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Chronique littérature

Sophie Creuz présente son coup de cœur de la rentrée littéraire : "Lumière d’été puis vient la nuit" de Jon Kalman Stefansson

Sophie Creuz fait sa rentrée littéraire et a sélectionné un roman parmi les quelque 511 titres de cette rentrée. Elle nous présente "Lumière d’été puis vient la nuit" de l’auteur islandais Jon Kalman Stefansson.

En plein dans la littérature nordique

C’est un nom qui parle à ceux qui aiment la littérature nordique. Il faut dire que l’Islande compte de nombreux excellents auteurs. Peut-être est-ce dû aux longs hivers à meubler, à l’ennui favorable pour percevoir ce que dissimule la nuit, les morts inexpliquées, les fantômes, mais aussi les désirs qui couvent sous la neige. Le fait est que ce livre est plein de désirs brûlants.

Nous sommes dans un gros village dans les fjords de l’ouest dans lequel il ne se passe rien, entre les fermes isolées, la poste, la salle des fêtes, le snack et l’épicerie. Rien, sauf pour un écrivain tel que Jon Kalman Stefansson qui entend ce qui se tait ou qui bouillonne dans les cœurs et dans les têtes de ces hommes et de ces femmes.

Une chronique villageoise faite de fantasmes et de frustration

Un village à l’image de notre univers à tous, avec ses fantasmes, ses frustrations, ses audaces et puis ses renoncements. Le roman nous fait découvrir la vie du directeur d’une petite entreprise de tricot qui n’aime que le latin et l’astronomie, de sa femme, d’une rousseur qui enflamme les solitaires, et puis de deux employés de coopérative que les hasards de l’existence ont figés là alors qu’ils sont faits pour le grand air ou la musique. D’autres encore qui sous une vie routinière se révèlent être, grâce au talent de l’auteur, des êtres remarquables, doués pour le bonheur, généreux ou maladroits, téméraires ou empêchés mais qui ont tous des joies et des trésors à donner.

Le portrait de la condition humaine

C’est le portrait de la condition humaine et de notre époque aussi qui a perdu le sens de la mesure, de l’insignifiance, des petits bonheurs, de la douce routine, de la beauté des saisons. Tout ce que ressuscite cet écrivain attentif aux plaisirs ordinaires, à la sensualité de la vie, avec un sens du phrasé qui relie tous ces personnages dans une sorte d’épopée.

Qu’est-ce qu’une vie réussie se demande-t-il au fond ? Peut-on être heureux dans un trou paumé où il ne se passe jamais rien ? "Et bien sûr qu’il se passe des choses" répond Elisabet qui n’en est jamais partie.

Le temps change constamment, le ciel s’agite, on dirait parfois qu’il penche, et l’aube n’arrive jamais de la même manière.

Vous verrez si vous le lisez, qu’il en va de même des êtres, chaque portrait, chaque visage, chaque destinée de ce roman est dérisoire et exemplaire en même temps, et c’est la merveille de ce livre qui aère l’esprit et nourrit le cœur. Il nous réapprend à voir les hauts faits de nos toutes petites vies et les menus bienfaits qui la remplissent. Avec un humour, une finesse, une bonté qui n’a d’égal que son sens narratif.

Ce livre-là est le coup de cœur de la rentrée de Sophie Creuz.

"Lumière d’été puis vient la nuit" de Jon Kalman Stefansson paru aux éditions Grasset, traduit de l'islandais par Éric Boury.

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