Sortie du nucléaire : la Belgique est-elle enfin prête ?

10 déc. 2021 à 09:44 - mise à jour 10 déc. 2021 à 14:39Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo sur base de la question Eco sur la Première

La Belgique est-elle enfin prête à sortir du nucléaire ? C’est la question que s’est posée ce matin Maxime Paquay, journaliste à L’ÉchoCette semaine a été chargée au rayon énergie. La direction d’Engie a écrit une lettre au gouvernement fédéral pour assurer qu’une prolongation du nucléaire était techniquement impossible. Ce vendredi, la ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, dévoile son plan pour sécuriser les provisions nucléaires.


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Cet avant-projet de loi risque bien de faire pas mal de bruit. La ministre fédérale de l’Énergie veut en fait forcer Electrabel à rembourser les provisions nucléaires. L’enjeu peut sembler technique, mais il est limpide :

  • Eviter que le coût de la sortie du nucléaire ne retombe sur le contribuable belge
  • Garantir le financement à la fois du démantèlement des centrales, mais aussi de la gestion des déchets radioactifs
  • S’assurer que c’est bien l’exploitant, Electrabel, qui s’acquittera de la facture totale

Une facture de sortie estimée à un peu plus de 40 milliards d’euros. Le budget est colossal, le chantier s’annonce titanesque, avec un horizon au-delà de 2100. Or, le nerf de la guerre, l’argent pour financer cette sortie programmée de l’atome, était loin d’être totalement assuré.

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Un avant-projet de loi qui risque de faire du bruit

Pour faire court, on parle d’une manne de 14 milliards aujourd’hui, de l’argent qu’Electrabel est obligé de mettre de côté, qui est en fait payé au fil des ans par les factures d’électricité des consommateurs belges, mais dont une bonne partie, neuf milliards, au lieu d’être immobilisée en tant que provision, a été reprêtée à la même Electrabel, qui peut donc en disposer. La crainte belge était que depuis la France, la maison mère Engie siphonne la filiale Electrabel jusqu’à en faire une coquille vide ou que celle-ci ne tombe en faillite. En résumé, que le contribuable belge, Gros-Jean comme devant, finisse derrière par payer la sortie du nucléaire.

L’avant-projet de loi dévoilé ce matin vise donc à lever une inquiétude majeure qui pèse sur ce dossier depuis 18 ans maintenant, la disponibilité des provisions nucléaires, que l’argent soit là quand la Belgique en aura besoin.

Tout cela semble logique, mais ça implique qu’Electrabel va se retrouver à terme amputé de neuf milliards d’euros, ce qui n’est pas rien du tout. Ça implique aussi un contrôle renforcé du régulateur sur l’entreprise, jusqu’à un droit de veto sur les dividendes. Ce n’est en fait pas un simple pavé dans la mare, mais bien une gigantesque barre d’uranium qui vient d’être jetée dans la piscine d’Electrabel, même si, pour rappel, ce n’est encore à ce stade qu’un avant-projet de loi.

La Belgique est-elle prête à sortir du nucléaire ?

La Belgique affine en tout cas son plan, c’est déjà ça, dirons-nous. Notre pays va notamment créer une filière de démantèlement. Une ligne politique est donc tracée vers l’avenir jusqu’à 2135. C’est une chose qu’il faut souligner.


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2135, cela peut sembler loin, mais clairement, la porte se referme sur la prolongation des deux centrales de Doel 3 et Tihange 4 au-delà de 2025. Ce jeudi, hier, le président de l’Open VLD, Egbert Lachaert, a même utilisé l’image du cadavre impossible à réanimer pour évoquer le sort des centrales nucléaires.

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La fin de l’atome ?

Décrire le sort des centrales nucléaires comme des cadavres difficiles à réanimer, c’est aussi risquer d’oublier qu’il est grand temps d’animer certaines questions urgentes. Les entreprises qui ont un besoin vital en énergie en disposeront-elles en suffisance et à un coût acceptable ? Que va-t-on faire des milliers d’emplois dans le nucléaire ? Comment amorcer une réelle transition énergétique ? Les incertitudes sont encore légion. Les projets de centrales à gaz qui visent à compenser la sortie du nucléaire en termes de production d’énergie font l’objet de recours, de refus de permis.

En réalité, l’après nucléaire est très loin d’être prêt, et bien au-delà de la question de principe, pour ou contre le nucléaire, la Belgique n’est donc pas encore tout à fait prête à une sortie du nucléaire.

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