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Sorry : Au top de l'indie rock britannique

Sur son deuxième album, Sorry compile les meilleurs plans du rock alternatif britannique.

© Iris Luz

23 oct. 2022 à 11:08Temps de lecture5 min
Par Nicolas Alsteen

Présenté comme un album centré sur Londres, "Anywhere but Here" est surtout une bonne excuse pour partir à la rencontre des gens, décortiquer les relations humaines et recoller les morceaux des petits cœurs brisés dans la capitale anglaise. Toujours branché rock indé, le deuxième essai de Sorry s’expose désormais à des mélodies ultra pop. À chanter en chœur. Comme Asha Lorenz et Louis O’Bryen.

Apparu à Londres quelques mois avant la mise à l’arrêt du monde, en mars 2020, Sorry se présente alors sous la forme d’un duo. Pas en couple, mais amis pour la vie, Asha Lorenz et Louis O’Bryen s’échangent des mots doux derrière le micro. Dans une ambiance mélancolique et terriblement électrique, leur premier album, numéroté "925", goûte aux joies d’un rock artisanal, suave et légèrement déviant. Sorti juste avant le confinement, ce disque s’inspire librement des idées développées en d’autres temps par The Kills ou The Beta Band, tout en buvant des coups devant la scène du Windmill, un club de Brixton devenu le centre névralgique d’une communauté artistique. Shame, Fat White Family, Black Country, New Road, Goat Girl ou Black Midi, tous, ont pris racine ici. Pour donner de la substance aux morceaux enregistrés sur “925”, Sorry s’entoure de nouvelles têtes. "Nous avons fait la connaissance du bassiste Campbell Baum en traînant au Windmill", retrace le guitariste et chanteur Louis O’Bryen, assis avec JAM. et un verre de vin dans un bar bruxellois. "Notre batteur, Lincoln Barrett, est un bon pote d’Asha. Depuis peu, notre groupe s’est encore élargi avec l’arrivée du claviériste Marco Pini. C’est le petit nouveau. Mais, dans les faits, c’est un vieux pote d’enfance." Duo métamorphosé en quintet, Sorry cultive l’esprit d’équipe et le beau jeu pour esquisser les bases de son deuxième essai. Le nouveau "Anywhere but Here" marque une transition. Mieux arrangé, mieux produit, cet album met la mélodie au cœur des opérations.

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Londres en mutation

L’extension progressive de la formation va de pair avec une évolution des chansons. "Asha et moi apportons les maquettes des morceaux en studio. Mais nous tenons à impliquer les autres musiciens dans le processus créatif. Cela apporte de la fraîcheur à notre proposition." Infusé de particules électroniques, de nappes synthétiques et de mélodies électriques, le nouvel album de Sorry explore les rues de Londres avec, pour objectif, de prendre le pouls de la ville. "Il ne s’agit en rien d’une cartographie de la capitale anglaise", précise Louis O’Bryen. "Avec ce disque, nous cherchons plutôt à comprendre comment les gens interagissent entre eux au cœur de la cité. Ces dernières années, avec le Brexit et la pandémie, la ville a beaucoup changé. Cela affecte nécessairement le comportement des personnes qui y vivent. De notre côté, nous avons aussi évolué. Notre regard sur la vie citadine n’est plus le même qu’avant. Nous sommes bien plus conscients de certaines réalités socio-économiques. Il y a quelques années, par exemple, ma grande sœur vivait du côté de Camden Town, le quartier dans lequel traînait Amy Winehouse. C’est là que les Libertines ont vu le jour. Désormais, il n’y a plus d’artistes là-bas. C’est terminé. La gentrification a totalement remodelé le profil de la population locale… La ville de Londres est comme nous : elle change. La naïveté qui caractérisait notre premier album a laissé place à des morceaux moins idéalistes, mais beaucoup plus concrets."

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L’effet Domino

Géolocalisée au cœur de l’album, la capitale anglaise s’est désolidarisée de l’Union Européenne au lendemain d’un référendum historique. "À Londres, la population était globalement opposée au Brexit", souligne Louis O’Bryen. "Les gens ont d’ailleurs l’impression que cette décision a été prise par ailleurs, à la légère, dans les autres villes. C’est un ressentiment qui persiste aujourd’hui encore... De nombreux Londoniens se sentent coincés, comme pris au piège. Avant, les ados pouvaient, sur un coup de tête, bouger en Espagne, en Italie ou en Belgique. Cette impression de liberté se heurte à présent à de multiples obstacles... Pour nous, les artistes, cette décision politique a changé la donne. Tourner en dehors de l’Angleterre, c’est devenu extrêmement compliqué. Heureusement, avec Sorry, nous avons la chance d’être soutenu par un label comme Domino (Arctic Monkeys, Wet Leg, Hot Chip, Ndlr). Mais pour les groupes émergents, en autoproduction ou signés sur de petits labels, c’est une autre histoire…" À peine revenu d’une petite tournée américaine en compagnie de Sleaford Mods, le groupe anglais met à présent le cap sur 2023, avec une tournée internationale qui passera notamment par Bruxelles, le 11 février, à l’Ancienne Belgique. "Quand notre premier disque est sorti, le confinement a bouleversé tous nos plans. C’est excitant de sortir un nouvel album et de se dire que, cette fois, nous allons vraiment pouvoir le défendre sur scène."

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Les meilleurs plans du rock indé

"Notre premier album découlait de multiples démos accumulées sur nos ordinateurs. Les thématiques partaient un peu dans tous les sens", rembobine Louis O’Bryen. "Cette fois, nous nous sommes focalisés sur l’écriture. Là où nos premiers morceaux s’inspiraient de notre vision du monde, les nouveaux titres découlent de discussions avec les gens, de bouleversements de nos relations amicales ou amoureuses. Les thèmes abordés dans nos chansons touchent à l’humain. C’est du vécu, abordé de façon authentique, sans détour." Produit à Bristol par Ali Chant (Yard Act, Gruff Rhys) et par le guitariste de Portishead, Adrian Utley, également connu pour ses travaux en studio aux côtés de Perfume Genius, Jamila Woods ou Baxter Dury, le deuxième album de Sorry rassemble les meilleurs plans du rock indé britannique. De Dry Cleaning ("Closer") à The Kills ("Willow Tree"), en passant par The Beta Band ("Tell Me"), Tirzah ou Nilüfer Yanya ("Key to the City"), les chansons enregistrées sur "Anywhere but Here" compile les références avec irrévérence et beaucoup de malice.

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Nouvelle mise en scène

À l’heure du deuxième album, Sorry ne loupe jamais une occasion de se dandiner au grand jour, sous des mélodies solaires. Un titre comme "Let The Lights On", par exemple, jette une nouvelle lumière sur l’univers musical proposé par le groupe. "De nature, nous sommes attirés par des sujets introspectifs, des thèmes qui nous conduisent bien souvent vers des sonorités assez crépusculaires. Sur "Anywhere but Here", nous avons essayé de sortir de cette zone de confort. "Let The Lights On" et "Key to the City", deux titres très mélodieux et upbeat, sont arrivés juste avant le bouclage du disque. À l’avenir, nous évolueront certainement vers des compos plus dansantes, encore plus ancrées dans une dimension Live. Avant, nous avions tendance à enregistrer sans nous projeter sur scène. Les compos étaient intéressantes, mais pas toujours adaptées à la réalité des concerts. Aujourd’hui, nous sommes bien plus conscients de ce qui fonctionne face au public." Impatient de voir ça en Belgique.

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