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Monde

Soul Sisters, la voix des femmes pakistanaises entendue

Des utilisatrices pakistanaises du site internet Soul Sisters, fondé par Kanwal Ahmed.
07 sept. 2020 à 11:51Temps de lecture2 min
Par Lecomte Constance

Dans une société encore largement dominée par les hommes, Soul Sisters est une bouffée d’oxygène pour des milliers de femmes pakistanaises. Ce site internet, interdit aux hommes, leur permet de discuter librement de toutes sortes de sujets. Sexe, violences domestiques et divorces en sont les principaux. 

"Les femmes au Pakistan sont vraiment, vraiment fortes. Nous avons une voix. Nous n'avons tout simplement pas assez d'espace pour l'utiliser" se confie la fondatrice du site, Kanwal Ahmed, à l’AFP. Ancienne maquilleuse professionnelle, elle recueillait souvent les confidences de ses clientes sur leur mariages, arrangés pour la grande majorité. C'est de là que nait l’idée de créer une plateforme de discussions dédiée exclusivement aux femmes pakistanaises.    

   

Unions arrangées, une norme

Au Pakistan, il existe une convention "sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes", qui consacre leur libre consentement à se marier avec la personne de leur choix. Pourtant, les mariages arrangés restent la norme dans ce pays conservateur musulman. Celui de mineurs aussi. Abandonnées par la justice et les autorités, ces femmes se retrouvent généralement seules face à leur situation. C’est pour cette raison que Kanwal Ahmed a créé Soul Sisters. "Je voulais que ce soit le genre d'endroit où les femmes s'ouvrent vraiment sans avoir peur d'être attaquées, harcelées ou jugées". Ensemble, les 260.00 "Soeurs d’âmes" partagent leur quotidien, s’encouragent, se confessent.  

Des femmes oubliées par les autorités

90 % des Pakistanaises ont subi une forme de violence domestique, selon la Commission des droits de l'Homme du Pakistan (HRCP). Mais les autorités ne font rien pour endiguer ce phénomène. L’ONU considère que "leur pays ne leur offre pas un accès suffisant à des services de "santé, police, justice et aide sociale" pour assurer leur sécurité et leur protection". L’issue pour certaines d'entre elles est parfois dramatique. 937 sont mortes pour l’honneur en 2017, selon un recensement du HRCP. Même si des lois existent pour punir ces crimes, les traditions restent fortes et les mentalités figées.  

Entre honte et libération de la parole

Le corps des femmes est encore largement tabou au Pakistan. Parler de menstruation, de vaginisme ou de sexe reste impossible. "Il y a beaucoup de malaise associé au corps des femmes. On n'en parle pas", regrette Kanwal Ahmed. Soul Sisters est donc aussi une manière pour ces femmes de s’éduquer sur certains sujets. Subventionnée par Facebook, elle poursuit son initiative en créant "Conversations avec Kanwal" sur Youtube. Un talk-show qu’elle anime depuis le Canada, avec lequel elle espère "remettre en question une société qui a peur des femmes qui ont une voix". 

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