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Biodiversité

Soudan : une poignée de passionnés au secours des lions

Kandaka, une lionne de 5 ans, dans la réserve d'al-Baguir dans le sud de la capitale soudanaise, le 28 février 2022
16 mars 2022 à 10:003 min
Par RTBF avec AFP

Avant, "Kandaka" gisait, affamée, dans une petite cage à Khartoum. Aujourd'hui, elle regarde sa portée de lionceaux s'ébattre dans une réserve en pleine savane grâce à une poignée de passionnés dans l'un des pays les plus pauvres au monde.

Des lions captifs retrouvent la liberté

ASHRAF SHAZLY

Au Soudan, "Kandaka", le titre des reines nubiennes qui ont marqué l'Histoire de la région dans l'Antiquité, est désormais accolé aux manifestantes qui se dressent contre les généraux au pouvoir. Cette lionne de cinq ans, elle, s'est dressée contre la faim et l'enfermement. En janvier 2021, après huit mois de préparatifs, elle a été libérée avec deux mâles du zoo de Khartoum alors que le pays tout entier venait de faire sa "révolution", sortant du joug de décennies de dictature militaro-islamiste et d'embargo international.

Les côtes saillantes et déshydratés, ces puissants félins ont pu être sauvés grâce à une campagne en ligne. Depuis, le petit projet est devenu grand.

La réserve d'al-Baguir, qui les accueille désormais, compte aujourd'hui 17 lions âgés de six mois à six ans qui règnent sur plus de quatre hectares.

Tous les jours, Othmane Salih, Moataz Kamal et une vingtaine de bénévoles s'activent pour distribuer les cinq à dix kilos de viande quotidiens nécessaires à chacun de ces félins ainsi qu'à une petite meute de hyènes qui ont leur propre espace grillagé mais à ciel ouvert, insistent les bénévoles.

La débrouille des bénévoles dans un pays sous tension

ASHRAF SHAZLY

Depuis le début, cette petite équipe de passionnés doit jongler avec les emplois du temps car tous ont un travail à côté. Mais depuis le coup d'Etat militaire d'octobre, elle doit aussi contourner les routes barrées et autres ponts bloqués par l'armée à chaque manifestation anti-putsch.

L'essence est chère et le trajet cahoteux mais "je viens tous les jours car c'est un bonheur à chaque fois", s'enthousiasme Moataz Kamal, bénévole de 30 ans. Cet ingénieur en télécommunications amoureux des chiens depuis sa tendre enfance a rejoint le projet dès ses débuts. Chaque week-end, il assure la visite, qui coûte entre deux et quatre euros, bien loin de couvrir les dépenses de la réserve.

Auprès des petits en visite scolaire ou des grands en goguette, il est intarissable sur Scarface, grand mâle au pelage beige, ou al-Tayyeb, un lion qui a hérité du prénom d'un bénévole parti récemment en Ouganda pour reprendre des études et devenir vétérinaire après avoir découvert sa passion dans la réserve. Il y a aussi Mansour, le "vainqueur" en arabe parce qu'il a survécu à la faim, au zoo et aux violences au Soudan.

Une exception alors que le nombre de lions africains a chuté de 40% en trois générations, s'alarme WWF.

Ils ne sont plus qu'un peu plus de 20.000 à l'état sauvage dont une poignée au Soudan, dans le parc national Dinder, près de la frontière avec l'Ethiopie, aujourd'hui en guerre.

La réserve manque cruellement de financements

ASHRAF SHAZLY

Mais tous ces félins sont autant de bouches à nourrir, rappelle Othmane Salih, le fondateur de la réserve, qui est personnellement allé chercher tous les lions en captivité du Soudan : au zoo de Khartoum comme chez des particuliers.

Aujourd'hui, il lutte tous les jours et met souvent la main à la poche, comme tous ses bénévoles, pour acheter plus de 100 kilos de viande par jour à ses pensionnaires. "Nous avons des donateurs au Soudan et à l'étranger mais ça ne suffit pas", dit-il,  surtout que "ni le gouvernement ni les entreprises que nous avons contactés n'ont accepté de nous aider".

Car dans un pays où un habitant sur trois dépend de l'aide humanitaire, lever des fonds pour s'occuper d'animaux est une gageure.

"Il y a beaucoup de Soudanais qui ont faim, donc toute l'aide va pour eux, ils sont la priorité et c'est normal", affirme M. Salih.

Alors, il s'appuie sur des bons Samaritains: "Chaque semaine, des vétérinaires bénévoles viennent pour des consultations de routine", dit-il. Et, "tous les six mois, des vétérinaires de l'ONG Four Paws viennent de l'étranger pour procéder à des opérations et former notre équipe".

De quoi alimenter les rêves d'Othmane et des autres dans un pays où la biodiversité a fondu sous les coups de boutoir des groupes armés et autres chercheurs d'or ou de pétrole. "Peut-être qu'un jour, on pourra aussi accueillir des éléphants, des girafes, des zèbres, tous ces animaux qui ont disparu au Soudan", imagine déjà, dans un sourire, M. Salih.

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