réponse a été immédiate. Il y a une amélioration, on peut dire que l’Union a gagné du galon."

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